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La nostalgie de l’Ange, d’Alice Sebold

Celle de ne pouvoir revenir sur Terre
 
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    « Qualifié de « livre de la décennie », acclamé par toute la critique, en tête des listes des meilleures ventes depuis sa parution , La nostalgie de l’Ange est le livre phénomène de l’année aux États-Unis. Né d’une ancienne et douloureuse expérience (Alice Sebold a été victime d’un viol à l’âge de dix-huit ans), ce roman déjà traduit dans trente pays et vendu à plus de trois millions d’exemplaires connaît un extraordinaire destin partout dans le monde. »

    (JPG) 1973. Susie Salmon, âgée de 14 ans, est violée, tuée puis découpée en morceaux par son psychopathe de voisin. Pourtant son histoire ne fait que commencer. Du haut de son paradis, elle peut tout voir sur Terre. Elle raconte sa vie d’ange et celle des êtres auxquels elle a été arrachée.

    Susie assiste à l’enquête sur sa disparition, observe son meurtrier, ses amis et sa famille. Au sein de son récit, on suit les réactions et les souffrances de son entourage : comment ses parents poursuivent-ils leur existence sans leur fille, comment son petit frère de quatre ans comprend-t-il son absence si soudaine ? Et si la blessure est béante pour les membres de sa famille, pour Susie c’est tout aussi difficile. Elle s’ennuie ferme dans son paradis, n’accepte pas sa mort et préfère se tourner vers la Terre...

    La nostalgie de l’Ange, SEBOLD Alice, traduit de l’anglais(Etats-Unis) par SOONCKINDT Edith, Nil éditions, 2003, 351 p, 23x15 cm, ISBN 2-84111-229-2, 16,80 EUR.

    Une histoire d’ange, éprouvante, réaliste, mais pudique...

    Bien qu’il s’agisse de l’histoire d’un ange, ce roman n’a rien de « gnangnan ». Au contraire le style est très réaliste et même parfois éprouvant, notamment lors de la description du viol de l’adolescente.

    Et c’est peut-être pour ces raisons que ce livre n’a pas été publié dans une collection pour les adolescents. Mais aussi sans doute parce que les thèmes abordés dans ce récit n’affectent pas uniquement la jeunesse et que certaines réflexions sous-jacentes pourraient être mieux comprises par un adulte.

    Toutefois le narrateur est une enfant de 14 ans, qui parle et voit comme une gamine de cet âge. Elle évoque son premier baiser, sa vie au collège, ou encore ses complexes. Quant au style et au livre tout entier, ils sont tout à fait accessibles aux ados. Car ce roman est empreint d’une certaine pudeur dans les horreurs humaines qu’il nous livre.

    Par ailleurs, La nostalgie de l’ange, a déjà remporté un franc succès auprès des adolescents. En vue certainement des sujets désarmants et noirs que le livre aborde, à savoir la perte d’un proche, le viol, le déchirement d’une famille, la vengeance et la poursuite de la vie après la mort d’un être tendrement aimé. Et aussi parce que ce roman traite d’une nouvelle manière la mort. C’est sur un brin d’humour que Susie rejoint son paradis. Au-delà de l’horreur, et de la souffrance, Alice Sebold raconte aussi et surtout le pardon, l’espoir, la renaissance et la vie ; la vie qui continue.

    C’est avec ironie que Susie observe son meurtrier, avec tendresse qu’elle observe le deuil des siens. Avec Susie, on pleure et on rit. L’alliance si paradoxale des éléments rembrunis et douloureux aux éléments plus tendres, jovials, voir même rutilants, confère à ce livre une sorte de pouvoir anesthésient de la souffrance.

    Cette histoire montre, avec humanité, que chacun réagit à sa manière face à un tel drame : ne pas pleurer ne signifie nullement que l’on ne soit pas affecté. La douleur est personnelle et personne n’a à juger qui que ce soit là-dessus.

    Une belle leçon de vie

    Ce livre est avant tout une belle leçon de vie et ce, même en dépit des réalités dures qu’il présente. Il faut aimer la vie, la vivre au lieu de la blâmer. C’est pour cela que je recommande ce roman aux jeunes, qui se font bien souvent des idées sombres sur la vie. Et aussi parce qu’il est intelligent : il évoque les contradictions et les complexités de l’être et surtout du jeune être, encore peu sûr de lui et facilement influençable : Susie s’est méfiée de son meurtrier, elle n’a pas toute suite voulu le suivre, mais la naïveté, en dépit de ses idées premières, a fini par la gagner, une naïveté à laquelle elle succombera. Ce livre montre qu’il faut savoir parfois se méfier et dire non. S’affirmer.

    Les personnages du roman ont une réelle profondeur. Avec chacun des facettes différentes. On les voit seuls ou en communauté. Dès lors on peut facilement les aimer, les détester ou s’identifier à eux. Du haut de son paradis Susie peut observer le présent. Mais elle peut aussi voir des scènes de la vie passée de n’importe qui. On voit la vie à l’état pur. C’est ce qui fait toute la contenance de cette histoire.

    La trame du livre est également orchestrée par un véritable polar qui nous tient littéralement en haleine mais qui ne manque pas non plus de nous irriter. Car dès le départ on connaît l’identité de l’assassin de Susie, et au fil des pages on en apprend encore plus sur lui. On hait cet aliéné. Et de voir piétiner la police, de la voir se fourvoyer, agace.

    La nostalgie de l’Ange est l’un de ces romans hors normes qui ne manquera pas de séduire tous les aficionados d’expérience de lecture à la fois touchante et curieuse.

    Stéphanie, L1 HSI, UFR : Langues et cultures antiques