Site littérature jeunesse de lille 3

L’affaire Jennyfer Jones, de Anne Cassidy

 
  • - AUTEURS ET ILLUSTRATEURS
  • - CARNETS DE VOYAGE LITTÉRAIRE
  • ÉCRIVAINS EN HERBE
  • - ÉDITEURS
  • HÉROS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI, D’ICI ET D’AILLEURS...
  • - LA LITTÉRATURE JEUNESSE EN QUESTION(S)
  • MARQUE-PAGES / SIGNETS
  • - MINI THÈSES
  • - PARTIE PRIVÉE
  • - QUI SOMMES-NOUS ?
  • RECHERCHE PAR THÈME
  • - RESSOURCES EN LECTURE ET LITTÉRATURE JEUNESSE
  •  

    Dans la même rubrique

    Mots-clés

    Derniers messages publiés dans les forums

    Meurtre à l’âge où on joue à la poupée, victimes and co, un programme alléchant d’autant que le livre en question est "Meilleur livre ado" en Grande Bretagne... Alors, futur buzz à la Harry Potter ou roman noir à la sauce Teletubbies ?

    L’affaire Jennyfer Jones s’ouvre sur le quotidien même pas intéressant d’une adolescente banale, Alice Tully, 17 ans. Qui travaille dans la cafétéria d’une ville de province, en attendant la chambre à la fac et la vie d’étudiante. On nous précise qu’elle est jolie. A ce tableau s’ajoute Frankie, le petit ami et la promesse d’une vie amoureuse en commencement.

    Seulement, Alice s’intéresse avec une fascination un peu trop méthodique à tout ce qui touche à l’affaire Jennyfer Jones, sordide fait divers d’il y a 7 ans.

    À ce moment, comme tout bon lecteur attentif aux tournures que prend l’intrigue, on est en droit de se demander qui est cette jeune fille qui vit avec une sorte d’assistante sociale, sans dés les premières pages nous submerger d’allusions à un grand drame d’enfance ou à des souvenirs heureux au temps-où-tout-allait-pour-le-mieux, comme ça se fait dans certains romans réalistes qui permettent aux adolescents de bien comprendre que la vie c’est horrible des fois...

    Donc, de plus en plus de signes nous aiguillent (Alice s’effondre à la cafétéria quand elle découvre qu’un journaliste fraîchement débarqué dans sa petite ville s’intéresse lui aussi à "JJ") et soudain, à la page 25, tombe le couperet "il était abject et il recherchait JJ. Il ne savait pas qu’il l’avait retrouvée !".Ca y est, la boucle est bouclée, le décor est posé, les personnages s’apprêtent à affronter leur destin. Tout y est dès le début, meurtrière en couche-culotte, harcèlement médiatique, justice et surtout, la grande question qui soulève ce livre, le bien peut-il triompher du mal, autrement dit, une meurtrière d’enfant a t’elle droit au bonheur ?

    (JPG)

    « « Berwick water », « petite fille morte », « prostitution », « top modèle » [...] »

    Ce qu’il y a de bien avec ce livre, c’est qu’il prépare l’adolescent à la compassion et au pardon, mais pas à n’importe quel prix.

    En effet, l’auteur a l’air de sous-entendre que l’on veut bien s’attendrir sur le sort de la persécutée Alice Tully-Jennyfer Jones, mais seulement parce que son cas est au préalable diablement bien configuré. Ici on n’oublie aucun paramètre, au point que ça en devienne presque absurde. Par exemple, Jennyfer Jones est une jolie petite fille à frange, mais sans papa. Evidemment, ça aurait été plus difficile de s’apitoyer sur un papa borgne et sans dents. Ensuite, et ça on l’apprend grâce aux flash backs récurrents qui secouent Alice Tully dés qu’elle a du temps à tuer, « JJ » a une maman très méchante, égocentrique, dévergondée, qui l’abandonne à sa grand-mère, qui pose pour des photos pornos, qui la laisse toute seule, et qui dort toute la journée, sûrement défoncée à aux antidépresseurs. Alors bon, « JJ », bien qu’elle soit une jolie petite fille, commence par tuer le chien de sa mémé, puis sa meilleure copine. Incompréhensible ? Pas tant que ça, parce que « JJ » est une petite fille jolie, mais brisée si jeune par la vie. On ne naît pas psychopathe, on le devient, il paraît.

    Anne Cassidy tombe dans les pièges d’une psychanalyse à la Christophe Hondelatte et nous livre un personnage caricatural, sur lequel elle s’étend en larmoyant. Il aurait mieux valu qu’elle retienne la leçon de James Hadley Chase, à savoir, moins il en dit, plus on y croit.

    « Que méritait Kate ? D’avoir une vie à elle, probablement. »

    Le livre développe ensuite une question fondamentale qui rejoint la première : peut-on devenir quelqu’un de bien après avoir tué à coup de batte de baseball sa petite copine de dix ans au bord d’un étang ? Ca, les représentants, d’ailleurs tous féminins (étrange, non ?), de la justice qui parsèment ce livre, Jill Newton, Patricia Coffey et compagnie en sont persuadés. Après tout, et on est bien d’accord, « JJ » a payé puisqu’elle a passé sept ans en prison. Seulement, l’intéressée elle-même n’y croit pas, et l’auteur va lui donner raison, puisqu’elle lui fait systématiquement perdre les gens qu’elle aime. C’est là que le propos devient très hypocrite ; c’est bien que Jennyfer puisse sortir de prison et il faut faire confiance à la Justice. Mais Anne Cassidy nous précise quand même au passage qu’il n’y a pas que la justice des hommes, parce que la société peut pardonner, mais n’obtient pas la rédemption qui veut. Si « JJ » a été condamné à 7 ans de prison, il a aussi été décidé qu’elle n’aurait jamais droit au repos et qu’elle brûlerait en enfer. Ca ne serait pas moral sinon. Et puis pas de véritable dénouement, plutôt la perspective que l’histoire recommence, mais sans l’auteur, qui semble se fatiguer de son personnage tantalesque.

    Si ce propos est hérissant, il est cependant éclairant sur la façon dont on fantasme la justice et les statuts d’accusé et de victime. Il n’y a qu’a regarder un épisode de la série télévisé « FBI portés disparus », où les représentants irréprochables de la loi finissent toujours par découvrir une faute dans le passé des victimes. On est toujours rattrapé par ses péchés donc. "Oeil pour oeil..." première page du livre.

    Berwick Water, vraiment ?

    Enfin, je pense presque immédiatement au meurtre du petit James, à Liverpool, qui a secoué le Royaume Uni. Tout y fait référence, l’âge des enfants, l’abandon de l’enfant mourant, la durée des peines et le changement d’identité des meurtriers.

    Seulement, l’auteur a choisi la facilité, en remplaçant deux enfants désireux de blesser et tuer par une petite fille irresponsable, prise d’une crise de folie « je ne savais plus ce que je faisais » ; pourquoi écrire la redite d’un fait divers qui nous a traumatisés, sans prendre de recul, sans se poser les vraies questions qui font mal ? Un journaliste du Daily Miror a écrit "quel genre de peuple sommes-nous pour avoir engendré de tels monstres ?" Il me semble que c’est l’énoncé qui aurait dû être appliqué à ce livre, et cela avec rigueur et intelligence. Parce que même si ce livre se lit bien, il n’est qu’une piètre tentative pour s’auto-rassurer alors qu’il serait utile d’analyser les raisons de la peur qui pousse nos sociétés à adopter des systèmes pour tuer dans l’œuf nos enfants, Grande Bretagne en première ligne avec le Mosquito et autres mesures judiciaires extrêmement sévères.

    Il me semble qu’Anne Cassidy a besoin de s’expliquer à elle-même que finalement tant de barbarie, ça n’est pas possible, et qu’on ne peut comprendre la cruauté qu’en lui donnant des justifications ; seulement on doit tous vivre avec l’idée qu’on ne pourra jamais changer ça, comme d’autres choses. Un enfant, ça n’est pas plus pur que n’importe qui, ça n’est juste pas encore un adulte. Evitons de tomber des nues.

    Et bien sûr, on peut lire ce livre au premier degré, et s’en distraire et être complaisant, mais seulement, il faut accepter de se laisser envahir par des intentions masquées, qui font leur chemin. Peut-être juste qu’à quinze ans, il y a d’autres choses à lire dans la littérature pour grandir.

    Je crois que sous couvert de possibles bonnes intentions, ce livre oublie qu’il est destiné aux adolescents. Et qu’un adolescent, c’est un « monstre » perdu. A l’adolescence, on est un corps qui se rend compte des pulsions de sexe, de mort, qui l’habitent, qu’on ne sait comment appréhender, maîtriser, sans direction. Un ado, ça pressent beaucoup trop. Un adolescent se demande s’il est normal, s’il n’est pas monstrueux justement. Nier la cruauté, la monstruosité, le fait qu ’en tant qu’adulte, on est parfois sans voix, c’est livrer une vision du monde tronqué. Et c’est aussi oublier qu’en littérature, on peut tout dire, surtout le pire. Que la culture canalise ces choses dont on voudrait se défaire.

    Quand je lis ce livre, je pense à Dostoïevski, Hugo, Wilde, Céline, Calvino ou Marie Shelley et tant d’autre, et même à Lars Von Triers et à son Dogville (ce qui n’est pas moral, c’est d’accepter des autres ce qu’on accepterai pas pour soi-même, mais ce qui est amoral, c’est de ne pas pardonner) parce que « l’Affaire Jennyfer Jones » donne envie de se réfugier loin, très loin, des « meilleur livre ado » de l’année, où l’on prend les adolescents pour des imbéciles.

    Je n’ai décidément plus envie d’avoir quinze ans...

    CASSIDY, Anne. L’affaire Jennyfer Jones. Macadam Milan, des Editions Milan, 2006

    ISBN 978 2 7459 1886 4

    Paru sous le titre original Looking for JJ chez UK by Scholastic Ltd, des Editions Transworld en 2004. Traduit de l’anglais par Nathalie M.-C. Laverroux.

    L.T L1 HSI, ufr Langues et Cultures Antiques

    Post-scriptum

    L’affaire Jennyfer Jones de Anne Cassidy, paru en France chez Macadam Milan, des Editions Milan en 2006 isbn : 978 2 7459 1886 4 Paru sous le titre original Looking for JJ chez UK by Scholastic Ltd, des Editions Transworld en 2004 Traduit de l’anglais par Nathalie M.-C. Laverroux

    en savoir un peu plus...

    -  ils ont aimé... l’avis de Ricochet
    -  Anne Cassidy, l’auteur
    -  le roman noir
    -  un article sur le meurtre du petit James
    -  la justice des mineurs en Grande Bretagne

    Forum de l'article : 1 contribution(s) au forum

    L’affaire Jennyfer Jones, de Anne Cassidy, Par : saleene-, 20 septembre 2008
    Original, attachant j’ai vraiment aimé ce livre. L’histoire etait assez passionnante.
    Retour au début des forums