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Sanguine, d’ Axel Cousseau

L’adolescence n’est pas de tout repos...
 
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    L’ouvrage concerné fut écrit par Axel Rousseau, né en 1974, dont les romans visent plus particulièrement les adolescents ainsi que les plus jeunes. Il est publié en grande majorité par les éditions du Rouergue (dans les collections doAdo et Zig Zag) et par L’Ecole Des Loisirs.
    (BMP)
    L’histoire d’une jeune fille sensible qui tente de s’affirmer...

    COUSSEAU Axel. Sanguine. Editions Du Rouergue, 2005, ISBN : 2 84156 6749. Prix : 7 euros.

    Sanguine reflète la psychologie d’une adolescente tout à fait ordinaire dans la société d’aujourd’hui : c’est un récit réaliste, un roman miroir. Les thèmes principaux, qui seront développés ci-dessous, concernent en premier lieu l’adolescence, puis ce qui en découle, comme le thème de l’amour. Il s’agit du récit d’une adolescente de douze ans, Anouk, qui grandit. Evidemment, son anatomie, son organisme changent, provoquant ainsi de nouveaux sentiments, de nouvelles émotions. Face à cette évolution, l’héroïne ne sait quoi dire et que faire. Il nous est donc raconté le quotidien de cette jeune collégienne qui, tel un conte initiatique dans lequel le héros aspire à gagner en maturité, se cherche afin de devenir une jeune femme. L’étude de ce livre se déroulera en plusieurs parties. Tout d’abord, il convient d’aborder le thème majeur de notre histoire, à savoir l’adolescence, qui nous concerne tous, que ce soit à la fois d’un côté physique, morphologique que psychologique.

    I - Le passage de l’adolescence.

    L’auteur met en scène une jeune fille qui change. En effet, Anouk, pour la première fois, a ses règles, comme l’exprime explicitement le titre : Sanguine. C’est inévitable en tant que femme, mais elle ne peut s’empêcher d’en avoir honte, au point de ne pas vouloir en parler à sa mère. Le changement morphologique agit considérablement sur son moral, elle se sent « seule face aux regards des autres, avec [son] corps qui pèse une tonne, et [son] cartable une autre tonne ». Elle exprime un profond mal-être, à la fois à cause du changement, mais aussi à l’école, par l’évocation de son lourd cartable (de par sa honte, puisqu’elle ne peut même pas parler de ses sentiments avec ses meilleures amies, parce que « c’est délicat »). Pour une adolescente de douze ans, le fait de ressembler à sa sœur ainée (aux yeux des autres) est insupportable. Anouk le dit clairement : « On dit toujours que je ressemble à ma sœur. C’est pas vrai. Ca m’énerve, les gens cherchent des ressemblances partout, à croire qu’ils n’ont que ca à faire ». L’adolescence doit, en plus d’être dans une période de changements, faire face au passage inévitable concernant l’affirmation de soi. Anouk a du mal à s’affirmer. En effet, si l’on dit qu’elle « ressemble à [sa] sœur parce [qu’elle] a ses habits », comment peut elle affirmer son caractère, ses pensées ? Elle se démarque des autres, mais ne peut être elle-même pour autant. Par exemple, dès le début du roman, elle assiste à une pièce de théâtre qui est une représentation de la guerre, supposée être dramatique, mais elle rit à cause d’une mouche se posant sur la tête du soldat, qui « la repousse d’un geste discret mais (qui) revient aussitôt ». Elle ressent donc une honte qui est en fait omniprésente, même dans des situations banales comme le fait d’assister à une représentation théâtrale. Pour faire face à ce sentiment, elle compense sur la nourriture. Elle avoue que « le midi, [elle] s’ennuie. Alors [elle] mange ». Elle précise : « j’avale tout, presque sans plaisir, mais si je n’avale pas c’est pire », mais le repas du midi n’est-il pas justement attendu par tous les adolescents, s’agissant d’un moment de convivialité et de repos ? Il en est de même concernant les émissions regardées par la grande majorité de ses camarades, qu’elle qualifie de « guimauve ». Elle ajoute même : « moi je ne regarde que les documentaires animaliers (...) Ma sœur se moque de moi mais je n’y peux rien, parfois je pleure et en silence et j’y repense la nuit ». Elle n’arrive donc pas à trouver sa place, se considérant comme originale, ce qui est légitime, étant donné que dans notre société, il s’agit bien de la conventionalité qui définit les références des comportements et des habitudes humaines. La période de l’adolescence est le moteur d’autres découvertes. A ceci s’ajoute donc le second thème, celui de l’amour.

    II - L’Emergence de nouveaux sentiments.

    Comme la plupart des adolescentes de son âge, Anouk est amoureuse. Mais étant mal dans sa peau, lorsqu’elle voit des personnes s’embrasser, elle dit : « c’est fascinant mais ca me gêne ». En effet, le fait qu’elle se transforme provoque une honte générale chez elle, d’où la gêne. Mais avoir un petit ami à son âge est une idée qui lui fait envie, de la fascination est ressentie. Elle admet alors qu’elle aime ce garçon original, tout comme elle, en marge de la société : « oui, voilà, je suis très, très amoureuse. Mais il y a autre chose : pour la première fois, j’ai mes règles ». Ces deux « problèmes » se trouvent liés au moment où elle se décide enfin à se confier à ses amies. Des garçons (qui sont, d’après toutes les jeunes adolescentes, tous « bêtes ») jouent avec « son secret », qui est en fait une serviette hygiénique, rendue ensuite par Tom dont elle est amoureuse. La honte ressentie dès le début du roman ne cesse alors de croître. Le rôle de la mère est important. En effet, lorsque la mère révèle son secret de jeunesse, elle implique un pacte de confiance entre Anouk et elle même. Il se peut que ce soit la conversation qui ait eu lieu dans la salle de bain qui soit le moteur de la fin du livre. En effet, Anouk, au lieu de confier son mal être à sa mère, à propos de sa morphologie qui change, lui dit simplement qu’elle est amoureuse. Et c’est sur cet amour que se clôture le livre, lorsqu’Anouk ose embrasser Tom.

    En ce qui concerne mon opinion, je dirai qu’Axel Rousseau a écrit son roman de façon subtile et délicate. En effet, en plus de relater les problèmes d’une adolescente, sujet qui concerne une grande partie de la population, il dénonce avec tact la société dans laquelle nous vivons, à savoir une société intolérante qui empêche un mode de pensée propre, dans le sens où toute originalité est dénoncée, impliquant alors un rejet non négligeable chez une jeune femme qui tente désespérément de s’affirmer. De plus, c’est bien la première fois que je puis lire de façon si franche un roman qui s’ouvre au sujet des règles. Enfin, j’ai bien apprécié le petit clin d’œil à tous les jeunes, qui, durant leurs années du collège et du lycée, ont du supporter la nourriture de la cantine, comme le dit si bien Anouk : « aujourd’hui c’est du poisson. Avec une sauce blanche écœurante et du riz mou ».

    Pour conclure, je recommande vivement ce livre à tous les jeunes en âge de s’affirmer, mais aussi à ceux qui veulent simplement se divertir voire se replonger dans ses jeunes années... En plus d’être un roman facile à lire, il est court, évitant ainsi toute redondance. Il met bien en évidence la dure période de l’adolescence, à la fois pour le jeune concerné mais également pour les parents qui se trouvent face à leurs enfants renfermés sur eux-mêmes et pourtant mal dans leur peau. Devant un tel texte dont la fin est heureuse, le lecteur peut se remettre en question vis-à-vis des parents qui ne sont pas des ennemis, tout en se reconnaissant pour essayer d’aller de l’avant, malgré l’originalité difficile à assumer de chacun, malgré la honte que l’on peut ressentir à cet âge. Enfin, il reste le côté du divertissement ; ce roman implique des vérités établies durant l’âge de l’adolescence, comme par exemple le fait que la nourriture de la cantine est abominable lorsqu’il ne s’agit pas de frites, ou bien que tous les « garçons sont bêtes », mais que ferions nous sans eux (d’où la scène finale du baiser) ?...

    Lien de la bibliographie de l’auteur

    Sarah Akemi ISHII ; L2 Japonais, UFR : Langues Romanes, Slaves et Orientales.