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La cité de l’ombre, de Jeanne Duprau

 
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    Publiée pour la première fois en 2004 par Gallimard Jeunesse, La cité de l’ombre a été republiée récemment suite à l’adaptation du livre en film.

    Le roman retrace l’histoire de Doom et Lisa, prisonniers d’une cité souterraine construite pour sauver l’humanité victime de la pollution, qui désirent partir ailleurs plutôt que de vivre dans ce monde sombre et déprimant. L’auteur nous fait découvrir une histoire semblable à la sienne. Dans sa jeunesse, durant les années 50, Jeanne Duprau vit dans la crainte d’une guerre nucléaire et se voit obligée avec sa famille de se cacher dans des abris souterrains. C’est avant tout le désir d’inventer un monde privé de soleil, d’arbres, d’animaux qui a poussé l’auteur à narrer cette histoire.

    DUPRAU, Jeanne. La cité de l’ombre. Paris : Gallimard jeunesse, 2008. 294 p. ; 18 cm. Folio junior. ISBN 978-2-07-062282-5

    (JPG)

    La première de couverture nous plonge dans un monde « étriqué », mystérieux et sombre. Deux enfants se trouvent au dessus des toits. On peut voir qu’ils cherchent quelque chose. Ce monde ne semble pas être attirant et l’image illustre bien le titre du roman. On sait que l’histoire va tourner autour de cette cité pleine de mystère. Les deux enfants sont des personnages clés de l’intrigue puisqu’ils sont seuls sur l’image. Mais pourquoi sont-ils seuls sur les toits ? Que cherchent-ils ? La couverture est peu explicite et laisse planer le mystère quant au contenu du roman.

    Lina et Doom, deux adolescents, vivent dans une ville souterraine créée il y a plus de 200 ans. Cette ville a été construite pour protéger l’humanité des dangers de la surface de la terre. Mais, des pannes d’électricités de plus en plus fréquentes menacent la sécurité de la ville. Les deux adolescents vont tenter de sauver le peuple et de découvrir ce que contient une mystérieuse boite aussi vieille que la ville.

    L’inspiration première de l’auteur est reliée aux événements historiques des années 50 c’est-à-dire la guerre froide. Pendant cette période, de nombreuses personnes se cachaient dans des abris souterrains pour se protéger des bombes. Mais, au-delà de ces événements, Jeanne Duprau s’est demandée comment un peuple qui ne connaît ni le soleil, ni la mer, ni la nature peut vivre dans une cité éclairée par des ampoules électriques, les uns sur les autres, sans savoir que toutes ces choses ont existé. Elle a voulu montrer dans son récit à quel point l’absence de ces éléments naturels a fait du peuple d’Ember un peuple prisonnier, enfermé dans une cité « cauchemardesque » qu’ils n’arrivent pas à fuir. Nous verrons, dans un premier temps, les thèmes principaux abordés par l’auteur. Ensuite, nous étudierons l’impact de la lecture du roman sur les jeunes lecteurs.

    L’humanité face à l’environnement et à son instinct de survie

    L’environnement est un élément essentiel du roman. Les habitants d’Ember ont toujours eu l’impression que la cité est leur seule maison et qu’en dehors de la cité il n’existe rien. Depuis longtemps, ils n’ont plus de contact avec la surface de la terre. Les bâtisseurs de la ville ont demandé aux premiers habitants de la cité de ne rien révéler sur la terre pour éviter de perturber le peuple d’Ember.

    C’est pourquoi les seuls livres qui existent à Ember sont les livres sur la fondation de la ville. Avant la ville, il n’y a aucun livre qui parle du monde d’en haut. On est surpris de voir que Doom n’a jamais vu de fleuve et collectionne des insectes dont il ne connaît pas le nom et qui paraissent pourtant familiers au lecteur. Son manque de connaissances concernant l’environnement de la surface de la terre nous émeut et nous attriste. Les éléments naturels nous paraissent éternels, ils seront toujours présents. Mais, dans la cité d’Ember, ces éléments n’existent pas ou peu. Lina s’accroche à ses crayons de couleurs car elle peut avec ces crayons créer un monde coloré, complètement différent de la cité qui est sombre. Ce monde semble inaccessible et les deux personnages clés, même s’ils n’ont jamais vu la terre, tentent de se la représenter ou de garder des choses qui sortent de l’ordinaire. Doom ne sait pas que la chenille qu’il a trouvée va se transformer en papillon. Il pense même que, enveloppé dans un cocon, l’insecte est mort. Quelle n’est pas sa surprise quand il voit la chenille devenir un papillon. C’est aussi une surprise pour le lecteur de voir que Doom n’a aucune connaissance sur l’évolution des êtres vivants. L’éducation des jeunes habitants d’Ember se limite à l’histoire d’Ember. La vérité concernant les origines des habitants a été occultée. L’auteur, par des situations anodines, veut faire prendre conscience au lecteur de la préciosité de l’environnement, de son existence primordiale. Pour l’équilibre et l’harmonie de la terre, l’environnement doit être protégé. Que serions-nous sans eau, sans soleil, sans autre vie terrestre que la nôtre ? Des êtres comme les habitants d’Ember, seuls, désespérés et prisonniers à cause de leurs propres erreurs et de la destruction involontaire de la terre. A travers le roman et la quête des deux personnages, on espère que les habitants vont survivre. Malgré leurs erreurs, ils ont peut être droit à une deuxième chance. Le courage et la bonté des deux personnages nous incitent à croire que l’humanité peut s’en sortir et que les erreurs des générations passées ne doivent pas condamner les générations futures.

    Le pouvoir est très important dans le récit. Ce sont les bâtisseurs qui ont obligé les premiers habitants de la ville à ne pas révéler leurs origines et l’existence d’un monde à la surface. Ils ont ainsi condamnés les habitants à croire que rien n’a jamais existé en dehors de la cité. Comment retourner à la surface quand on ne sait même pas qu’il existe un autre monde ? Cette ignorance d’un monde au dessus de la cité entraine la déchéance des habitants. Ils ne savent pas comment sauver la cité. Leur espoir réside dans les solutions du maire. Mais, le maire exerce un pouvoir totalitaire sur la cité. Egoïste et orgueilleux, il n’agit que pour son intérêt personnel. Il prive les habitants de la plupart de la nourriture pour le conserver pour lui dans une pièce bien cachée de la cité. La situation d’Ember ne le préoccupe pas du moment qu’il a assez de nourriture pour vivre. Ce totalitarisme est voilé par les paroles de réconfort du maire. Les habitants n’ont pas conscience qu’ils sont manipulés. Seuls Lina et Doom s’aperçoivent des manigances du maire. Pendant que les uns s’enrichissent et profitent des avantages de leur pouvoir, d’autres s’appauvrissent. L’auteur représente bien un monde où le pouvoir concentré autour d’un seul homme amène toujours une situation de chaos. Les habitants sont sans défense face au pouvoir total du maire. L’auteur nous montre que, dans une situation dramatique, certaines personnes n’hésitent pas à profiter de la crise pour s’enrichir et s’établir une vie confortable. Chaque être humain a ainsi en lui l’instinct de survie. Son intérêt personnel peut passer au-delà de l’intérêt d’une population. Les deux personnages principaux possèdent cet instinct de survie mais leur désir de sauver leur peuple est plus fort. Tout au long de leurs aventures, ils vont tenter de prévenir les habitants qu’il existe peut être un moyen de s’échapper. L’auteur explique ainsi que, d’un individu à un autre, le comportement face à une situation de crise peut être différent. Tous les individus ont un bon et un mauvais côté. Quel est le côté qu’il va privilégier pour survivre ? Dans son roman, l’auteur ne semble pas juger du comportement du maire et même le lecteur ne sait pas comment réagir face à son comportement. Si nous étions dans sa situation, nous ne savons pas si nous réagirions comme lui ou comme Lina et Doom. L’auteur montre ainsi la complexité de l’individu lorsqu’il s’agit de son instinct de survie.

    Comment le jeune lecteur réagit-il face à l’histoire de ces personnages ? Quelle peut être l’impact que peut avoir la lecture du roman sur le jeune lecteur ?

    Une histoire mystérieuse et proche de la réalité

    Le lecteur, à partir de douze ans, peut être intrigué par la cité souterraine et la mystérieuse boite qu’a trouvée Lisa. Il apprend en même temps que Lina que la boite contient un morceau de parchemin avec des lettres manquantes. Ce parchemin est reconstitué sous forme écrite dans le roman. Le lecteur cherche alors la signification de ces mots incomplets. Il veut résoudre « l’énigme » et reconstruire les mots. L’auteur intègre la reconstitution du parchemin dans le récit pour que le lecteur prenne part à l’aventure. Quel sens se cache derrière ces mots qui ont l’air de n’en avoir aucun ? Le lecteur émet dans son esprit des suppositions quant à la signification du message. La manœuvre de l’auteur en montrant le contenu du parchemin dans le récit est d’intégrer le lecteur dans le roman. Il prend part indirectement à la résolution de l’énigme en tentant de redonner un sens aux mots. Quand Lina essaie de compléter les blancs, le lecteur fait de même puisqu’il est aussi curieux que Lina de découvrir ce que signifie ce parchemin. Il est attiré par le côté aventureux de l’histoire.

    Le lecteur, témoin de la misère de l’humanité dans le roman, réalise que les connaissances liées aux éléments naturels et à l’évolution des êtres vivants font défaut aux personnages de la cité. Les personnages sont incapables de savoir ce qu’est une rivière, ce qu’est le soleil. Cette constatation est un choc pour le lecteur qui considère ces éléments comme des éléments indestructibles et éternels. Par le biais des personnages, le lecteur se rend compte de la fragilité de la nature et de son équilibre instable. L’homme n’est pas l’être supérieur par rapport à ces éléments. Il cohabite avec l’environnement. La lecture du roman permet de réaliser que l’homme est misérable s’il est privé de son milieu habituel. Il est seul face à lui-même. D’où le besoin et la nécessité de préserver cet environnement, cette coexistence entre l’homme et la nature.

    Le but de l’auteur est de faire réagir le lecteur à la lecture du roman. Il veut que le lecteur réalise à quel point l’environnement est précieux. Il met en avant la fragilité de la nature. Le message que veut faire passer l’auteur est la préciosité de la nature et la nécessité de la sauvegarder.

    C’est une histoire simple, pleine d’aventure où le monde est en danger. Seuls les deux adolescents se rendent compte que la situation est dramatique. Le mystère de la boite nous intrigue et avec Lina nous tentons de comprendre sa signification. Le lecteur fait partie de l’histoire puisqu’il cherche en même temps que Lina ce que peut bien signifier le contenu de la boite. Ce roman transmet un message simple sur la sauvegarde de l’environnement et les conséquences désastreuses de sa dégradation.

    Pour aller plus loin...

    Le site officiel de l’auteur Jeanne Duprau :

    http://www.jeanneduprau.com/index.shtml

    et un lien sur l’auteur sur le site de ricochet :

    http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp ?id=88390678

    Puniez Emilie, UFR IDIST, DEUST 2, métiers des bibliothèques et de la documentation

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