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Etrangère au paradis, de Gudule

 
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    Léna est adolescente. Comme beaucoup d’adolescentes, sa vie se partage entre le lycée et la maison. Son quotidien gai et léger navigue entre les premiers émois amoureux et les humeurs fantasques de sa mère écrivain, sans cesse confrontée à la mainmise de son éditrice Sybille. Suite à quelques rencontres avec Sybille, Léna prend conscience de sa passion grandissante pour cette femme hors du commun, qui préfère l’amour au féminin

    (GIF)

    Un court roman, des chapitres concis, jamais un mot superflu, un humour discret, une douce légèreté, voilà les armes avec lesquelles Gudule réalise l’exploit de poser des mots sur le plus douloureux des sentiments...Comment ne pas déchirer, heurter ou choquer, quand on parle d’amour aux adolescents ? D’autant plus difficile si celui-ci, homosexuel, est montré du doigt par toute une société.

    Pourtant, dans ce roman d’une justesse époustouflante, Gudule nous prend par la main pour nous aider à construire un monde dans lequel s’approprier sa propre façon d’aimer est un droit. Léna aime la vie, Léna aime tout court. Elle découvre pourtant combien l’image de l’amour que lui a renvoyée la société jusqu’à lors était figée et restreinte. Il existe aujourd’hui pour elle un bonheur qu’elle n’avait jamais ressenti. En rencontrant Sybille, c’est sa propre façon d’aimer et d’être heureuse qu’elle découvre.

    L’auteur avance pas à pas auprès de Léna, il dévoile avec pudeur et sensibilité la force des sentiments, ceux de la vie, profonds, douloureux et magiques. Et l’on se laisse, nous aussi, chavirer par le registre de l’amour, de n’importe quel amour, juste l’amour de deux personnes qui s’aiment semblables à bien d’autres. La force de ce texte est de nous parler de l’homosexualité, non pas par le biais de la différence qui pose problème, mais par le biais de la revendication légitime du droit d’aimer. Dès lors, quelle qu’elle soit, toute différence n’est plus que richesse. On dépeint l’amour de Léna pour Sybille, non pas par sa spécificité, mais par la force irraisonnée et irraisonnable liée à n’importe quel amour. Une véritable leçon de tolérance.

    Pourtant, jamais l’auteur ne se laisse aller à un point de vue réducteur. Il s’attache avec habileté à faire le tour complet des sentiments que peut engendrer cette situation. Il n’omet pas de nous dépeindre, petites touches par petites touches, les blessures et le désarroi. Et pourtant Léna, jeune fille épanouie, proche de sa mère et pour qui le dialogue ne pose aucun problème, se retrouve confrontée à la colère et à l’incompréhension. Elle est seule, pour la première fois, face à tous, sans aucun moyen de se faire reconnaître (sauf aux yeux de Sybille) dans le monde qui l’entoure. Le jugement est immédiat et sans appel. Aidés par l’auteur on en arrive à s’interroger sur la réaction de la mère de Léna. Elle qui nous paraissait pourtant psychologiquement si clairvoyante sur la vie, au travers de ses romans, comment peut elle condamner sa propre fille ? Encore une habile construction de l’auteur pour nous amener à nous interroger sur le pourquoi de cette non-reconnaissance sociale de l’homosexualité.

    On ne peut que se réjouir de voir ce texte, transmettre à chacun d’entre nous un esprit de liberté sereine et revendicative. Il nous appelle à enfin ouvrir les yeux sur le droit à la liberté d’être soi. Ni réducteur, ni prescripteur, ligne après ligne, l’auteur offre au lecteur une conviction inébranlable de son droit à choisir sa vie, de son droit à se construire en toute liberté en dehors de tous modèles préétablis. D’ailleurs, la fin de ce roman ne nous indique pas l’avenir de Léna, peu importe ! Elle est toujours la jeune fille joyeuse du début du roman, mais elle sait aujourd’hui, que c’est à elle seule d’inventer le bonheur qu’elle désire. Un texte éminemment rassurant pour tous les adolescents en quête d’identité sexuelle, pour ceux qui se révéleront homosexuels, mais aussi et surtout pour tous les autres susceptibles de tomber dans la méfiance et l’incompréhension. Car il fait bon de croire de temps en temps que l’amour est un sentiment libre et universel qui ne revêt force et bonheur que par la richesse de ses multiples facettes. Un texte à mettre entre toutes les mains....

    MOTS CLE : Adolescence / Homosexualité

    Myriam Cieux, Deust STID, novembre 2004

    Gudule. Etrangère au paradis. Grasset Jeunesse, 2004. (Lampe de poche adolescents) ISBN 2246670519

    Post-scriptum

    Sur ce site, voir les autres articles sur l’homosexualité :

    http://jeunet.univ-lille3.fr/mot.php3 ?id_mot=118