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Pas un mot, de Nathalie Kuperman

 
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    Pas un mot, le titre nous en dit déjà long quant à la problématique de l’histoire : une petite fille de 9 ans qui à décider de se taire. Tout l’intérêt du livre sera donc de savoir pourquoi mais surtout comment la situation va-t-elle évoluer. Le livre présente un schéma narratif particulier (c’est la problématique qui apparaît en premier et non la situation initiale) ainsi l’histoire commence sans que l’on sache qui parle ou plutôt qui ne parle pas ni pourquoi. Le personnage principal ne nous ait réellement présenté qu’à la 3ème page. Pour nous en apprendre un peu plus sur cette jeune enfant l’auteur use d’une stratégie originale. Il utilise la description d’une scène, ayant un double objectif, mais dont le but premier reste bien de nous faire comprendre que ses parents ont décidé de parler à sa place et non de définir les principaux attraits de l’héroïne . Il s’agit donc d’Agathe CM1 qui à l’heure du coucher se confie à son doudou « chiffonnette » la seule à qui elle parle encore. On comprend dés la première page qu’elle ne parle plus, l’intrigue sera donc de découvrir les raisons de son mutisme ; mais on se demandera surtout ce qu’elle a pue dire, en effet c’est parce qu’elle en a trop dit qu’elle doit maintenant se taire. On sait donc qu’un jour elle a dit une chose qui a fait énormément de peine à sa maman et que ce jour là, elle a eut peur qu’on ne l’aime plus, aussi pour être sûre que ça n’arrivera jamais elle a tout simplement décider d’arrêter de parler. L’histoire commence ainsi, donc pour comprendre l’origine de son renfermement, le récit à une structure comportant des feed back, plusieurs retour dans le passé. La dimension pragmatique de la langue littéraire est intéressante. Par un jeu de non-dit l’auteur joue sur l’interprétation du lecteur en le focalisant sur la parole ou la non parole d’Agathe . L’auteur nous fait croire qu’elle a dit quelque chose de mal, le fait qu’elle ne parle plus semble presque légitime car personne ne s’en inquiète réellement : cela semble normal. On la qualifie simplement de grande timide et naturellement tout le monde la laisse tranquille, toute seule dans son coin. Tout le monde ou presque, Nicolas un camarade de classe est le seul qui n’arrête pas de la terroriser pour l’obliger à parler, c’est le seul qui veut comprendre. L’auteur nous conduit , il nous piège nous manipule jusqu’à ce que l’on apprenne que ce qu’elle a dit est tout à fait innocent. Sa seule erreur aura été de poser LA question de trop : « vous étiez content que je sois une fille quand je suis née ? » p28 ... et là c’est le drame « ma mère a fondu en larmes »p 28.

    Ici débute le dénouement de l’histoire, on apprend que sa mère aurait accouchée d’un petit garçon avant elle : Augustin. La mort d’un être cher pour eux à provoqué chez ses parents une certaine amertume par rapport aux vivants. Pour Agathe « la mort est la chose la plus triste du monde. » p26 alors que ses parents « sont des gens qui n’ont pas de peine lorsque les autres mouraient » p26.

    Mais ce malheur avait également causé une très grande possessivité à l’encontre de leur petite fille, ils la surprotège. Et c’est cette surprotection qui va faire naitre la révolte d’Agathe qui à un moment voudra faire passer ses envies avant celle de ses parents.

    Le temps du récit est complexe, certaines choses sont racontées sous formes d’anecdotes, l’évocation de certains événements amène d’autres souvenirs plus lointains et d’autres sont racontés au présent. Mais le rapport entre le nombre de pages et le temps de l’histoire reste tout de même continue, en moyenne 2 pages équivaut à un jour. Ainsi nous suivons Agathe durant environ un mois.

    Les passages secondaires tiennent une place et une fonction essentielle, ils nous permettent de définir entièrement le contexte socio-culturel dans lequel elle se place, ce qui est primordial à la compréhension (cf la mort de la voisine, le « grabuge » de Léa et Clara p36). Fille unique elle est couvée par ses parents qui se refusent à l’exposer aux danger du monde. Les extraits ou elle parle de ses sentiments sont également primordiaux lorsque la petite fille les évoque on perçoit une certaine culpabilité. Agathe passe par tous les sentiments de la colère à la joie mais c’est sans doute le sentiment de rébellion qui prend la plus grande place dans le récit ; elle ne veut plus que l’on décide a sa place et passe outre les interdictions que lui imposent ses parents notamment en allant malgré tout voir Nicolas à l’hôpital ou encore en s’asseyant sur le banc prés des pigeons ce que sa mère lui a fortement déconseillé.

    C’est un écrit du genre biographique : Agathe nous raconte son histoire elle s’adresse à elle même c’est un peu comme un journal intime en pensées, le discours est à la première personne , elle raconte au lecteur, et notamment à travers chiffonette quelques passages de sa journée, les plus importants ou du moins ceux qui ont un impact sur les faits, des choses qui nous aide à définir son contexte psychique. L’auteur nous donne à voir la conscience de la petite fille . Ainsi l’implication du narrateur est complète, il n’y a aucune objectivité. On pénètre les pensées du personnage, elle nous livre ses réflexions les plus intimes, et tout ses sentiments. La compréhension de l’histoire en est d’autant plus facilitée. Les scènes nous sont rapportées telle qu’elle les voit ou telle qu’elle les ressent. La présence de champs lexicaux correspondant à une vue d’ensemble, en témoigne à l’instar des verbes de perception comme « comprendre , voir, percevoir, avoir l’impression de », qui fleurissent le long du texte ; et des mots à connotation méliorative ou péjorative (je déteste, j’aime, je hais). L’emploi des différents types de discours rapportés sont autant de moyens pour le narrateur de s’effacer devant la perception du personnage. Étant donné l’age d’Agathe les phrases se résument à un schéma syntaxique simple : sujet verbe complément : « Je déteste mon prénom »p10. Le style mime lui aussi celui d’un enfant avec par exemple l’emploie de répétition ou de mots simples. On peut aussi remarquer qu’il y a peu de comparaisons et de métaphores.

    Mais il y a un décalage certain entre des expressions d’un registre plus recherché qui nous laisse découvrir l’auteur et les expressions de la petite narratrice Agathe, comme si un adulte écrivait en se mettant dans la peau d’une enfant : le mot « récré » s’oppose par exemple à l’expression « six pieds sous terre » que seul un adulte pourrait utiliser etc... L’utilisation de jeux de mot et du vocabulaire infantile rend l’approche rhétorique de la langue particulièrement originale comme le montre le passage ou la maitresse annonce l’hématome de Nicolas ou Agathe essaye de le définir tant bien que mal en laissant voguer son esprit d’enfant qui croit alors que toutes ses envies sont possibles et laisse libre cours à son imagination.

    La couverture du roman qui représente Agathe, affiche bien son coté triste et solitaire tout en suivant les codes de l’édition de part sa sobriété avec peu de couleurs mais il est surtout sur fond blanc (ou proche du blanc). Le livre ne se place pas dans un contexte d’écriture particulier. Le contexte historique, social, où la vie de l’auteur n’a pas d’impact direct sur l’écriture.

    Les personnages sont peu nombreux et les relations entre eux et Agathe sont majoritairement conflictuelles (avec ses parents, avec Nicolas), mais une situation stable s’établit entre tous à la fin, lorsqu’elle même se sent sereine intérieurement quand elle arrive enfin à trouver sa place : une vrai place et non celle d’une personne de substitution qui vient remplacer le décès d’un enfant perdu. Elle souffre du deuil non achevé de ses parents qui se servent d’elle pour faire vivre Augustin à travers elle : prénoms relativement proches et ils l’habille dans le rayon garçon « pantalons marron et les pulls à col roulé noirs que ma mère m’achetait en prétendant qu’ils m’allaient si bien. » p33. L’ouvrage permet d’évoquer certaines valeurs comme celles de la famille, cette famille qui tente de se reconstruire après le traumatisme laissé par la mort d’un enfant. La solidarité de part l’entraide des enfants. Un livre simple, pour enfant « par un enfant ».

    PAS UN MOT NATHALIE KUPERMAN DE ECOLE DES LOISIRS COLLECTION NEUF (JPG)

    BOYER Melanie l1 HSI