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La Saucisse partie

 
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    Résumé

    Banjo Cannon petit garçon ordinaire mange tous les midis une saucisse et des légumes jusqu’au jour ou son repas prend la fuite. La saucisse, nommée Suzy, entreprend aussitôt une folle course poursuite, suivie bien entendu par tous les éléments de son déjeuer : fourchette, couteau, petits pois, maman, papa, etc. Les uns et les autres se poursuivent, vivent, au fur et à mesure de la course, des évènements rocambolesques. La saucisse obtient finalement sa liberté suite à un retournement de situation, laissant chacun repartir chez soi : « Ne mange pas ça, ça a traîné par terre ! ».

    Analyse

    L’auteur prend à partie le lecteur par une accroche précédant la page de titre. Cette accroche joue sur la véracité des faits qui vont se dérouler. On sait d’emblée que nous allons avoir à faire à un récit peu ordinaire. Cette interpellation de l’auteur est révélatrice de l’âge des enfants auxquels il s’adresse. Répétée à plusieurs reprises, elle permet de préserver l’attention des plus jeunes. Ainsi, nous sommes dans l’oralité, soit un texte à lire à un non lecteur ce qui renforce les effets de surprise présents à divers moments de l’histoire.

    Dès la page de titre, nous savons que le récit sera « éprouvant » pour les personnages. En effet il y a une préparation physique des aliments pour la course qui va suivre : les frites font de la musculation, l’assiette court sur un tapis roulant, etc. Les 6 pages qui suivent établissent la situation initiale, anticipant l’arrivéze soudaine de l’élément perturbateur : la fuite de la saucisse. Le récit devient donc, par la suite, celui de l’expression du mouvement, telle une œuvre cinématographique.un film d’animation L’immobilisme de l’album disparait. L’ensemble s’anime autour de 25 personnages qui vivent diverses situations annexes à l’histoire principale. L’album demande ainsi au lecteur une attention particulière pour le repérage espace-temps. En effet, l’enchevêtrement d’actions peut faire perdre pied, notamment aux plus jeunes. La poursuite entraîne un processus d’accumulation de personnages : la saucisse est pourchassée par les couverts qui eux-mêmes sont pourchassés par l’assiette, mais aussi par Banjo qui est pourchassé par ses parents, etc. : c’est le règne de la confusion d’où la nécessité de lire cette histoire à un non lecteur.

    Le mouvement est amplifié par l’interdépendance entre la typographie et les illustrations. La typographie accompagne les images et figure l’intensité de l’action par l’augmentation de la taille de la police et l’utilisation du gras. Toutefois, le texte fait preuve d’une certaine sobriété : pas de couleur et seul le noir et l’Arial sont utilisés. Par les couleurs pastelles, riches et chaleureuses, les illustrations, très simples, orientent le regard vers l’essentiel. En effet les éléments secondaires à l’histoire sont crayonnés, esquissés pour contenir, recentrer l’attention des enfants sur les éléments principaux de l’histoire. Néanmoins, l’illustrateur n’omet pas pour autant l’arrière plan en y introduisant quelques petits éléments (cachés ?!). Les images accompagnent le mouvement : à plusieurs reprises, elles découpent l’action par plusieurs vignettes, comme dans une bande dessinée. Par exemple, une vieille dame s’assied sur la chaise l’immobilisant jusque tard dans la nuit. Tout ceci est retranscrit par une succession de vignettes. L’illustrateur s’est projeté au-delà de la diégèse principale.

    L’humour est aussi très présent dans le récit. Il y a beaucoup de comique de situation : les carottes qui partent dans un sac en papier, une assiette qui sert de frisbee, des frites qui ont chacune un prénom français en référence aux « french fries », etc. Les jeux de mots ont aussi leur importance comme dans le titre « Saucisse partie » pour « partie » et « party ».

    Le retournement de situation à la fin de l’histoire est surprenant. Après un tel débordement d’actions fictives, nous replongeons dans notre monde calme et réel de la quotidienneté. Mais ceci semble juste une accalmie avant le retour de la tempête.

    L’ensemble de l’histoire joue sur l’idée que la réalité peut se mêler à l’imagination sans juste mesure. L’ouvrage stimule ainsi le pouvoir imaginatif de l’enfant. A travers des situations de la vie quotidienne, il est possible d’en produire des histoires invraisemblables. De plus l’auteur tourne autour des jeux avec la nourriture que font les enfants avec leurs parents pour notamment les faire manger tout ce qu’ils ont dans leur assiette. Toutefois, malgré l’humour et l’invraisemblance de la situation, Allan Ahlberg n’oublie pas d’introduire dans son récit quelques recommandations éducatives comme traverser au feu vert au passage piéton ou bien ne pas manger ce qui a trainé par terre.

    Intertextualité

    Roule galette de Natha Caputo (auteur) et Pierre Belvès (illustrateur) dans la collection Père Castor. Célèbre album qui évoque le parcours d’une galette traversant les bois et rencontrant différents personnages pour au final se faire dévorer. Saucisse Partie se rapproche bien de ce conte, où le fil conducteur est le voyage d’un aliment. Mais pour Suzy, contrairement à la galette, échappe à son sort tragique.

    La course poursuite des aliments peut aussi rappeler les chevauchées du cinéma burlesque américain où des acteurs tels que Buster Keaton, Charlie Chaplin, Stan Laurel, Oliver Hardy, etc. se sont illustrés. Le burlesque est un genre cinématographique typique de l’ère muette des années 1910 - 1930 qui fait rire grâce à un comique de l’absurde et de l’irrationnel où des évènements extraordinaires ne cessent de faire irruption sans raison dans le quotidien. Ainsi la cohérence n’a jamais le temps de s’installer. Le burlesque consiste en une suite de gags qui jouissent chacun d’une parfaite autonomie et qui ne s’inscrivent pas dans une stratégie narrative globale. Ces films font souvent alterner accélérations et moment de répit. Ainsi, « Saucisse partie » emprunte à ce genre plusieurs de ses codes.

    Atelier

    A partir de 5 ans : on pourra faire une lecture animée de l’album, puis proposer aux enfants de raconter leur histoire partant d’une situation de la vie quotidienne pour la transformer en évènement complètement extravagant qui sera possible de théâtraliser.

    AHLBERG, Allan, INGMAN, Bruce, ill. La Saucisse Partie. Gallimard Jeunesse, août 2007. 48 p. ISBN : 978-2-07-061067-9, 12 €.

    A partir de 4 ans.

    Benjamin ROSSIGNOL, Licence 3 ICD, UFR IDIST, Lille 3