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Bien trop petite..., de Chloé Ascencio

 
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    Autobiographie (implicite) ou simple récit d’une cendrillon moderne... Ce texte n’en reste pas moins bouleversant.

    Bien trop petite, de Chloé Ascencio. Éditions ROUERGE, 2004. (DoAdo)

    Chloé Ascencio est née en 1972 comme son héroïne. Chloé Ascencio vit actuellement en Chine, elle travaille dans le domaine des ressources humaines et dirige le cabinet MANAGEMENT INTERCULTUREL CHINE, qui est un cabinet d’intervention spécialisé dans la formation et le conseil aux entreprises françaises qui travaillent avec la Chine.

    « Bien trop petite » est son premier et son seul roman. Il a été publié une première fois en 2000 (édition épuisée) et réédité en 2004.

    Puis en 2007 elle écrit « Les managers français vus par leurs collaborateurs chinois : clés de la motivation ».

    Quand l’histoire de Cendrillon version miniature surgit en plein XX ème siècle (1975), le prince charmant n’existe plus et la petite princesse devra se libérer seule de la méchante sorcière, même si cela prend du temps et des larmes.

    Ce roman retrace la vie d’une enfant de 1975 (sa naissance) à 1990 (ou elle a 15 ans) dont les parents se séparent et se remarient chacun de leurs côtés. Mais les rapports avec la belle-mère sont plus que conflictuels. La belle-mère fait vivre un enfer à cette enfant, et nous pauvres lecteurs avons par moment un relent de colère contre cette belle-mère contre qui nous ne pouvons rien faire.

    « Bien trop petite » est un roman à part entière, le narrateur de s’adresse pas aux lecteurs mais il parle à la petite fille. Il n’utilise pas le « elle » mais le « tu », il s’adresse directement à elle.

    Les différents thèmes abordés dans le roman sont la peur, la violence sous toutes ses formes (qu’elle soit physique, morale, ou verbale), l’amour et le déni.

    Tout d’abord, la peur...... La belle-mère instaure dès les premières lignes une atmosphère tendue au sein de la maison. Puis elle va continuer sur cette voie tout le long de l’histoire. La petite est tout le temps sur ses gardes car « le gros œil » la regarde s’en cesse, il est à l’affût du moindre petit détail qui pourrait lui permettre de lui faire du mal.

    La petite fille ne dort plus, ne pense qu’a la sorcière jour et nuit, à chaque minute, chaque seconde, elle est présente même lorsqu’elle n’est pas là physiquement. Dès la première rencontre avec sa belle-mère, la petite sait que cela se passera mal, de plus son père lui affirme : « maintenant, tu lui as déclaré la guerre. » (Page 10).

    Il n’y a pas que la petite qui a peur, le père aussi, il n’ose rien dire à Jocelyne (la belle-mère) de peur de perdre aussi son deuxième enfant. Et la petite sait que son père en a peur : « Il a peur, elle le tient à sa merci et tu dois tout faire pour le délivrer ».

    Il y a un climat de peur permanent : « Chaque nuit tu dois imaginer le lendemain en détails et prévoir quelle sera l’humeur de Jocelyne » ou encore « tu t’assois sur le tapis dans le vague espoir que cette marque de respect la flattera. »

    Ensuite, l’autre thème abordé est la violence. qu’elle soit physique, verbale, ou morales. La belle-mère abuse de son pouvoir « d’adulte » et de son autorité. La violence est physique : « Jocelyne te poursuit...Là elle t’attrape par le bras, te claque contre le réfrigérateur...Puis elle se jette sur toi et se met à te secouer par les épaules. »

    Mais la violence n’est pas seulement physique. La petite ne peut se laver qu’un jour sur deux, elle n’est qu’en CP mais doit tout préparer seule, son petit déjeuner, faire la vaisselle, mettre la table, aller acheter des cigarettes.... Elle est même reléguée dans une maisonnette abandonnée au fond du jardin, insalubre, sans eau ni électricité. Elle doit y manger, y dormir...

    Elle est aussi verbale, chaque jour les reproches, les critiques fusent : « elle surgit complètement nue et t’arrache la boîte d’allumettes des mains en pestant. Quelle godiche cette gamine ! Elevée comme une princesse à Paris et pas foutue de faire chauffer du lait ».

    La belle-mère est violente dans sa façon de se comporter avec la petite, aucune marque de gentillesse, d’affection ou d’amour sauf en public . Elle la rabaisse sans cesse pour un rien, même lorsque la fillette fait tous les efforts pour que ça se passe bien, elle n’est jamais contente et trouve toujours des reproches à lui faire, elle n’est jamais satisfaite.

    Puis le thème qui est ensuite développé est le déni. En effet personnes ne voit ce qui se passe, car la belle-mère paraît gentille en public, tout se passe dans le cadre privé.

    Cependant le père voit ce qui se passe mais ne fait rien, il laisse sa fille à la merci de sa femme, sans rien dire ni rien faire. Il reste là sans réagir, sans protéger son enfant.

    Il avoue même : « Non je ne l’aime pas ! Mais je ne veux pas me séparer de ton petit frère comme je me suis séparé de toi. » On peut voir que le père a également peur de sa femme. Cependant comment un père peut-il rester insensible à la détresse et à la souffrance de son enfant ?

    Tout au long de l’histoire n’interviendra jamais, ira même jusqu’à défendre sa femme et accuser sa propre fille. Même si il a été présent physiquement, il a abandonné sa fille, la laissant à la merci de sa femme.

    Il refuse de voir la réalité des faits. Et nous pauvres lecteurs ne pouvons en aucun cas intervenir et restons crispés, la boule au ventre avec l’envie de crier au père de réagir. Mais il ne fera absolument rien. Jamais il ne prendra la défense de sa fille.

    Enfin le dernier thème abordé est l’amour. Il y a pourtant de l’amour dans cette histoire

    L’amour que la petite a pour son père au début de l’histoire, elle fera tout pour le protéger, ne pas lui faire de la peine, mais cet amour disparaîtra au fur et à mesure pour se transformer en de la peur puis de la pitié. Peur, quand son père se met en colère et la punie en lui donnant une fessée. Pitié, quand elle verra son père différemment, ce père qui n’est rien face à sa femme, qui n’ose jamais protester, qui est totalement soumis.

    Il y a aussi l’amour que l’enfant a pour sa mère, ce qui lui permet d’être forte et courageuse face à cette belle-mère. Le fait de penser qu’elle retrouvera sa mère après chaque moment passé avec son père et sa belle-mère, lui permet de tenir le coup.

    L’amour entre un homme et une femme qui disparait .C’est le cas ici entre le père et la belle-mère, car au début du texte le père avoue à sa fille qu’il n’aime pas Jocelyne, qu’il reste avec elle pour ne pas perdre son fils comme il a perdu sa fille. Mais cependant le père multiplie les marques d’affection vis-à-vis de sa femme, l’appelant « ma Céline » au lieu de Jocelyne, la défendant toujours face à sa fille.

    On est donc en mesure de ceux demander si oui ou non le père aime sa femme car la situation est ambiguë.

    L’amour d’un frère et d’une sœur qu’à priori tout sépare. Ils ont le même père mais pas la même mère et c’est de là d’où vient toute la différence pour la belle-mère.

    Au début de l’histoire la belle-mère ne veut pas que la petite considère le bébé comme son frère : « ce n’est pas ton bébé, c’est MON bébé » dira Jocelyne à la petite. La petite n’osera plus jamais approcher le bébé, faisant semblant de ne pas le voire.

    Mais il devient grand et commence à comprendre comment sa mère se comporte avec la fillette, allant même jusqu’à affronter sa mère pour défendre sa sœur : « il se rue sur Jocelyne en hurlant Laisse là ! Laisse là tranquille ! Pourquoi t’es méchante avec elle ? ...Les poings minuscules frappaient la jambe de Jocelyne ».

    L’amour peut par moment nous faire surmonter des montagnes. Car à la dernière page du roman, la fille a quinze ans et décide que plus jamais elle ne souffrira de l’emprise de cette belle-mère. Et plus jamais elle ne voudra revoir ce père qui ne l’aura jamais secourut. Elle finit par avoir le courage de dire stop ! De dire qu’elle ne veut plus vivre cet enfer, que c’est désormais finit.

    On remarque que dans cette œuvre le stéréotype de la belle-mère est mis en avant. La belle-mère est vue par la petite comme la sorcière, la méchante et bien souvent dans la vie réelle, les belles-mères sont souvent considérées comme cela. L’exemple de Cendrillon pour les comtes ou encore Blanche neige.

    De plus l’image que l’enfant a de son père se dégrade. Du père beau, fort, grand, protecteur, et qu’elle aime au début de son enfance, il passe au père qu’elle craint, dont elle a peur mais cela ne dure pas longtemps, il devient vite le père dont elle a pitié, elle ne le voit plus que comme l’homme soumis qui ne contredit jamais sa femme.

    Dans ce roman, l’histoire n’est pas belle, le lecteur ne rêve pas. Les seules préoccupations pour une enfant de cinq ans devraient être de jouer, de rêver, d’être insouciante alors que là, la petite a sans arrêt peur, elle doit faire le ménage, la vaisselle. On peut montrer aux enfants comment faire pour qu’ils apprennent, c’est une question d’éducation mais un enfant ne peut pas s’occuper seul de toutes ces corvées, ce n’est pas son devoir mais celui des parents. De plus l’écrivain ayant le même âge que la petite, si elle ne raconte pas sa propre histoire d’enfance, un peu comme une échappatoire, exprimé a travers un livre ce qu’elle a vécu sans pour autant l’affirmer.

    Personnellement ce livre m’a beaucoup bouleversée. J’ai vu trop d’enfants, parfois des amis perdre l’insouciance de leur jeunesse, et c’est ce qu’il y a de plus beau chez les enfants, cette façon qu’ils ont de regarder avec émerveillement tous ce qu’on peut leur apprendre ou leur montrer. Et cette enfant qui a à peine de cinq ans à peine, obligée de subir la haine de sa belle-mère est révoltant, j’avais envie de crier par moment et même si ce n’est qu’un livre le lecteur est obligé d’avoir des excès de colère contre cette belle-mère qui fait vivre un enfer à cette enfant.

    De moi-même je ne conseillerais pas ce livre à certains enfants, les plus jeunes ou même certains ados qui n’auraient pas assez de recul pour comprendre tous les éléments de l’histoire qui est par moment ambiguë Cependant le niveau de lecture n’est en rien compliqué pour des ados ou pré ados qui peuvent le lire sans difficultés, c’est plutôt l’histoire en elle même qui est dure. Ceci dit ce roman est assez réaliste : beaucoup trop d’enfants vivent dans la peur ou la maltraitance et bien souvent tout cela se passe dans le cadre familial et personne ne voit rien.

    Pour finir ce roman a soulevé en moi quelques pointes de colère et d’incompréhension, j’ai particulièrement aimé la fin car c’est sur la dernière page que la jeune fille a enfin le courage de dire stop, le suspens est donc maintenu jusqu’ à la dernière minute.

    Par Anaïs Cioni.

    Post-scriptum

    mots clés : divorce , famille reconstituée , enfance , violence.

    Documents

    , 9 janvier 2009, JPG 14.9 ko, 206 x 300 pixels