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Paradis, de Bruno Gibert

 
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    Découvrez une nouvelle représentation du paradis, bien plus familière et ludique qu’il n’y paraît

    Tout le monde s’est un jour demandé quels mots mettre sur une notion particulièrement délicate à aborder avec l’enfant, comme par exemple la mort ou ce qui nous attend, ou non, après la mort. Bruno Gibert répond à la question en ajoutant des symboles aux mots. Ne vous attendez pas à découvrir dans Paradis des dessins d’un bon Dieu barbu ou d’une tombe fleurie. Mais attendez-vous à redécouvrir le monde.

    (GIF)
    © Autrement, 2007

    Grâce à cette nouvelle vision de la littérature jeunesse qui se refuse désormais à taire les tabous d’une réalité parfois un peu trop difficile auprès de ses jeunes lecteurs, certains sujets comme celui du deuil et de la mort sont maintenant couramment abordés. Mais la question se pose toujours de l’approche à prendre face à un thème délicat à traiter. Bruno Gibert nous propose ici dans son ouvrage une approche minimaliste et enfantine dont je vais tenter de vous offrir une analyse.

    Dès la première de couverture, posez les yeux sur ce pictogramme de nuages, sur un fond bleu ciel légèrement texturé, qui vous invite paisiblement à feuilleter l’album. L’ouvrage est relativement petit, 22cm sur 16 cm environ, pas très épais si l’on ne prend pas en compte l’épaisse et solide couverture, et dès le début, il offre une certaine sérénité aux lecteurs. Une fois la première page tournée, souriez devant l’apposition du symbole de Parking au dessus du titre de l’ouvrage. Il fallait y penser. Et pourtant P comme Paradis, c’est enfantin, non ? Et c’est bien là le but ! Tout l’album va travailler à l’exploitation de symboles aussi universels que ceux du code de la route ou de signalétiques propres aux lieux publics pour illustrer des propos tout en simplicité, amenant l’enfant à réfléchir sur la question du deuil.

    Le Paradis vu comme un stationnement de longue durée

    Cette réflexion est d’autant plus facilitée qu’il s’agit presque d’une discussion d’enfant à enfant. La syntaxe est enfantine et orale, le vocabulaire semble tiré de la bouche du premier enfant que vous croisez, les phrases courtes, et les idées simples. Il ne s’agit pas de poser mille questions, et de répondre à chacune d’entre elles. L’auteur dispense une remarque par page, voire par double page, qu’il s’agisse d’une question ou d’un souvenir. Et pour chaque phrase à la typographie ronde, assez large, légèrement déstructurée pour ne pas faire rigide ou stricte, une illustration y est ajointe. Et quand je parle d’illustrations, entendez un, ou plusieurs symboles, cela évolue au fil des pages et des thèmes. Vous avez donc devant les yeux des pages qui respirent, à la sobriété déroutante, et au contenu d’apparence pauvre.

    Mais c’est précisément là que l’oeuvre prend à mon sens toute sa valeur, puisqu’elle pose des questions plus qu’elle n’y répond. L’enfant,comme lecteur ou auditeur, si quelque lui fait la lecture, peut s’identifier. Quand le narrateur nous narre un de ses souvenirs, le lecteur peut spontanément proposer son souvenir à lui. Je visualise très bien la scène d’un enfant lisant cet album en compagnie d’un parent, se retourner vers celui-ci pour l’interrompre : « Moi, avec Papi, j’allais près de la fontaine, et on jouait à courir après les pigeons ! » (le fait que seul l’enfant, et pas le grand-père, courre après l’oiseau n’est ici pas important.). L’enfant devient en quelque sort l’acteur de l’album, et la part belle lui est laissée, puisque la narration n’est pas bien dense. L’important n’est pas forcément ce qui est dit, mais plutôt ce qui est tu.

    La reprise de certains clichés liés à la mort est ici détournée, offrant un clin d’oeil humoristique pour l’adulte, et une approche plus légère, moins grave ou pathétique, de la mort. Ainsi, à la remarque « on m’a dit qu’il était monté au ciel » (p. 4), l’auteur/illustrateur nous propose le symbole d’un avion au décollage, l’âge est symbolisé par les limitations de vitesse, et la question de la réincarnation par le symbole du recyclage. Chaque page permet de réfléchir sur différents concepts liés à la mort, comme le souvenir, l’âge, l’universalité de la mort, la vie après la mort, et j’en passe, mais offre aussi un questionnement de la vie, quotidienne, celle-là, puisque l’enfant peut réfléchir au sens premier des illustrations proposées. Qu’est-ce que le recyclage ? Qu’est-ce que sont les religions ? Le code de la route, à quoi sert-il ? L’ambiguïté induite par l’image vient ici alléger le thème de la mort, et permet une première approche désensibilisante. Elle ne complète pas mais dédouble le sens du texte. Il s’agit de relativiser les choses, de ne pas stigmatiser l’enfant par une vision fataliste ou trop sentimentale de la mort.

    C’est, en effet, par une réflexion positive que se clôture l’album. Le lecteur est jeune, et le narrateur nous le rappelle par le détournement du panneau de signalisation « fin de limitation à 60 km » (p. 40), nous laissant deviner que le narrateur a environ neuf ans. Le lecteur a donc la vie devant lui, et il s’agit justement d’aimer la vie. Le groupe nominal « la vie » est par ailleurs bien mis en valeur, puisqu’il constitue le dernier élément typographié, sur un fond jaune vif, avec en vis-à-vis l’image d’une carte que l’on assimilerait instinctivement à un As de cœur d’un jeu de carte. Avant de s’inquiéter du paradis, il faut déjà profiter de la vie, ici représentée comme un jeu.

    Cet album, bien que petit et apparemment léger en terme de contenu, offre, il me semble, de nombreuses perspectives. Il ne permettra certes pas au lecteur de développer intensément sa capacité de lecture, mais il ouvre des pistes de réflexions multiples sur des sujets variés, plus ou moins graves et plus ou moins familiers. C’est un livre facile à lire ou à feuilleter, seul ou à plusieurs, et dont l’ambiguïté fera sourire petits et grands. Dernier petit clin d’oeil de l’auteur, finir le livre sur la signalisation « demi-tour », nous invitant à relire, encore et encore, l’album.

    © Marine Wauquier, 2014

    L2 Lettres Modernes, LLCE Anglais, UE6 Libre Édition jeunesse


    Autre avis

    « Et tout le monde y va, au paradis ? Oui tout le monde... »

    La mort d’un proche n’est jamais facile à accepter, et surtout à comprendre pour un enfant. Dans ce doux univers appelé par le ciel bleu de la couverture, Paradis tiendra la main de votre enfant pour le mener vers des réponses aux questions qu’il peut se poser.

    L’utilisation astucieuse de pictogrammes tirés du quotidien facilite l’association d’une phrase à une idée que l’enfant peut avoir du mal à se représenter. Comment exprimer le fait d’être monté au ciel ? Par un avion bien sur, et des souvenirs qui restent ? Par un panneau d’interdiction de jeter ses détritus dans une poubelle... Le choix du coup de crayon malhabile pour les dessiner rapproche l’enfant du monde qui est le sien.

    Le texte est simple mais efficace avec des petites touches d’humour dédramatisant le sujet : « mais parfois est-ce qu’on s’y ennuie ? Sûrement un peu vers midi ».

    Paradis est d’une beauté certaine dans la manière d’aborder le deuil, il plaira tout autant aux petits qu’aux grands qui recherche un peu de poésie au sujet lourd qu’est la mort. On y trouvera un enfant qui parle du décès de son grand-père créant de ce fait un lien entre le lecteur enfant et le narrateur. Ce livre amène à saisir que la mort est une autre étape comme lorsque l’enfant nous raconte qu’ « il y en a qui pensent qu’après la mort, on renaît sous une autre forme. » avec associé à cela le symbole du recyclage, la mort apparaît alors comme un nouveau chemin à traverser.

    Après tout il n’est jamais trop tôt pour apprendre que l’amour reste le plus fort...

    © Alexia Simon, 2008

    Deust 2 Métiers des bibliothèques et de la Documentation

    Post-scriptum

    GIBERT, Bruno. Paradis. Paris : Autrement, 2007. (non paginé [48] p.) : ill. en coul., couv. ill. ; 22 cm. ISBN 978-2-7467-0952-2 12.50€.

    Mots clefs : mort, deuil, grand-père, paradis.

    Public visé : à partir de 6 ans.

    Pour en savoir plus sur l’auteur

    -  édition autrement
    -  Ricochet