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Comme deux gouttes d’eau, Vanessa Simon Catelin et François Soutif ill.

 
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    Quelque part sur une île cohabitent "le pays d’Ici" où tout est jaune et "le pays de Là" où tout est bleu. Les deux royaumes s’opposent depuis toujours. Leurs habitants mettent même en garde les enfants, dès leur plus jeune âge, par rapport aux dangers représentés par l’autre peuple. Mais le baiser échangé par Julio, bleu de peau et Ninon, jaune de peau, va bouleverser l’ordre établi : leur visage devient vert. La guerre éclate alors entre les deux peuples. En se combattant, les chefs découvrent qu’ils ont le sang de la même couleur, la guerre n’a alors plus lieu d’être. La fusion des deux peuples crée un mélange bleu, jaune et vert sur toute l’île. Mais alors que la paix semblait s’être installée, un jour, un nouveau peuple de couleur rouge débarque sur l’île.

    (JPG)
    © Kaléidoscope, 2007.

    Contaminée par les jeux sur la couleur tant dans l’écrit que dans les illustrations, cette histoire nous évoque la tolérance face au racisme en mêlant modernité et tradition. Les deux personnages principaux, Ninon et Julio, vont vivre un amour interdit, tels Roméo et Juliette, au milieu de ces deux univers aux allures totalitaristes représentés par des « Grands-Conseillers » et des « Très-Grands-Présidents ». Dès la première de couverture, les principaux thèmes de l’histoire sont présents. En effet, le titre écrit avec une alternance de jaune et de bleu renvoie à la couleur respective des deux peuples, qui est l’enjeu des confrontations. On peut y voir Julio, un des héros de l’histoire, tenant une peluche, son regard est naïf, innocent. A ses cotés, son père touche son double dans un miroir avec un regard agressif. L’histoire nous révélera que, comme bien souvent en littérature de jeunesse, les enfants sont plus tolérants que les adultes face à l’altérité. Ainsi seuls Julio et Ninon ne présentent pas de signes de rejet lorsque le nouveau peuple rouge débarque sur leur île.

    Le bleu et le jaune sont mis en opposition ici alors que traditionnellement ce sont des couleurs apaisantes et conseillées pour décorer l’univers enfantin. Pour marquer cette séparation dans le livre, l’illustrateur François Soutif a représenté sur la première page des fines bandes bleu et jaune séparées par du blanc. Ces séparations blanches créent un effet d’agressivité. D’ailleurs, dans un autre ouvrage de littérature de jeunesse "L’île perdue dans la mer" également aux éditions Kaléidoscope, François Soutif jouait déjà avec les couleurs passant d’un univers coloré au noir et blanc pour représenter la dégradation du pouvoir politique instaurée par la tyrannie.

    Outre, la différence de couleur qui oppose les deux peuples, on peut constater que les personnages d’Ici ont tendance à être petits et gros alors que ceux de Là ont tendance à être grands et minces. Cette autre différence crée un effet humoristique sur l’illustration sous forme de bande dessinée du combat des Très-Grands-Présidents qui ont alors un coté Laurel et Hardy.

    Néanmoins, le racisme va mener jusqu’à la guerre. La couleur est constamment en jeu dans cette guerre : c’est le vert qui la déclenche, les peuples se battent avec des canons à couleurs et c’est la couleur du sang qui va y mettre fin. En effet, les chefs se réconcilient lorsqu’ils découvrent qu’ils ont le même sang dans les veines. La couleur est la matrice de l’histoire, elle crée les hostilités comme elle unifie les peuples. Par le fait que les personnages ont du sang rouge dans leurs veines, on peut constater qu’il s’agit de personnages anthropomorphes. D’ailleurs, sur l’illustration du rangement en bataille, on peut voir deux lapins bleu et jaune manger ensemble de l’herbe du même coté. Ainsi, les animaux ne partagent pas la haine raciale.

    L’histoire a toutes les caractéristiques d’un conte. En effet, la situation initiale est celle de la rivalité entre les deux peuples. Une rivalité qui passe d’ailleurs par le récit de contes hostiles sur le peuple ennemi. La majorité de l’univers enfantin est consacrée à cet endoctrinement. Lorsque Julio et Ninon se rencontrent, celle-ci lit un livre où l’on retrouve les mêmes illustrations que dans la page précédente. On peut y voir une mise en abyme de l’histoire, ce qui confirme la structure du conte. Le baiser échangé entre les deux personnages constitue l’élément perturbateur qui va entraîner une série de péripéties dont la guerre. A ce moment le récit se divise en deux, d’une part nous assistons à la préparation aux combats et de l’autre à l’histoire de Julio et Ninon tous deux mis en quarantaine. L’élément équilibrant est la découverte du sang rouge mais la situation finale n’est pas celle que l’on pourrait trouver traditionnellement dans un conte. La venue d’un nouveau peuple de couleur rouge vient bouleverser à nouveau l’ordre qui s’était installé sur l’île et provoque donc à nouveau la haine et le rejet. Les seuls personnages qui n’éprouvent pas ce sentiment d’hostilité sont Julio et Ninon. Cette chute nous laisse penser que la tolérance est une valeur fragile qu’il faut savoir cultiver car la nature humaine a tendance à répéter les erreurs qu’elle a déjà commises, comme dans un cycle. D’où le clin d’œil de l’illustrateur par trois petits points rouge, jaune et bleu pour clore le livre.

    En bref, Comme deux gouttes d’eau est une histoire amusante par ses jeux de couleurs et de mots. A ce titre, l’écrivain Vanessa Simon Catelin, qui écrit en littérature de jeunesse pour la première fois, use un peu trop de jeux de mots, ce qui peut rendre la lecture difficile et absconse pour l’enfant. De plus, l’écriture versifiée alourdit le texte et crée un déséquilibre avec les illustrations attrayantes et divertissantes.

    Activité pédagogique

    Comme deux gouttes d’eau peut faire l’objet d’une lecture en classe par le message qu’il diffuse : la tolérance. D’ailleurs, suite de la lecture de l’album, on peut proposer à des enfant de 7-8 ans une activité pédagogique autour de la peinture : faire découvrir aux enfants les variances de couleur dont dispose une palette, leur apprendre des notions sur la symbolique des couleurs par exemple. Pour des enfants un peu plus âgés, vers 10-12 ans, on peut engager un débat autour des notions centrales de l’histoire telles que le racisme, la tolérance.

    Perrine DOLHEM, L3 HSI, Langues et culture antiques

    Post-scriptum

    SIMON CATELIN Vanessa. Comme deux gouttes d’eau. François Soutif ill. Kaléidoscope, 2007. 32 p. : ill. en coul. ; 31 x 21 cm. ISBN 978-2-87767-520-8 cartonné 12 €