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L’île du Docteur Moreau, de H. G. Wells

 
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    (JPG)

    Edward Prendick, scientifique britannique, navigue à bord de la Dame altière. Suite à un naufrage de son navire, l’homme part à la dérive, au beau milieu de l’océan, dans une petite barque, Sûr de voir sa fin approcher, il est recueilli par un bateau, La chance rouge. Par chance, un des passagers, Montgomery, est médecin et prend soin de Prendick. Mais en voulant prendre la défense du compagnon de Montgomery, maltraité par le capitaine, le naufragé se dispute avec ce dernier. C’est pourquoi, lorsque le médecin arrive à destination, sur une petite île inconnue, Prendick est expulsé du bateau et se retrouve alors livré à lui-même.

    I) L’arrivée du héros : le naufrage :

    (JPG) Le naufrage de la Dame altière n’est pas clairement raconté. Le roman débute quand Prendick dérive dans sa petite barque. Il racontera par la suite qu’il était en compagnie de deux rescapés, qui sont passés par dessus bord après s’être disputés. Après plusieurs jours, il est recueilli par La chance rouge, un navire qui passait par là. Malheureusement pour lui, le capitaine du bateau est un ivrogne qui maltraite les passagers, prétextant qu’il est sur Son bateau. A la suite d’une altercation, il s’en prend à Prendick, encore extrêmement faible. Ainsi, il profite du débarquement du docteur Montgomery, aux abords d’une petite île, pour poser au naufragé un ultimatum : soit il suit Montgomery sur l’île, soit il repart à la dérive dans sa barque. Seulement, ce dernier lui fait comprendre qu’il ne peut pas le suivre. C’est pourquoi le pauvre homme se retrouve de nouveau à la dérive dans sa barque pleine d’eau. Alors que Montgomery s’éloigne de plus en plus pour rejoindre son île. Mais ne pouvant laisser l’homme mourir, il décide de le repêcher et de lui sauver la vie une seconde fois. Mais à ce moment, Prendick est loin de se douter de ce qui l’attend sur cette île, inconnue de tous et habitée par seulement Montgomery, un autre homme et leurs quelques compagnons.

    II) D’étranges compagnons :

    (JPG) Depuis qu’il a rencontré Montgomery, Prendick ressent une étrange sensation chaque fois qu’il voit M’Ling, le compagnon du médecin. En effet, Il n’a rien de tout à fait humain. C’est « un être difforme, court, épais et gauche, le dos arrondi. » De plus, il a « une vivacité tout animale ». Il a une sorte de museau et deux rangées de dents plus grandes que celles d’aucune autre bouche humaine. Par la suite, Prendick s’aperçoit que cet homme a des oreilles pointues. En arrivant sue l’îles, les choses ne vont pas en s’arrangeant. En effets, les hommes aidant Montgomery et Moreau à décharger se radeau sont tous aussi curieux que M’Ling. Ils marchent d’une façon étrange, comme si les jointures de leurs articulations étaient à l’envers. De plus, ils sont incompréhensibles. Il parlent entre eux une sorte de dialecte inconnu par Prendick. Ce dernier reconnaît d’ailleurs des sons particuliers qu’il avait déjà entendus plus tôt. Le naufragé s’interroge de plus en plus sur ces étranges compagnons qui l’entourent et sur l’endroit d’où ils peuvent venir. Ce n’est que plus tard, qu’à sa grande stupeur, il comprendra qui sont réellement ces hommes.

    III) La peur et l’angoisse :

    Plus Prendick côtoit ses nouveaux compagnons, plus il s’interroge et s’inquiète. Ces préoccupations vont transparaître au travers d’une atmosphère de peur et (JPG) d’angoisse ressenties par l’homme. Cette atmosphère est renforcée par les cris perçants du puma qui semble être torturé dans l’enclos par Moreau. Rapidement, ces gémissements hantent l’homme dont la chambre est voisine de cette pièce de torture. Afin de fuir cette horreur, Prendick part explorer l’île. Mais, à chaque pas qu’il fait, il se sent surveillé, épié. Il a beau scruter tout autour de lui, il ne trouve rien d’inhabituel. Cette impression augmente et se confirme lorsque l’homme aperçoit, au bord d’un ruisseau, une « créature ». Cette dernière, qui lape pour boire, ne ressemble ni vraiment à un animal, ni à un homme. A cours de son exploration, l’homme est poursuivi, pourchassé par une de ces créatures qui sont toutes plus étranges les unes que les autres. Sa crainte ne fait que croître jusqu’au moment où il rejoint l’enclos. Seulement, cette fois, ce n’est plus le puma qui gémit. Ce sont les plaintes d’un être humain, d’un homme que l’on torture. Ne pouvant plus supporter ces cris de douleurs, Prendick pousse la porte de l’enclos, restée ouverte, et découvre avec horreur que Moreau, les vêtements couverts de sang, est en train de pratiquer une vivisection sur un être humain,. A cette vision d’horreur et d’épouvante, Prendick se sauve, pensant qu’il sera vite la prochaine victime de son hôte.

    IV) Homme ou animal ?

    (JPG) Lors de sa fuite dans la forêt, Prendick, pris de panique, rencontre un groupe de ces étranges créatures. Mais que sont-ils vraiment ? Pour l’homme, il n’y a aucun doute possible : ce sont de pauvres hommes animalisés par les vivisections répétées de Moreau et de son assistant. En revanche, Moreau affirme que ce sont des animaux humanisés par ses soins. Mais que croire ? La réponse à ce problème est plus compliquée qu’on ne pourrait le croire. En effet, toutes ces créatures, ou créations, sont regroupées dans ce qu’on pourrait reconnaître comme étant un "village de monstres". De plus, un monstre gris enseigne la Loi : "Ne pas marcher à quatre pattes. C’est la Loi. Ne sommes-nous pas des hommes ? Ne pas manger de chair ni de poisson. C’est la loi. Ne sommes-nous pas des hommes ?" (...) Ainsi, il semble exister une véritable société "civilisée" formée par ces animaux humanisés. Ils semblent également craindre et respecter un être supérieur, semblable à un dieu, à leur créateur : "A lui, la main qui crée. A lui, la main qui blesse. (...)" Cependant aussi évolués qu’ils puissent être, une menace terrible plane sur eux. La moindre goutte de sang qu’ils goûteraient ferait presque aussitôt ressurgir leurs instincts primitifs. De plus, leurs caractères humanisés ne sont rendus possibles que par l’éducation qui leur provient de Moreau. Mais tôt ou tard, leur animalité et leur bestialité finiront fatalement par prendre le dessus sur leur humanité. Ainsi, cette parodie d’humanité est appelée à disparaître, et ceci à tout instant.

    V) Le traumatisme du héros :

    (JPG) Ce qui devait arriver arriva. Plusieurs des créatures, dans un élan de bestialité, goûtent du sang. C’est alors le début de la fin. En effet, une simple petite goutte de sang suffit à faire ressurgir toute l’animalité qui n’était qu’endormie en eux. Il en est fini de cette "humanité" fabriquée. C’est pour cela que les créatures se retournent contre leurs créateurs. Même une fois revenu à la civilisation, Prendick ne se remettra jamais de cette année passée sur l’île en compagnie de ses habitants. Le narrateur du roman est Prendick lui-même. En parlant à la première personne, il nous fait découvrir et partager ce qu’il vit et tout ce qu’il a dû surmonter depuis le naufrage de la Dame Altière. Encore après son retour en Angleterre, chaque fois qu’il croise une personne il se demande si ce n’est pas une de ces bêtes humanisées, même si il sait, au fond de lui, que toutes les personnes qui l’entourent sont des êtres humains comme lui. Le souvenir de l’île et le traumatisme engendré laisseront un trace indélébile dans son esprit. Après tous ces mois de crainte et de survie, il ne sera plus jamais le même homme qu’avant son naufrage dans les mers du Sud.

    VI) Les expérimentations animales :

    (JPG) Après la lecture de ce roman se pose bien évidemment la question des expérimentations pratiquées sur les animaux. Certes, elles ne vont pas aussi loin que les vivisections de Moreau, mais avons-nous le droit de tout faire subir aux animaux au nom de la science ? La science actuelle est heureusement très loin de celle imaginée par H.G. Wells, mais il nous faut dès à présent poser les limites qui nous empêcheront de tomber dans l’excès. En effet, il a été prouvé scientifiquement, et même médicalement, que les vivisections pratiquées aujourd’hui sont totalement inefficaces et inutiles. En outre, les métabolismes animaux et humains sont beaucoup trop différents pour les rapprocher comme le font les chercheurs. Des médicaments, des vaccins ou tout autres produits issus de la recherche ne sont en aucun cas obtenus grâce aux expérimentations animales. Etant tout à fait inappropriée, la vivisection et l’acharnement des scientifiques qui la pratiquent ne font donc plus partie de la recherche médicale, mais ne participent qu’à une torture cruelle et inutile subie par les animaux, qui n’ont ainsi plus le droit de vivre sans de très graves mutilations. La science peut cependant être très utile dans la mesure où les chercheurs ne pratiquent pas des expériences juste pour le plaisir de faire des nouvelles découvertes, mais inutiles médicalement parlant. Contrairement aux arguments avancés par ces chercheurs, il existe des méthodes alternatives aux expérimentations animales, et notamment dans le domaine de la cosmétique. Ainsi la culture de tissus, de cellules, d’organes, et bien plus, pourraient être utilisées. Or, la grande majorité des dépenses effectuées à ce jour sont réalisées pour les tests sur les animaux au détriment de toute autre solution substitutive, qui permettrait ainsi d’éviter le massacre de tant d’animaux. De plus, comme nous le montre bien ce roman, on aura beau faire tout ce qu’on veut à un animal, il n’en sera pas moins un animal, avec son caractère et ses instincts primitifs.

    Je ne suis pas amateur de littérature fantastique ou science-fiction. Cependant, j’ai aimé lire ce livre. Jusqu’à la fin de l’histoire on se demande comment Prendick réussira à sauver sa vie, et même s’il y parviendra. Je pense que ce roman est idéal pour permettre à un adolescent de s’évader. Même si le raisonnement de Moreau est basé sur la science, on sait bien que ce qui se passe sur l’île est totalement impossible, et est donc de la pure fiction, parfait pour les amateurs d’expériences et monstres en tous genres. Ce texte est destiné à un public à partir de onze ans, ce qui est d’ailleurs noté sur le livre.

    WELLS Herbert George, illustrations intérieures de MUNCH Philippe, illustration de la couverture de GALERON Henri, traduit de l’anglais par DAVRAY Henry-D. L’île du Docteur Moreau. Edition Gallimard jeunesse, Collection Folio junior, 1896, 191 pages, ISBN 2-07-054109-6.

    Grâce BREBION, L1 Angellier, UFR Angellier.