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La Vie à Reculons, de Gudule

 
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    La vie à reculons

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    Broché : 189 pages Editeur : Hachette Jeunesse Collection : Le livre de poche ISBN-10 : 2013218664 ISBN-13 : 978-2013218665

    Anne Karali, dite Gudule, est née à Bruxelles en 1945. Après des études d’arts déco en Belgique, elle passe cinq ans comme journaliste au Moyen-Orient. Elle s’est ensuite tournée vers l’écriture. Dans ses récits, elle traite de manière légère et drôle des sujets graves et d’actualité, comme le Sida (La vie à reculons), les S.D.F. (L’envers du décor) ou encore le racisme (L’immigré). Dans La vie à reculons, elle met en scène Thomas, un collégien séropositif, qui loin de s’apitoyer sur son sort, se bat pour vivre, et préfère qu’on le déteste plutôt que de subir la condescendance et la pitié.

    Résumé

    Thomas a 16 ans et redouble sa quatrième dans un autre collège. Ses parents ont prévenu le principal de sa situation médicale. Le principal est d’accord pour garder ce secret afin de ne pas troubler l’année scolaire de Thomas. Entre Elsa et lui, une admiration réciproque se crée. Elle se traduit par un tendre flirt... Affolé, un professeur décide d’avertir les parents d’Elsa : Thomas est séropositif ! Bientôt, tout le collège est au courant. Colère d’Elsa et rage de Thomas...Car Thomas veut vivre comme tout le monde. Il ne veut ni du mépris, ni de la pitié. Mais pour cela, il devra se battre.

    Un poids lourd à porter pour un adolescent

    Avant tout, on pourrait croire que le sujet principal de ce roman est le Sida en raison de la séroposivité de Thomas. Or, Gudule va plus loin dans son histoire et met ainsi au premier plan le secret et la nuance entre respect et tolérance. Le personnage de Thomas doit supporter les remarques, les mauvaises plaisanteries, et les insultes de ses camarades. Les réactions des élèves sont sans limites ; l’homophobie et la cruauté y ont leur place. La palme revient à Mehdi : « Il pourrait te refiler ses microbes, méfie-toi ! insinue Mehdi, le petit doigt en l’air et tortillant vulgairement du croupion, aussitôt imité par Sylvain » (p. 106) Thomas doit donc subir discrimination et ségrégation et l’on apprécie le fait que Gudule écrive à travers lui et généralise au sujet de cette discrimination dont il est victime : « Le racisme, je sais ce que c’est : séropos, Blacks, Arabes, pédés, nous sommes tous dans le même sac » (p. 181). On peut remarquer au travers de cette remarque de la maturité dont fait preuve Thomas à l‘égard de cette ségrégation. Gudule nous plonge au cœur de scènes familières (classes, récréation) afin de montrer l’étendue de la discrimination mais aussi les limites de la tolérance et de la charité lors de la discussion d’Elsa avec ses parents. Thomas est donc dans une situation lourde à assumer pour ses 15ans mais Gudule le dépeint comme un garçon mature et conscient de sa maladie et de ses enjeux.

    Cependant, ce n’est pas le cas de tous les personnages qui se trahissent par un manque de connaissance au sujet du Sida.

    Visée didactique du roman

    La vie à reculons est paru pour la première fois en 1994. Le Sida étant un sujet tabou à l’époque. On le notera facilement au travers des injures dénuées de sens de la part des camarades de Thomas mais aussi par les mesures tout aussi insensés des adultes. Comme lorsque Thomas est « interdit » de piscine à cause de sa séroposivité. Au travers de ces comportements, l’auteur montre le profond manque de connaissance au sujet du Sida du public à cette époque. Un manque d’information qui aboutit naturellement à de la discrimination...

    C’est pourquoi Gudule passe un message didactique par le biais de son roman. Sans parler de rapport sexuel, elle évoque néanmoins par le biais du frère de Laurence : « Le préservatif n’est pas fait pour les chiens » (p. 126). On dirait que le sujet est trop grave pour être abandonné à la délibération d’adolescents, et que Gudule fait passer par Laurence son propre message d’adulte.

    Enfin, on pourra noter le « franc-parler » de Thomas qui au final montre bien la connaissance de sa maladie et l’état de malaise des autres personnages fâce à une maladie dont ils sont ignorants. « Elsa rougit. Le dernier mot [sperme] la gêne, surtout dit par cette bouche. Il évoque trop crûment, avec une précision trop technique, les émois diffus qui la hantent, les désirs dont la puberté l’a nantie suivant sa logique imparable. À quinze ans, l’amour cesse d’être une abstraction. Le sexe y a sa place, avec son cortège de termes barbares : sperme, vagin, coït, orgasme... les prononcer à voix haute confère une brutale réalité à ce qui n’était que pulsions intimes » (p. 114).

    Conclusion

    La vie à reculons est un roman qui se révèle être didactique. J’ai particulièrement apprécié le fait que Gudule ne mette pas seulement en avant le Sida mais aussi tout ce qui en résulte : notion de tolérance, respect, secret, discrimination... Ce roman est accessible aux adolescents, avec un style simple et de brefs chapitres, il se lit facilement et nous en apprend beaucoup ou du moins corrige certaines fausses idées. Je pense qu’il peut être utile pour des adolescents travaillant sur le sujet de la séroposivité et du sida mais aussi pour des personnes atteintes du VIH qui peuvent alors s’identifier et comprendre qu’il ne faut jamais cesser de se battre.

    Thibaut CHANDELIER, L1 LCE Anglais , UFR Angellier