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Les nuls, par les nuls, pour les nuls (mini thèse)

 
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    L’exécution - au sens propre comme au sens figuré - du présent devoir a constitué et constitue encore un douloureux dilemme pour les rédacteurs qui s’en sont vu confier la responsabilité. La question a en effet été de savoir s’il valait mieux, dans l’intérêt porté à la littérature nulle ayant pour cible un public jeune, d’accomplir son devoir moral d’auteur et par là de donner ses lettres de noblesse à l’éloge écrit de l’échec en en brossant un portrait complet et intéressant ou s’il était préférable de pousser la piété jusqu’à divulguer un travail à l’image de son sujet.

    Nous avons ici tenté de répondre à notre amour double et contradictoire de la conscience professionnelle et du laisser-aller intellectuel, doux paradoxe illustrant à merveille la bêtise humaine - une des nombreuses facettes de la nullité. Observons ainsi la pauvreté de la présentation (caractères banals, mise en page inexpressive, aspect illustratif inexistant, ...) cotoyant le soin intellectuel apporté à la chose (références littéraires traversant les époques, diversité des modes d’expression abordés, fantaisies stylistiques, ...). S’il y a une chose dont peuvent se vanter les auteurs de ce dossier, c’est sans doute de hisser au plus un des pires écarts de l’humanité. Et se vanter, c’est nul. Une fierté aussi exagéremment exhibée ne cache-t-elle pas une certaine nullité ? Être ou ne pas être honteux de son échec, telle est la question. Le refuge dans d’infinies palabres grasses de flatteries de l’esprit ne cache-t-elle pas une certaine nullité, une incapacité à répondre au sujet et à accomplir son devoir ? Cette introduction échoue-t-elle à remplir la mission qui est la sienne ? Si tel est le cas, ce que nous pensons assez justement, il serait souhaitable que le présent dossier soit plus que sévèremment noté. Sa restitution dans les derniers délais reflète d’ailleurs l’incapacité de ses auteurs à faire un travail sérieux et convenable. Une sanction redonnerait aux rédacteurs leur identité première de nul en faisant d’eux des martyrs. Et les nuls sont souvent des martyrs.

    Maintenant que cette présentation d’un quelconque plan a brillamment avorté, intéressons-nous à la vasteté du sujet abordé. Car si la nullité est courante et connue de tous, elle a lieu sous différentes formes et à des degrés divers. Ne mélangeons pas les torchons et les serviettes, les nuls ont leur firté après tout. Distinguons d’abord les nuls tout court, les nuls en tout : La petite princesse nulle de Nadja est de ceux-là. Qu’il s’agisse de dessin, de cuisine ou de calcul, elle est nulle. L’avenir est incertain pour la petite princesse, mais elle ne s’en inquiète pas, car après tout, elle est trop nulle pour s’en rendre compte. Calvin le héros de Calvin et Hobbes de Watterson n’est lui pas insensible aux critiques qui lui sont faites. Sa médiocrité est visible à l’école comme au foyer, et la psychanalyse de bazar qu’il développe en compagnie de son fidèle compagnon le tigre Hobbes traduit son impuissance. S’il n’a rien à envier à un Titeuf ou à un Roi catastrophe en termes de performances sociales, Calvin incarne toutefois une forme de nullité de haut vol dans la mesure où sa mégalomanie et ses élans philosophiques de comptoir donnent une certaine couleur à son incapacité à se conduire normalement ou à être un bon élève.

    A côté de ces échecs ambulants apparaissent les nuls spécialisés. "’Faut vous dire, monsieur, que chez ces gens-là" on a pris soin de se choisir un secteur particulier pour exprimer sa nullité. On connaît le traditionnel cancre qui a préféré s’engager dans l’échec scolaire : tout le monde se souvient de Clotaire, compagnon d’infortune du Petit Nicolas et dernier de la classe... Mais le génie humain a su développer nombres de champs exploitables, et Ludo est lui Nul en pub ! Il mélange tout ! Les marques, les shampoings, les guépards à bicyclette... Alors il décide de prendre des cours de publicité et d’apprendre les réclames par coeur, parce que sinon la bande de Jérémie se moque de lui. L’initiative de Ludo pose alors la question de l’avenir chez les nuls. Comment réussir quand on est con et pleurnichard ? s’interroge déjà Michel Audiard en 1974 (oui, les grands ont aussi leurs échecs à gérer). Le petit Dolfi lui n’a pas lésiné, lui dont sa mère avait honte parce qu’il n’était ni très beau ni très malin et parce qu’elle ne savait ce qu’elle allait en faire ! Ce n’est pas vous qui lui prédisiez un grand avenir, n’est-ce pas Madame Hitler ? Citons à son sujet une petite anecdote édifiante - que l’auteur de Pauvre Petit garçon a préféré taire, sans doute parce qu’elle est assez nulle : une gamine passant devant le petit Dolfi devenu chancelier chantonnait à qui voulait bien l’entendre : "Demain j’ai huit ans ! Demain j’ai huit ans !" jusqu’à ce que celui-ci lui réplique un laconique "Nein".

    La petite princesse nulle déjà évoquée donnait elle aussi du fil à retordre à des parents désireux de la marier. Leur désespoir allait crescendo jusqu’à ce qu’en leur absence un prince lui rende visite et ne la trouve "pas nulle du tout". Alors méfiez-vous des nuls, car ils pourraient bien créer la surprise.

    Il existe tout de même des cas où l’échec personnel constitue un fardeau difficile à porter. Or nul n’ignore que le monde se divise en trois catégories : les nuls et les autres, ceux qui ne sont pas nuls. Autrement dit les experts, les spécialistes. L’auteur de Comment survivre quand on se trouve nul Est de ceux-là. Si les pas-nuls vous mènent la vie dure ou que vous ne pouvez supporter votre condition, alors cet ouvrage est fait pour vous. Les pathologies les plus courantes y sont traitées avec simplicité et humour. Même s’il n’est pas encore remboursé par la sécurité sociale, ce manuel fera le bonheur des nuls las d’eux-mêmes en leur proposant des solutions adaptées à leurs problèmes.

    On retiendra pour finir que l’éloge de la médiocrité a trouvé un filon des plus intéressants en se développant dans la littéture pour la jeunesse : elle sait être mise en scène sous différentes formes et répondre à des attentes variées. La nullité a ici de beaux jours devant elle car est constitue une source d’inspiration sans limites. Il apparaît d’ailleurs qu’elle a pris une place toujours plus grand dans la fiction en général et des longs métrages tous publics tels que Bienvenue chez les ch’tis ou Little Miss Sunshine en sont de bons exemples.

    Post-scriptum

    Paroles et musique par J. Cériez, DEUST 2, UFR IDIST