Site littérature jeunesse de lille 3

Petite, de Geneviève Brisac

Un livre qui pèse sur la balance...
 
  • - AUTEURS ET ILLUSTRATEURS
  • - CARNETS DE VOYAGE LITTÉRAIRE
  • ÉCRIVAINS EN HERBE
  • - ÉDITEURS
  • HÉROS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI, D’ICI ET D’AILLEURS...
  • - LA LITTÉRATURE JEUNESSE EN QUESTION(S)
  • MARQUE-PAGES / SIGNETS
  • - MINI THÈSES
  • - PARTIE PRIVÉE
  • - QUI SOMMES-NOUS ?
  • RECHERCHE PAR THÈME
  • - RESSOURCES EN LECTURE ET LITTÉRATURE JEUNESSE
  •  

    Dans la même rubrique

    Mots-clés

    Petite est un témoignage bouleversant de Geneviève Brisac, paru en 1994 aux Édition de l’Olivier, narrant la période anorexique de l’auteur de façon poignante...
    (JPG)
    Une couverture significative

    La première approche du livre, la découverte de la couverture, nous initie immédiatement au sujet principal, l’anorexie, axe englobant en totalité tout autre thème abordé. La « mesure » est donc tout de suite donnée. En effet, la couverture, une photographie d’un mètre ruban, annonce de façon sûre une histoire basée sur un problème de poids. De plus, les teintes sont très significatives : une touche de rose enfantine s’allie au seul mot que contient le titre : « Petite », afin d’énoncer cette maladie, où une grande part de l’inconscient, accompagné ou non du conscient, refuse le monde adulte et se force à rester dans le stade de l’enfance. Les autres couleurs dominantes, le noir et le blanc, laissent présager que le sujet sera abordé de façon violente, ou tout au moins, triste.

    De nombreux livres choisissent aujourd’hui d’aborder le thème de l’anorexie, cette maladie encore parfois taboue, que l’on connaît encore peu, malgré son expansion flagrante dans notre monde, à la société de plus en plus régie par l’apparence. Mais dans ce livre, Geneviève Brisac se montre particulièrement engagée, elle a en effet vécu ce qu’elle narre et veut en faire un témoignage qui, elle l’espère, aidera certaines personnes à sortir de ce qu’elle a encore du mal à évoquer aujourd’hui. Ce fut donc pour elle une épreuve de force d’écrire ce livre qui la touche, ce qu’elle évoque dans son œuvre. Elle s’efforce de tout dire. De ne rien omettre, quelque soit la souffrance qui habite encore ses souvenirs.

    Dans un premier temps, nous verrons jusqu’à quel point cette œuvre s’efforce de coller à la réalité pour ensuite analyser l’impact que peut produire une telle lecture sur un adolescent.

    Nouk a treize ans, est entourée de sa meilleure amie, de ses parents et de ses sœurs. Elle est, de plus, intelligente. Pourtant, ce jour là, elle décide d’arrêter de manger, de ne prendre plus que le strict minimum. Elle trouve la vie dure, complexe, et ses réflexions lui font peur. Nouk, blessée mais battante, nous narre ses pensés et son quotidien, au fil de ses combats.

    La vérité pour seule exigence

    Le but de Geneviève Brisac est d’être la plus objective possible. On retrouve donc dans son roman la façon de penser typique d’une anorexique.

    Au commencement, l’enfant victime de la maladie, s’associe à un idéal, bien souvent à une jeune fille très mince dite « parfaite ». Ici, Nouk, vers sept ans, lors d’un retour en arrière dans le récit, fait un rapprochement entre entre elle et une fille de l’Histoire, mince, portant le même nom qu’elle : Geneviève. Avec cela, naît une grande admiration de l’héroïne pour les personnes qui n’ont, pas un gramme de graisse. Une admiration qui deviendra parfois malsaine, car incitant à la jalousie. Dans la réalité, un ou une anorexique est en compétition avec toute autre personne susceptible de lui voler la palme de la minceur. Le terme de « compétition » est d’ailleurs évoqué comme une caractéristique de Nouk

    On remarque la présence de nombreuses phrases contradictoires, créées pour symboliser le dilemme de la maladie, la lutte entre l’esprit qui se veut indépendant et les instincts de survie. Ce qui se remarque d’ailleurs dès les premières phrases : « Je n’aurai plus jamais faim, me suis-je dit. Il était sept heures du soir et j’avais faim. ». En effet, l’esprit d’une personne anorexique se forge de façon spectaculaire, se doit d’être très solide dans ses résolutions. La volonté, abordée par Nouk une multitude de fois, se doit d’être infaillible. Le contrôle de la nourriture est le plus fervent combat de la pré-adolescente. Pour elle, contrôler, c’est avoir de la liberté. Cesser de s’alimenter est un désir de pureté.

    Un large fossé se creuse au fur et à mesure du récit entre l’héroïne et le reste du monde. Pour elle, la différence qui la sépare des gens dits « normaux », elle l’évoque comme un tabou. Il y a un grand malentendu avec le reste du monde. Elle n’est plus reliée à personne, sauf peut être aux enfant, c’est à dire à ses petites sœurs, dont elle se rapproche en refusant de grandir. Une excuse de plus à l’anorexie qui coupe tout développement physique, lui refusant toute forme de femme. Nouk est d’ailleurs aménorrhée.

    Mais l’anorexie n’est malheureusement pas seule. Un fléau en entraînant un autre, la dépression et la boulimie suivent son sillage. Notre protagoniste les connaît bien. elle les vit, accusant coup sur coup les problèmes de la vie et les reproches de son entourage qui est dans l’incompréhension la plus totale. La boulimie la fait mentir, culpabiliser. Ce qui est tout a fait légitime quand on sait que la culpabilité est l’essence même de cette autre maladie alimentaire. C’est l’énergie qui s’impose et qui bloque la victime dans un engrenage qu’elle n’a presque plus l’opportunité de quitter.

    La véracité de ce roman, sur ce sujet difficile, est indéniable. La retranscription de la vérité que l’auteur nous transmet est, on ne peut plus juste. L’œuvre nous livre les clés pour connaître la maladie de façon globale tout en traitant un cas particulier.

    Un sujet traité sans censure

    Ce livre, en étant le plus véridique possible, ne peut aborder les sujets difficiles de façon simple. Il n’est ni léger, ni humoristique. Ce en quoi on peut se demander de quelle façon il sera perçu par un lectorat sensiblement jeune.

    Les thèmes abordés, de par leur nature, ne sont pas faciles en soi. Tout le texte a été rédigé dans un style résolument lugubre, qui se reporte à la dépression omniprésente de la protagoniste. Inutile de rappeler que cette maladie peut engendrer de soudaines pensées violentes. Elles nous sont ici retransmises sans tabou.

    Une grande majorité des phrases de ce livre sont des phrases relativement courtes. C’est le seul lien de facilité pour des lecteurs de douze à seize ans. Mais ces mêmes phrases sont souvent très lourdes de sens. Il y a, en effet, de nombreux sens psychologiques derrière chaque sens premier. Les thèmes abordés sont très durs. Le sujet de la folie y est abordée, aux extrêmes des sujets psychologiques, principalement car le personnage principal se sent sur le point de plonger dans cette spirale infernale. Mais il y a aussi le thème de la mort, de la vieillesse, de la paralysie, qui sont observées à travers la fin de vie de ses grands-parents. De même, le lecteur se retrouve plongé et même emprisonné, par le biais de l’héroïne, dans un univers hospitalier fermé. Celle ci vit, plusieurs jours durant, dans une chambre vide, nue, à la seule exception d’un lit. Le traitement se veut de choc. Il ne fait qu’ajouter traumatisme au traumatisme. Ce livre ne propose cependant pas d’alternative à cette situation. Le lecteur, en plus de comprendre ce que ressent l’héroïne, peut également se mettre à la place de ses proches, car il est palpable une véritable détresse familiale. Nouk perdra malheureusement ce lien familial.

    La douleur se fait énormément ressentir, et la personne lisant, qui prend de plus en plus peur au fil des pages, veut, de moins en moins se plonger dans l’histoire, de crainte, de trop s’impliquer, de ressentir et de penser comme Nouk. La souffrance se retrouve aussi visiblement chez la narratrice, qui se sentant trop prise dans son œuvre, et ne pouvant, selon ses propres dires, faire marche arrière, décide de prendre du recul. Cela se remarque par un passage de la narration de la première personne à la troisième du singulier. La structure de ce récit est déséquilibrée, dans le fait que le moment de la lente descente aux enfers est largement plus développée que la fragile remontée à la surface.

    Un adolescent n’ayant pas rencontré les problèmes de Nouk, ne se sentira pas en lien avec cette jeune fille qui devient progressivement asociale, qui perd toute trace d’humour, devient agressive et ne veut pas grandir. Le fossé, trop large, ne permettra sûrement pas l’identification.

    Un livre qui pèse sur la balance

    La lecture de ce livre, peut nous mettre en lien avec d’autres, tel notamment, le livre autobiographique de Justine nommé : Ce matin j’ai décidé d’arrêter de manger. Témoignage racontant le quotidien de cette ancienne anorexique, mais aussi la façon dont elle rentre dans la maladie et dont elle en sort. L’important lien avec sa famille la sauvera. En comparaison, dans Petite, il manque peut être cette dimension explicative. L’utilité d’une telle lecture demande alors justification. Selon moi, un jeune lecteur de douze à seize ans ne comprendra pas le message que veut nous transmettre ce livre , sauf s’il connaît lui-même, ou quelqu’un de son entourage, l’anorexie ou une des différentes autres maladie évoquées dans celui ci. Là, comprendre la maladies par son biais, et apprendre à la surmonter, ou à la haïr selon ses besoins, peut être d’une aide très précieuse.

    Ce livre permet donc une meilleure compréhension de la maladie, mais n’apporte malheureusement aucune solution concrète, aucun semblant de piste. Il peut sans problème être lu par un adulte, et l’aider, lui apporter des réponses, ou tout simplement assouvir sa curiosité.

    De plus, si l’on se renseigne sur la vie de l’auteur, qui rappelons le a vécu tout cela, on apprend qu’elle a aujourd’hui une excellente situation professionnelle, dirigeant les collections Mouche Neuf et Médium à l’École des Loisirs, que tout cela est loin derrière elle. Et l’espoir ainsi revient, l’espoir que l’on peut s’en sortir et même , en prime réussir. C’est tout de même une belle leçon de vie de savoir que, aussi bas est-on tombé, on peut toujours, en se battant, combat après combat, remonter, et vivre de plus belle.

    (JPG)
    L’anorexie

    Magali BERTRAM

    Pour en savoir plus sur l’auteur : http://www.genevievebrisac.com/

    Aide et information sur anorexie, boulimie et dépression : http://www.bouliana.com/site/


    Petite, Geneviève Brisac, 09/2005, Médium 12 à 16 ans, L’École des Loisirs, 13cm x 19cm, Ce livre est l’édition es format de poche du roman Petite paru aux Édition de l’Olivier en 1994, ISBN 2211081576

    Post-scriptum

    Pour sortir d’une maladie psychologique, quelle qu’elle soit, rien ne vaut l’amour... Qu’il soit filial, familial d’amitié,... Les liens ne sont surtout pas à négliger.