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Douée pour le silence, de Sarah Cohen-Scali

 
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    Des mots qui ne trouvent pas à s’exprimer...

    De l’enfance à l’âge adulte, Sarah Cohen-scali, se promène dans la vie avec au fond d’elle des mots prisonniers et des aspirations muettes. Ses passions silencieuses n’ont pas la parole dans sa vie d’adolescente heureuse, ordinaire et couronnée de réussite scolaire. On garde tous souvent jusqu’à la douleur, parfois même physique, les sentiments qui nous envahissent et les passions qui nous dévorent. Ils nous remplissent goutte à goutte jusqu’à devenir une véritable lame de fond. Alors, un beau jour le trop-plein jaillit, emportant avec lui un peu de nous à la face du monde. En nous permettant de revisiter le déroulement de sa vie, côté cour, Sarah Cohen-Scali témoigne de l’inexorable force qui nous conduit à être nous-même. Elle nous pointe, comme pour nous donner une clef du problème, les rencontres phares de son existence, autant de miroirs qui vont l’aider à ébranler le château de cartes de ses angoisses et à s’octroyer le droit d’être elle même.

    (GIF)

    La collection "Confessions" offre aux adolescents un ensemble de témoignages d’auteurs sur leur propre vie. Et si, cette fois ci, avec Sarah Cohen-Scali on osait ? Si aujourd’hui on invitait quelqu’un à partager ces mots que l’on ne dit jamais ? Si l’on donnait enfin à entendre l’imbroglio des paroles gardées douloureusement au fond des cœurs ? Après un prologue hésitant (comment peut on dévoiler nos plus profondes raisons d’être ? nos passions les plus secrètes ?) l’auteur nous entrouvre une porte sur les douleurs muettes qui nous donnent la force d’exister....

    Habilement mis en scène, ce livre se vit à la manière d’une pièce de théâtre. Les doubles pages rouges du début et de la fin de l’ouvrage sont comme les rideaux d’une pièce à laquelle nous allons assister. On se laisse bercer acte après acte par ce dialogue intime de l’auteur, celle de la vie, avec elle-même, celle de l’intérieur (qui ne s’exprime qu’en phrases aux gros caractères rouges et qui jamais ne seront réellement dites, mais seulement écrites). Comme pour le temps d’une représentation, d’un partage en forme de parenthèse, l’auteur lève au fil des pages le rideau sur des bribes de son existence dont l’écho n’a jamais pu franchir le mur silencieux de ses lèvres cadenassées.

    Le pari de ce livre est d’offrir au lecteur, non pas une histoire fleuve et romanesque, mais un récit concis et dénudé qui appelle à l’identification. Pari peut-être peu risqué, puisque l’on a tous, sans doute et à tout âge, des blessures intérieures qui ne demandent qu’à prendre la parole ! Sarah Cohen-Scali est toujours la petite fille aux lèvres verrouillées. Celle qui ne dit pas les choses qui la touchent, peut-être parce que l’on a toujours l’impression d’être seul à les penser, parce qu’elles nous rendent vulnérable, parce que de l’autre coté de la barrière nos passions vitales et dévorantes ne sont qu’histoires banales ...

    Mais elle a su trouver aujourd’hui les soupapes de sécurité qui lui donnent la force d’exister, de s’ex-primer, de jeter au dehors la vie qui bat en elle....de la soumettre au partage. Car, c’est aussi parce les choses nous touchent et qu’elles vivent en nous que nous devons nous attacher à les exprimer, même si ce n’est pas par les mots. Que ce soit grâce au théâtre ou à la littérature, (les deux dernières phrases en gros caractères rouges du roman sont : "j’écris maintenant" "il n’est plus question d’échec") elle témoigne aujourd’hui, dans cette confession, de la force avec laquelle les sentiments qui demeurent muets tiennent notre vie à bout de bras. Elle n’hésite pas pour cela à s’essayer dans un registre un peu particulier, loin des intrigues policières dans lesquelles elle a l’habitude de naviguer

    Et pour ceux qui ne sont pas convaincus que les silences soient à dire ou même à écrire, il reste un roman agréable à lire et parsemés de nombreuses références, comme autant de clins d’yeux au lecteur (A.Souchon, S.King, le cercle des poètes disparus, la vie de Rimbaud et son poème voyelles E comme envie, T comme..., une description à la façon d’Amélie Poulain, 1 je me souviens,2 je ne me souviens pas.., le Titanic, et même Popeye !)

    Un joli effort d’expression pour ébranler notre "4 ème mur" à tous...

    Mots clés : adolescence / affirmation de soi / mutisme / théâtre

    par Myriam Cieux, Deust STID, novembre 2004

    Cohen-Scali, Sarah. Douée pour le silence. Ed. De La Martinière Jeunesse, 2004. (Confessions). ISBN 2732431281