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PAGAILLE, d’Edward van de Vendel et Carll Cneut

 
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    (JPG) Connaissez-vous Pagaille ? Pagaille qui ? L’ami de Solal. Solal qui ? L’ami de lotus. Lotus ?

    Bon c’est d’accord je vais tout t’expliquer. Pour commencer je m’appelle Solal et toi tu es lotus je sais. Je vais te raconter mon histoire ou plutôt ce qui s’est passé cet été là. Je peux tout te raconter car tu es comme moi, je l’ai su dès que je t’ai vu.

    Voilà je commence, je suis le garçon qui a un œil paresseux, c’est le docteur qui dit ça parce que j’ai un œil qui « bosse » pas beaucoup. Alors je suis obligé de mettre un bandeau sur l’autre œil comme un pirate pour le forcer à travailler plus. C’est pour çà qu’on se moque de moi à l’école et que personne ne joue avec moi, « ils disent que je n’ai qu’un œil, mais n’écoute pas ce que disent les autres : j’ai bien deux yeux ». De toute façon, je me moque de ce que pensent les autres, « moi je sais ce que je sais ». Tu vois on se ressemble, toi non plus, ils ne s’amusent pas avec toi. Ce n’est pas grave car moi je veux bien jouer avec toi et j’ai quelque chose qu’eux ne possèdent pas, quelque chose qui n’est qu’à moi, quelque chose dont « je suis fier ». C’est ma cabane !!!

    Dans ma cabane personne n’y entre sauf pagaille bien sûr. Pagaille ? C’est « un esprit, un petit fantôme ou un ange. » On entendait sa voix mais on ne la voyait pas. Kiko, Flamme et moi on l’aimait bien. Ah j’ai oublié de vous parler de Kiko et Flamme, ce sont deux frères noirs qui parlent pas bien la langue mais ce n’est pas grave je les comprends moi. En plus, ils ne sont pas comme les autres, ils ne crient pas et ils ne montrent pas du doigt. Kiko et Flamme viennent de loin, ils ont pris le bateau pour se réfugier ici parce que leur « pays est noir et rouge, noir à cause de la guerre et rouge à cause du sang. » Ils ont voulu se réfugier ici mais on leur a dit que ce n’était pas possible alors depuis ils vivent cachés. Kiko et Flamme sont devenus mes amis depuis le jour ou je les ai surpris dans ma cabane...

    Que sont devenus Kiko et Flamme ? Et la cabane ? Et pagaille ? Je préfère ne pas te le raconter. Non, vraiment pas, n’insiste pas, ça me rendrait trop triste. Mais si tu veux vraiment savoir, tu peux lire le livre, j’y délivre tous mes secrets et tout ce qui s’est passé cet été là...

    Quel message l’auteur veut-il nous faire passer ?

    A travers cette album, Edward van de Vendel tente d’aborder des thématiques dures et cruelle, la guerre, l’exclusion, la maladie, la différence, mais aussi des sujets plus joyeux comme l’amitié, le jeu, l’imagination et la solidarité. L’album nous fait donc naviguer entre deux sentiments extrêmes tels que la joie et la tristesse, ce qui contribue à rendre l’album émouvant. Ces thématiques sont d’autant plus touchantes du fait qu’elles sont vécues et exprimées par Solal. Solal, c’est l’enfant différent qui a choisi de raconter son histoire à Lotus. Lotus, c’est l’autre enfant différent aperçu dans la cour de récréation, mais Lotus c’est aussi vous et moi, lotus c’est celui qui se sent concerné par l’histoire de Solal et qui veut bien entendre son secret.

    Par le biais de l’album, l’auteur veut nous faire comprendre qu’on est tous différents par rapport aux autres, même si l’on n’est pas déficient visuel, même si l’on n’est pas noir, même si l’on est pas sans papiers, on a tous quelque chose qui nous différencie des autres. Alors rien ne sert de pointer ces différences par la moquerie, mieux vaut être solidaire comme nous le montre à plusieurs reprises l’auteur, par cette citation par exemple : « Nous tous ici, on les aide. Jusqu’à ce que ça s’arrange... »(En parlant de Kikou et Flamme). Cet album a donc une vertu éducative, je dirais qu’il ne s’adresse pas seulement aux enfants mais aussi au plus grands qui ne connaissent pas toujours les limites de la moquerie.

    Cet album a aussi la capacité de nous transporter dans l’imaginaire, où toutefois la frontière avec le réel est très mince. On entre dans l’imaginaire pour s’enfuir de la dureté de la réalité, mais la réalité de la vie nous rattrape toujours finalement. Pagaille c’est l’ami imaginaire qui permet aux enfants d’exprimer leurs sentiments, les choses dures dont il n’ose pas parler comme la guerre et la maladie. C’est donc finalement une histoire assez réaliste où l’imaginaire sert d’échappatoire ...

    Mise en forme et illustration

    L’album se décompose en 40 chapitres se présentant sous formes de vers. Ainsi l’ensemble de l’album à l’allure d’un recueil de poésieS. On pourrait apparenter cette écriture à de la poésie lyrique dans le sens où elle accueille l’expression personnelle du poète. Ici le poète ne serait pas l’auteur mais Solal, car c’est lui qui décide d’écrire son histoire : « C’est moi qui écris ». De plus tout comme le principe du lyrisme en poésie, le texte offre un certains rythme et une musicalité des vers : «  De la main, j’ai fait venez Des doigts, j’ai fait venez De la bouche, j’ai fait Venez, venez, venez. »

    Ce choix de forme renforce l’idée de sensibilité et du pathos que peut susciter l’album.

    Le fait que ce soit Solal qui nous raconte son histoire, rend aussi la lecture de l’album amusante même quand ce qu’il dit est plutôt triste. En effet il s’exprime de façon parlée et dans un vocabulaire propre à un enfant, en interpellant le lecteur et en nous faisant rentrer complètement dans l’album : « t’es toujours là » ou encore « lis, tu verras ».

    L’illustration quant à elle, est hors du commun tant elle transmet de l’émotion. Ce n’est pas une simple illustration qui permet simplement de traduire le texte par l’image. L’illustration chez Carll Cneut, c’est donner vie au personnage, notamment par le jeu des couleurs, la couleur est une partie essentielle de son travail. Il travaille énormément sur les vêtements, sur les détails et les formes qu’ils revêtent, selon lui « les vêtements racontent qui ils sont et d’où ils viennent ». Pour rendre exceptionnel la patine, il travaille chaque personnage avec plusieurs couches de couleurs pour ensuite gratter et frotter et ainsi donner au vêtement l’impression d’une vie passé. Cette technique contribue à faire fonctionner l’imaginaire du public, il veut que « le lecteur ait la possibilité d’imaginer leur passé et leur futur » (en parlant des personnages et des vêtements). Il pousse l’imaginaire à son extrême en jouant sur les cadrages « coupés ». [1]

    En effet souvent les personnages sont à moitié tronqués car il veut montrer que l’histoire va plus loin que la page, il donne au lecteur la possibilité de participer au livre en complétant le dessin dans sa tête, tout comme Solal qui nous interpelle et nous fait entrer dans son imaginaire. En ce sens l’illustration épouse totalement la fonction du texte, qui raconte une histoire très réelle en passant par l’imaginaire et en interpellant le lecteur.

    Ce livre à sa place dans toute bonne bibliothèque cependant il reste particulièrement difficile à lire et à entendre, puisqu’on sent bien l’immense souffrance de Solal comme peut l’illustrer cette citation : « Moquez-vous de mon œil. Faites vite, comme ça, ce sera vite réglé. Tapez-moi si vous voulez ». De ce fait je ne conseille ce livre qu’aux enfants à partir de 8 ans, car c’est un âge ou l’on devient capable de raisonner et de réfléchir à ces problèmes là.

    Mot-clef : Tolérance, exclusion, guerre, maladie, différence, amitié, solidarité, imagination.

    VENDEL, Edward van de, CNEUT, Carll ill. Pagaille. France : Ed. du Rouergue, 2005. 62p : ill. en coul.,couv. ill.en coul. ; 25 cm. 2-84156-626-9. Cartonné 13€.

    Kahina Demdoum L3 ICD UFR IDIST Lille3

    Forum de l'article : 1 contribution(s) au forum

    PAGAILLE, d’ Edward van de Vendel et Carll Cneut, 18 mars 2008
    Un article plein de poésie pour un album plein de poésie. Merci Kahina !!
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    Notes de bas de page

    [1] source : Carll Cneut illustrateur : petit livret de l’exposition/ Médiathèque de Roubaix