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"Sexy", de Joyce Carol OATES

 
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    Darren Flynn est un adolescent de seize ans qui vit à Northfall, une petite ville américaine. Il se sent plus étranger à ceux qui l’entourent, à mesure qu’il prend conscience de l’écart entre l’image qu’ont les autres de lui et la vision qu’il a de lui-même. A cela s’ajoutent les problèmes du quotidien d’un lycéen, tel que la pression scolaire et sportive, ainsi que ceux de tout jeune homme qui découvre sa sexualité et les tabous de la société. Et c’est l’un de ces tabous qui va venir perturber sa vie...

    OATES Joyce Carol, traduit de l’américain par Diane Ménard, Sexy. Editions Gallimard Jeunesse collection Scripto, 2007. ISBN 978-2-07-057468-1. Broché.

    Le livre que nous allons étudier s’intitule Sexy ; son auteur, Joyce Carol Oates, est une écrivain américain réputée pour sa maîtrise du suspens psychologique. Cependant le livre en question relève plutôt du roman-miroir, adressé aux garçons adolescents : il décrit la psychologie d’un jeune américain dans la société contemporaine par le biais du point de vue interne, la majorité du temps à la troisième personne. Nous allons nous pencher sur les thèmes traités dans ce livre, ainsi que le message indirectement délivré au lecteur.

    Le premier thème abordé dans le livre est le regard des autres sur soi. S’il compte plus ou moins tout au long de la vie de chacun, il est un enjeu voire un problème central chez l’adolescent, qui jouera et/ou souffrira du regard des autres jusqu’à ce qu’il aie enfin construit son identité. Dès les premières pages du roman, Darren, qui découvre son potentiel sexuel dans le regard que les autres lui portent, a du mal à l’assumer et se pose des questions : « sexy, sexy. Etre sexuel » répète-t-il au chapitre quatre, comme pour enfin s’imprégner du fait. Il est d’autant plus troublé qu’il éprouve des sentiments contradictoires par rapport à cela : il avoue dans le même chapitre que « avoir ce pouvoir l’effrayait et l’excitait à la fois », et s’il admet aimer être envié, il voudrait par moment passer inaperçu parmi les autres jeunes. Aborder ce thème permet au lecteur de réaliser que ses camarades masculins souvent vantards sur le sujet du sexe peuvent éprouver les mêmes craintes que lui.

    Mais une autre face de l’image qu’il renvoie gène également Darren, c’est cette réputation de brave garçon que les autres lui assignent : il se rend compte que parfois « les gens voient ce qu’ils veulent voir » chez l’autre, à l’instar de son frère aîné Eddy qui le considère comme un mouton docile et coincé avec les filles, son père qui veut voir en lui un espoir d’ascension sociale indirecte, ou son amie Molly qui le considère comme l’ami masculin idéal. Tout ce que veut Darren, c’est être débarrassé de ces étiquettes : « je n’ai rien de spécial. Rien du tout » (chapitre vingt-trois). Cela peut rassurer le lecteur, qui à un moment ou à un autre de l’adolescence, éprouvera sûrement ce sentiment de décalage, en lui montrant qu’il n’est pas le seul à ressentir cela, et qu’il n’est pas « anormal ». Passons à un autre sujet incontournable de l’adolescence : la découverte des besoins sexuels : à mesure que l’adolescent devient pubère, s’ouvre à lui le vaste champ de la sexualité, avec ses questions, ses plaisirs et ses tabous. Darren qui a seize ans, entretient une amitié qui verse dans l’ambiguïté avec son amie d’enfance Molly. Lui-même ne sait pas vraiment si son amitié s’est muée en amour, et il appréhende le fait qu’un jour ou l’autre il devra répondre à ses « signaux » en négatif ou en positif : « d’après Eddy, quand une fille vous touche, elle veut que vous la touchiez aussi » rapporte-t-il au chapitre cinquante-six. Cela soulève un problème classique de l’amitié : s’ils se mettent en couple ou seulement couchent ensemble, ils risquent de perdre leur belle amitié.

    De plus, les besoins sexuels de Darren le conduisent tout naturellement à la masturbation, qu’il aborde telle une chose interdite : « s’il pensait trop à ces choses-là, il s’excitait , et sa main risquait de se refermer sur lui de cette façon bien particulière. » avoue-t-il au chapitre deux. Ici le jeune garçon va sûrement s’identifier dans cette excitation mêlée de honte envers le plaisir solitaire.

    Toujours dans le même sujet, l’homosexualité constitue l’axe central du roman, puisque c’est la découverte du désir de son professeur de français pour lui qui va bouleverser le jeune homme. Il est d’abord introduit à la chose par les regards que lui lancent certains hommes, et cela déclenche en lui de la peur et du dégoût. Mais c’est avec l’attitude ambigüe de Mr Tracy à son égard, qui se veut trop amical, voire complice que Darren va aborder l’homosexualité de près. Le moment décisif du roman est quand Mr Tracy, ayant insisté pour raccompagner Darren en voiture à cause du temps dehors et se conduisant de manière trop amicale pour Darren, lui dit : « tu pourrais m’appeler Lowell, Darren. C’est mon prénom. » Cela va traumatiser le jeune homme : une réaction qui peut à première vue sembler surdimensionnée par rapports aux faits. En effet Mr Tracy n’a rien proposé rien d’indécent. Mais c’est plus l’idée même que son professeur puisse lui faire des avances qui le perturbe. Des pensées sexuelles en rapport vont surgir involontairement dans son esprit, et assez logiquement le troubler. On peut penser que ce passage est destiné à aider le lecteur à reconnaître des avances pédophiles qu’il aurait subi, mais à la lumière de la suite du roman, où il est témoin d’accusations abusives et calomnieuses de la part des adolescents, on peut se demander si ce livre n’a pas plutôt pour but entre autres de faire la part entre les pensées et les actes.

    Cependant l’homosexualité est aussi abordé de manière plus générale dans le roman : en effet l’auteur dépeint une société dont l’attitude face à cela va du malaise à la violence, en passant par l’intolérance verbale. Il y a d’abord la scène de passage à tabac de l’homosexuel dans le supermarché (chapitre vingt) dans laquelle on remarque que l’effet de groupe est décisif dans le passage à l’acte, si bien que Darren lui-même aurait frappé le jeune homme s’il n’avait été retenu par ses camarades qui craignaient qu’il n’aille trop loin, alors que Darren ne semble pas être quelqu’un qui cherche la bagarre. On comprend alors qu’il a une réaction d’auto défense. En effet c’est une façon pour lui de riposter contre ce phénomène qui s’est introduit dans sa vie en lui insinuant des pensées qu’il refoule avec peine. Si le passage à tabac est un phénomène exceptionnel, les injures homophobes sont plus courantes, car elles constituent le moyen le plus commode d’appréhender un aspect de la sexualité qui dérange : en insultant, on range les gens dans une catégorie, qui plus est inférieure : « c’est un pédé. Il suffit de le regarder pour comprendre. Un pédé n’a que ce qu’il mérite. Il ne demande que ça. Pervers...Pédophile... » (chapitre trente ).

    Mais le roman présente également une autre attitude envers l’homosexualité, plus ambigüe et représentée par le père de Darren : en effet dans le chapitre dix-sept, celui-ci dit tolérer les homosexuels « tant qu’ils ne touchent pas à mes fils » et fait preuve d’une espèce de peur de ce qui est différent, mélangée à de la condescendance pour ce qu’il considère comme une maladie, qui traduisent un malaise entre ce qu’il pense réellement et l’exigence de tolérance de la société contemporaine. Une attitude que les lecteurs ont une certaine chance de retrouver chez leur parents, si ces derniers en parlent avec leurs enfant. Ce passage rappelle à l’adolescent que les parents n’ont pas toutes les clés, et qu’il y a des choses qu’il va devoir appréhender par lui-même.

    D’autant plus que l’adolescent va se rendre compte que le rapport des adultes au sexe n’est pas simple non plus, le passage significatif étant quand Darren s’étonne du refus des adultes qui l’entourent à assumer que « l’homme est un être sexuel », dans le chapitre deux. Il s’est déjà aperçu de la rupture avec ses parents sur ce domaine, quand son père lui a tenu le fameux discours sur le sexe : celui-ci raconte tantôt à son fils des choses qu’il sait déjà, tantôt des anecdotes dramatiques visant à inspirer la peur au jeune, pour le mettre en garde. En somme la discussion est inefficace. Darren se rend d’autant plus compte de cette rupture, quand son père croit que Darren a dû accepter les avances de Mr Tracy, pour que celui-ci lui donne soudain de bonne notes. Darren pensera : « Mr Tracy aurait compris. Trop tard maintenant » (chapitre quarante ). Cela va amorcer le processus de désillusion sur le monde adulte, confirmé par l’incapacité de ceux qui l’entourent à lui donner des réponses sur les questions existentielles qui le taraudent.

    L’auteur prête ici de bien belles paroles à son héros, qui pose des questions profondes à son professeur de chimie, dans l’espoir touchant emprunt de naïveté que celui-ci, en tant qu’adulte érudit, ait les réponses : « combien de choses, dans la vie, valent-elles la peine d’être écrites ? » (chapitre cinq ) ; « est ce que la chimie du cerveau est la même que celle de l’âme ? » (chapitre soixante ). Questions auxquels son professeur n’aura même pas la sincérité de répondre qu’il ne sait pas, et qu’il préfèrera éluder.

    Enfin, la désillusion arrive à son terme quand Darren se rend compte de la lâcheté du directeur de l’école face aux accusations portées contre son collègue Mr Tracy. Il s’aperçoit alors que les adultes aussi ont peur et sont capables de lâcheté.

    Un autre thème du roman est celui de la pression, abordé car beaucoup d’adolescents la vivent mal, que ce soit dans le cadre scolaire ou sportif. Darren subit la pression de la part de son professeur de sport à travers notamment celle mise sur ses coéquipiers : il a ces mots quand il évoque l’exclusion de l’équipe d’un camarade : « Viré de l’équipe. C’était une sentence de mort » (chapitre vingt-cinq ). Mais il ressent aussi la pression dans les matières intellectuelles : en effet, si ses professeurs l’encouragent sans plus (« bon travail Darren ! Mais tu peux mieux faire » chapitre trois), Walt, son père, met en lui tous les espoirs déçus par son fils aîné, et veut que Darren aille à l’université pour avoir un travail intellectuel et ne pas travailler de ses mains, comme lui et Eddy : en bref, effectuer l’ascension sociale que Walt n’a pu faire. Darren ayant des résultats plutôt moyens, il complexe et se sous-estime, d’autant plus qu’il compare sûrement à sa meilleure amie Molly, brillante élève. Etre complexé est un fait courant chez les adolescents, et on peut penser que, sous l’apparente nonchalance que beaucoup de garçons veulent véhiculer quant à l’école, se cache une angoisse de la mise à l’épreuve et de la comparaison. La pression est aussi véhiculée par l’interrogatoire que subit Darren : si c’est une situation dans laquelle moins de jeunes risquent de se reconnaître, elle n’en est pas moins intéressante dans le sens où elle montre comment quelqu’un, mis sous pression, peut laisser entendre certaines choses fausses rien qu’en évitant de répondre, et qu’il faut donc prêter attention à l’impression que l’on donne dans des situations comme celle-ci.

    Tournons-nous maintenant vers le sujet de la responsabilité, cette chose que l’adolescent va, bon gré mal gré, devoir acquérir. Darren est confronté au plan mal intentionné de ses amis contre Tracy : pour se protéger, il choisi de fermer les yeux pour rester en dehors de tout ça : « ...je n’ai pas besoin d’être au courant » décide-t-il au chapitre vingt-huit. De plus, si à l’interrogatoire il ne calomnie pas sur son professeur, contrairement à eux, il refuse de témoigner en sa faveur, et les enquêteurs croient qu’il a peur de parler : on peut presque parler ici de mensonge par omission, bien que ce soit involontaire. S’il le défend officieusement devant les moqueries de certains jeunes, il s’interdit de parler à la police : « bon sang, il aurait voulu dire aux inspecteurs que Kevin Pyne et les autres leur mentaient ! -mais il ne pouvait pas, bien sûr. Ne sois jamais un mouchard » (chapitre quarante-sept). Darren est pris dans un cas de conscience qui va lui faire rejeter ses pensées : « il ne faut pas y penser » (à partir du chapitre onze).

    Mais dès lors qu’il les refoule, les pensées forcément cherchent à resurgir, et ne pas mettre de mot sur elles les rendent encore plus puissantes : « cette chose entre Mr Tracy et lui. Cette chose qui ne s’était pas passé » (chapitre seize).

    Après la mort de Mr Tracy, Darren va verser dans le déni qui est alors le seul moyen pour lui de ne pas sombrer sous le poids de la culpabilité : « Darren Flynn n’aurait rien pu faire. Darren Flynn n’aurait rien pu faire. » . On note ici l’utilisation de la troisième personne pour ce point de vue interne, qui surprend puisque l’on s’attend plutôt à « Je n’aurais rien pu faire » : en réalité cela illustre la volonté de Darren de mettre de la distance entre lui et les faits.

    Si le livre met l’accent sur la responsabilité du héros, il évoque aussi la responsabilité de groupe, à travers celle de ses camarades : le passage où un ami de Darren se justifie de leurs accusations calomnieuses contre Mr Tracy est particulièrement intéressant : « Je ne savais pas où ça mènerait, Darren. Personne n’aurait pu s’en douter ! On faisait les imbéciles .... » (chapitre cinquante-huit ). Si ce que dit le jeune homme est vraisemblablement vrai, la façon dont il cherche à se débarrasser de ses responsabilités l’accuse d’autant plus. On remarque également que le groupe sert d’armure quand cela va mal : l’utilisation des pronoms pluriels « on » et indéfinis « personne » sont relativement vagues et permettent au locuteur de rejeter la faute sur les autres.

    Revenons à Darren, notre jeune héros qui pour la première fois, fait face à la culpabilité, et traverse les différentes étapes douloureuses du processus : d’abord le déni, que nous avons vu plus haut, puis la colère, contre la société et contre lui : « Il respirait la colère » (chapitre cinquante-quatre), enfin la reconnaissance des faits : « j’aurais dû l’aider. Pourquoi ne l’ai-je pas fait ? Par lâcheté, voilà pourquoi » (chapitre cinquante-deux) et le bilan : « il n’avait pas été assez courageux, lui non plus. Il lui faudrait vivre avec ça » (chapitre cinquante-quatre).Malgré sa culpabilité, le lecteur éprouve de la pitié pour le héros : après tout, ce n’est pas lui qui a calomnié, et ce sont les habitants de la petite ville qui se sont jeté sur l’affaire et ont laissé représenter Mr Tracy comme un monstre. Le jeune lecteur va apprendre, grâce à ce cas, qu’en matière de responsabilité il faut relativiser et que tout n’est pas noir ou blanc.

    La culpabilité, qui génère la colère, peut par conséquent générer aussi la violence, qui est alors utilisé comme exutoire, ou catharsis : ainsi Darren expérimentera brièvement l’auto mutilation en se coupant volontairement pendant qu’il se rase, avant d’utiliser le sport en nageant jusqu’à bout de forces. La violence va aussi lui servir d’exutoire à la peur, comme en témoigne son envie irrépressible de tabasser le jeune homosexuel du supermarché qui incarne cette sexualité qui le dérange(chapitre vingt ) : attitude qui l’étonne lui-même car il ne s’y reconnaît pas : « est ce que je voulais lui le tuer ?......ce n’était pas moi » (chapitre vingt-et-un). Enfin, la violence en tant qu’exutoire se trouve aussi sous la forme d’une violence plus psychologique, quand Darren ose dire au directeur d’école ses quatre vérités sur l’affaire qui a conduit à la mort de Mr Tracy : « Mais ça vous est égal, M Newlove, que Tracy soit mort.... » (chapitre cinquante neuf ). Ici Darren prouve son courage, et sans être impertinent ni grossier envers Mr Newlove, montre qu’il a compris que les adultes aussi ont parfois besoin d’entendre la vérité, même s’ils se murent derrière une façade de respectabilité. Mais la violence est également utilisée vers le dénouement du roman durant la fête donnée par Jill, comme moyen de défense par Darren, le seul moyen qu’il trouve sur le moment de se faire respecter par ceux qui prennent son attitude pacifique pour de la faiblesse.

    Cependant la forme la plus forte de violence auquel est confronté le héros reste celle de la mort de Mr Tracy ; violence soulignée par la façon dont est annoncée la nouvelle : Le lecteur est comme le héros pris par surprise en début du chapitre quarante-huit : « Trois jours plus tard, Lowell Tracy était mort. » Suit du texte expliquant que Molly annonce la nouvelle à Darren, et seulement là, le lecteur apprend en même temps que le héros qu’il s’agit d’« Un accident de voiture » . Cela crée un second effet de surprise, puisque la première idée qui nous vient à l’esprit est que Mr Tracy a cédé à la pression et s’est suicidé. Darren est alors confronté à ce phénomène absurde qu’est la mort, et l’incompréhension se mêle à la douleur : « le mot était si brutal : mort . On se demandait presque ce qu’il signifiait ». Cela pose du même coup la question au lecteur : qu’est ce que la mort ? C’est un sujet grave mais que les romans jeunesses se doivent d’aborder en tant que phénomène de la vie.

    Cependant, le roman finit sur une touche résolument optimiste, puisque l’on retrouve le thème de la résilience, avec notre héros qui finalement parvient à se remettre en route vers la vie adulte : Il montre qu’il est décidé à poursuivre ses ambitions en gagnant la fameuse rencontre avec St John, prouvant à la fois aux autres et à lui-même ses capacités. Il dédicace d’ailleurs sa victoire à feu Mr Tracy. De plus, Darren se décide enfin à réaliser un autre de ses rêves, à savoir se mettre à la guitare : « Darren se dit qu’il veut apprendre la guitare plus que tout au monde, il veut composer ses propres chansons. il a tellement de choses à exprimer ! [...] Il est plus heureux qu’il ne l’a été depuis longtemps ». En bref, Darren s’épanouit et affirme sa personnalité : comme beaucoup de jeunes de son âge, il a soif de s’exprimer, et il a trouvé le moyen qui lui correspond. Le jeune lecteur se reconnaîtra donc sans peine dans ce passage.

    Darren, qui pour ainsi dire fuyait l’autre sexe, symbolisé par son ami Molly, « affronte » enfin la chose et vit sa première expérience sexuelle avec Jill Brockmeier(chapitre soixante-quatre ), devenant ainsi un homme et effaçant l’étiquette d’efféminé que lui avaient collé son père et son frère. Ce passage représente une autre de ces étapes que le lecteur va connaître dans les années à venir, et auquel il songe sûrement déjà avec plus ou moins d’envie et de crainte.

    On l’a compris, Sexy n’est pas un roman d’aventure visant à faire rêver le lecteur, mais bien un roman miroir, car l’univers dans lequel évolue le héros ressemble au sien, et il est encouragé à s’identifier à l’adolescent, à ses problèmes aussi bien qu’à ses découvertes et ses fiertés, pour soulager sa douleur éventuelle et le guider dans la compréhension du monde : en bref, pour l’aider à traverser le cap de l’adolescence. Il peut aussi éventuellement éprouver du plaisir dans le suspens ménagé à propos de la mort de Mr Tracy (s’est-il vraiment tué accidentellement, ou bien suicidé en voiture ?) ou des photos de lui-même que reçoit Darren, cependant c’est peu probable car ça n’est pas le but premier du livre, et les réponses ne sont pas données.

    Personnellement, je le conseillerais car je trouve la psychologie du héros à la fois pertinente et présentée de façon simple et abordable, et que la fin optimiste remplit son rôle, après les souffrances endurées par le héros. Cependant le point faible du roman est le fait que Darren souffre au début du fait d’être trop sexy, et on peut concevoir que les garçons de son âge au physique moins avenant ou n’aimant pas leur corps ne pourront s’identifier au problème du héros, puisqu’ils souffriront du problème inverse .

    Pour finir, je conseillerais ce livre abordable par tous bien sûr aux garçons, mais également aux filles, afin qu’elles les comprennent, car trop souvent les garçons sont jugés insensibles et bêtes par les filles de leur âge. Cela permet à la jeune fille d’avoir du recul, chose dont les adolescents manquent trop souvent, pour comprendre l’autre sexe.

    Juliette NEUVILLE L2 LLCE Anglais UFR Angellier

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    couverture de "Sexy", 30 janvier 2009, JPG 122.5 ko, 328 x 481 pixels