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L’apprenti Epouvanteur, de Joseph Delaney (tome 1)

 
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    Thomas Ward est un fils de fermier, et plus précisément 7ème fils d’un 7ème fils, lui conférant le don de voir des choses que le commun des mortels ne voit pas. Sa mère le confie alors à l’Epouvanteur du conté, un métier qui n’emballe pas vraiment notre héros...

    « L’apprenti Épouvanteur » de Joseph Delaney Bayard jeunesse (2005) ISBN : 2-7-470-1710-9

    Thomas Ward, septième fils d’un septième fils devient l’apprenti de l’Épouvanteur du conté. Bien que réticent et effrayé à l’idée d’exercer un métier peu envié et à priori très dangereux, Thomas se souvient des propos de sa mère, qui voit en lui le don et la capacité à « accomplir ce qui doit être accompli ». Faisant ses adieux à sa famille, le jeune garçon commence le voyage vers Chippenden, la résidence d’été de Mr Grégory mais pour Thomas il s’agira déjà de franchir la Colline du Pendu, qui le terrorise depuis toujours...

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    Le thème le plus récurrent au-delà de l’aspect fantastique, est la discrimination et les préjugés sous différentes formes. En effet, dès le début du roman, Mr Grégory, l’Épouvanteur, prévient Thomas : « Il faudra t’y habituer, petit, grommela l’Épouvanteur. Nous sommes souvent demandés, mais rarement bienvenu, et certains endroits sont plus hostiles que d’autres. » (p40) Les Épouvanteurs sont recrutés par la population pour les aider à se débarrasser de ce qui n’est pas de ce monde, mais partout on évite de croiser leurs regards, les gens se signent à leurs passages, il leur est par exemple interdit de reposer en terre consacrée.

    Cette mise à l’écart est ce que redoute le plus le héros, c’est aussi une chose qui le fera profondément souffrir (notamment dans le tome 1 & 2) lorsque cette pensée gagnera jusqu’à des membres de sa famille. Le héros est enfermé par ses pairs dans une catégorie bien précise, comme on pourrait le comparer avec des notions plus réaliste : une nationalité, une religion ou encore une apparence physique.

    L’auteur accentue par un récit à la première personne le processus d’identification, en décrivant l’histoire par les yeux de Thomas, l’auteur nous place dans la peau des victimes, de celui qui est jugé. Dans le cas du héros c’est son métier, peu recommandable, et dans le cas d’Alice c’est de sa famille, peu recommandable également, pourtant le lecteur réalise très vite que Thomas est un garçon attachant, intelligent et courageux. Apprendre à connaître une personne entièrement avant de la juger et ne pas se fier au qu’en dira-t-on est une leçon importante car on ne réalise pas toujours à quel moment l’on franchit la ligne entre les faits et la rumeur.

    C’est là qu’intervient Alice, qui est un personnage féminin très ambigüe, plutôt atypique. Née dans un clan de sorcières, elle s’enfuira de sa famille avec Thomas après lui avoir sauvé la vie pour la première fois.

    La mère de Thomas et l’Épouvanteur parlent d’elle comme une personne ni foncièrement bonne, ni foncièrement mauvaise. Dès sa première apparition dans l’histoire, elle se sert de l’ignorance et de la droiture d’esprit à la limite de la naïveté de Thomas pour lui arracher une promesse qui est à l’origine de tous les ennuis du héros. Toujours imprévisible, elle donne à la fois l’image d’une amie fidèle et fiable, et d’un loup dans une bergerie, toujours prête à profiter d’une faille pour entraîner Thomas dans les ennuis.

    Thomas lui-même hésite et doute à son sujet, mais il ne peut s’empêcher de se souvenir de se qu’elle a fait pour lui, de toutes les fois où elle est venue lui porter secours lorsque lui-même faisait une erreur. Il prend toujours sa défense devant Mr Grégory qui ne l’aime guère. Alice donne l’image d’un ami qui serait jugé peu fréquentable par nos parents. Il sert ici de lien et de tampon entre le scepticisme et le jugement des adultes et les trésors cachés de la personnalité d’Alice que lui seul semble pouvoir voir.

    Sans y voir là une solution définitive, c’est grâce à un peu de recul et d’objectivité sur les évènements que le héros arrive à s’en sortir. Essayer de garder la tête froide pour une meilleure compréhension est un des enseignements que tire le héros de cette première aventure.

    L’auteur joue sans cesse sur la dualité, celle des personnages bien sûr (à tous les niveaux : leurs comportements, personnalités, apparences physiques, âges...) mais aussi dans le style. Décrite sur un fond historique ancien et fantastique (fin du Moyen-âge, à travers les tomes 2 et 3 on y voit la période de l’Inquisition) l’histoire a pourtant beaucoup de point commun avec le présent et la réalité, notamment dans le statut et les relations des personnages. Comme le découvre Thomas même les adultes ont leurs faiblesses mais cela ne veut pas dire que leurs expériences, leurs savoirs, leurs conseils et avertissements ne sont pas justifiés. Rien n’est jamais complètement noir ou blanc, comme le comprend Thomas.

    Je conseillerais ce livre pour les personnes qui aiment se faire peur évidement, certaines scènes sont très efficaces, mais une certaine maturité est requise je pense car le problème des séries c’est que lorsqu’on a aimé le tome 1 à priori on lira les suivants mais le héros vieillit, gagne en maturité et en expérience tout comme les ennemis qu’il affronte, l’atmosphère et le ton du livre s’en ressentent le plus souvent en devenant plus sombre.

    Le public qui correspond au tome 1 qui pose les bases pourrait être choqué par les suivants mais le caractère positif du héros mérite d’être connu. Thomas n’est pas le plus brave de ses frères en apparence mais il affronte toujours l’ennemi même lorsqu’il grelotte de froid ou est submergé par la peur et l’incertitude.

    Il a peu d’amis de par son métier mais il est toujours correct avec eux. C’est un garçon intelligent et futé, pragmatique et surtout très courageux, bien plus que ce que son physique laisse supposer. L’univers fantastique est bien construit même s’il évoque des éléments très courants : gobelins, fantômes, sorcières et on fait face avec le héros aux dilemmes éthiques et/ou moraux que posent parfois certains moyens employé pour faire face aux forces du Mal. Jusqu’où peut-on aller avant d’utiliser des méthodes monstrueuses sous prétexte de faire le bien ?

    Ghier Evelyne, L2 Japonais, UFR Langues romanes, slaves & orientales.