Site littérature jeunesse de lille 3

Après Charlie et la Chocolaterie, James et la Grosse Pêche , Sacrées Sorcières...

MATILDA se raconte

... la petite croqueuse de livres
 
  • - AUTEURS ET ILLUSTRATEURS
  • - CARNETS DE VOYAGE LITTÉRAIRE
  • ÉCRIVAINS EN HERBE
  • - ÉDITEURS
  • HÉROS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI, D’ICI ET D’AILLEURS...
  • - LA LITTÉRATURE JEUNESSE EN QUESTION(S)
  • MARQUE-PAGES / SIGNETS
  • - MINI THÈSES
  • - PARTIE PRIVÉE
  • - QUI SOMMES-NOUS ?
  • RECHERCHE PAR THÈME
  • - RESSOURCES EN LECTURE ET LITTÉRATURE JEUNESSE
  •  

    Dans la même rubrique

    Mots-clés

    Mlle Bulb : - ... et pour après les vacances, vous lirez le livre des trois petits cochons. Matilda, tu liras « Le bruit et la fureur » de Faulkner...

    - C’est déjà fait, Mademoiselle P, je l’avais emprunté l’année dernière à la bibliothèque municipale.

    - Mmh, j’aurais du m’en douter... Eh bien, tu choisiras toi même ce que tu as envie de lire, je te fais confiance pour dénicher quelque chose pour lecteurs confirmés de plus de trente ans... Puis (s’adressant à toute la classe), vous ferez en une vingtaine de lignes - ou (en adressant un clin d’œil à Matilda) en plusieurs centaines - une rédaction sur votre vie de famille et de vos parents. La classe est finie, bonnes vacances !

    Matilda quitta la salle en souriant à sa professeur de lettres et sentit son cœur se serrer. Non pas que les vacances qui arrivaient s’annonçaient moroses - comment le pouvaient-elles, quand elle s’apprêtait alors à rejoindre Mlle Candy, sa nouvelle maman qui enseignait deux étages plus bas aux cours préparatoires ? Depuis qu’elle avait sauté toutes les classes du CP jusqu’à la 6ème, elle ne faisait plus profiter discrètement à ses camarades de ses dons exceptionnels de calcul mental que pour voir arriver plus vite l’heure de la récréation : l’institutrice aura en effet épuisé tous ses exercices. Elle se jettera alors dans les bras de son ancienne institutrice, devenue bien plus que sa nouvelle tutrice...

    Mais des adultes ayant pu répondre au nom de parents, Matilda en avait connu au moins quatre. Alors qu’elle cogitait, ce fut instinctivement qu’elle posa ses yeux et cligna des paupières sur la poignée de porte. S’attendant à voir la porte s‘ouvrir à la volée, elle s’arrêta tout juste avant de se rappeler que celle-ci ne pouvait plus lui obéir. Quelques fois en effet elle oubliait encore que ses super pouvoirs avaient disparu. Etant maintenant devenue une petite fille heureuse en harmonie avec elle-même et surtout (presque) comme les autres, elle se servit de sa main. La pimpante Mlle Candy se tenait devant l’encart de la porte.

    Ce n’est que le soir même qu’elle se mit au travail...

    (JPG)
    Matilda
    L’édition spéciale de folio junior

    1) Mes premiers parents : mes parents crapules

    Ce sont mes parents dit « de même sang », mais avec qui je ne me sens aucune affinité. Je fus leur fille de 0 à 6 ans, avant de rejoindre Mlle Candy. Parfois je me demande s’il n’y a pas eu une erreur sur ma naissance.

    (GIF)
    L’affiche de mon film !
    Les deux têtes de nigaud derrière, ce sont eux !

    Si je n’étais pas si différente, je dirais qu’il n’y aurait pas d’étonnement à ce que mes parents m’aient conçue comme mon grand frère, c’est à dire une fille destinée à suivre leurs traces. Et quelles traces ! Des traces minimes qui, sur les voitures en apparence de bonne qualité que vendaient mon père, se sont avérées en fait être la source de bien des problèmes, d’abord pour ses acheteurs dupés, puis pour mon père lui-même, qui a désormais payé de ses escroqueries... Quant à ma mère, elle est sérieusement victime des affres du loto et du téléphone. Et pour couronner le tout, c’est le soir que le degré intenable pour chacun d’entre nous atteignait son paroxysme, lorsque conformément au cliché américain, nous nous devions de manger notre plateau-repas devant la télé. (A la seule différence que pour ma part, c’était l’heure de plonger dans mes livres, me coupant ainsi de tous les bruits que renfermait cet abominable appareil).

    (JPG)
    L’heure du diner
    Moi devant la télé, ça donne ça !

    C’était là alors le pire, car il leur était difficile d’accepter que je fusse la seule à enfreindre la règle, la seule à me mouvoir dans un monde inconnu auquel ils étaient totalement indifférents et auquel de toute façon ils n’auraient rien compris. Il faut comprendre par là que mes parents ne sont ordinaires qu’en apparence : car considérer sa fille comme une "croûte sur une plaie" est une chose, s’en débarrasser inopinément dès qu’une bonne occasion se présente en est une autre qui en dit beaucoup - non pas que sur leur absence de morale - je n’en avais pas non plus pour eux, les ayant punis à maintes reprises pour leurs mufleries - mais sur leur verdeur et leur indécence. Car c’est ce qu’ils sont, les Verdebois. Et j’en étais une, moi aussi. Jusqu’au jour où Mademoiselle Candy a décidé de me garder...

    2) Mademoiselle Candy

    Ce fut ma maîtresse d’école, la seule adulte qui m’ait reconnue telle que je suis. C’est elle qui m’a défendue devant mes parents. C’est une femme ravissante, charmante. Elle aussi a connu les tourments d’une enfance maltraitée, ce que dans son cas j’ose même qualifier d’un vrai supplice : à la mort de son père Marius, c’est sa tante, Mlle Legourdin, l’abominable ex-directrice de l’école, qui l’a cueillie en même temps que tout l’héritage de ce dernier. Sa haine pour les enfants était si implacable qu’elle allait jusqu’à la faire user d’une force redoutable.

    (JPG)
    Melle Legourdin dans le film
    Une bien terrible horreur.

    Cette femme assumait en effet son statut d’ex championne athlétique pour leur faire subir des misères du nom de « lancer de marteau » qui était l’une de ses punitions préférées. Mais nous lui avons donné ensemble la leçon qu’elle méritait, moi et Melle Candy. Prétendre grâce à mes pouvoirs que le fantôme de son père était revenu la hanter était la seule solution pour la faire arrêter ses méthodes de tortionnaire sur les enfants : et elle avait de quoi avoir peur en effet, puisque c’était elle qui l’avait tué... Cette femme est en fait tout le contraire de Mlle Candy, qui représente la gentillesse, l’écoute, la patience, dont elle a fortement témoigné lors de mon incroyable révélation de pouvoirs surnaturels. Bref, je dirais volontiers qu’elle incarne ma seule parente idéale et incontestée, si je n’étais pas sommée dans mon for intérieur d’évoquer celui sans qui aucun de ces personnages n’aurait pris vie...

    3) Roald Dahl, mon père-créateur

    Il est né au Pays de Galles à Llandaff de parents norvégiens le 13 septembre 1916. Ce jour est maintenant appelé « Le Roald Dahl Day », ce qui en dit sur sa notoriété, toujours aussi grande alors même qu’il décédât en 1990. Cette gloire posthume est symbolisée notamment par le Musée Roald Dahl, qui est un espace pour les enfants avec des coffres à ouvrir, des jeux basés sur des mots pour qu’ils apprennent à écrire leurs propres histoires, et des jeux attractifs autour de ses romans. On y trouve également un arbre aux message, une boite à rêves, et toutes sortes de jeux attractifs permettant de faire participer le visiteur à l’exposition.

    (JPG)
    Dépliant de l’expo du Musée
    Au centre Roald Dahl dans ses vieux jours, à droite ses œuvres pour enfants

    On retrouve d’ailleurs cette même démarche dans ses livres, comme dans mon livre de l’édition folio jeunesse, qui contient une version augmentée de 32 pages supplémentaires remplies de jeux, de pistes de lecture comme une section sur les parents indignes dans la littérature, ou encore un petit questionnaire pour savoir si comme moi, le lecteur est un petit rat de bibliothèque ! Mais le meilleur dans ce musée, meilleur dans tous les sens du terme, ce sont les cadeaux culinaires qui nous sont offerts : le Whizpopper par exemple (composé de chocolat chaud, de coulis de framboises, surmonté de maltesers et de chamallows) - mmmh miam ! -, ou encore le Fuzzy liftino drink (limonade, glace, vanille, chocolat...), qui sont des inventions qui rejoignent tout à fait l’esprit de ses livres (je pense à Charlie et la Chocolaterie par exemple !) et de Roald Dahl en personne (c’était un spécialistes de mets culinaires, il en a d’ailleurs écrit un livre de recettes). Sa maison était par ailleurs nommée « Gipsy House » : il avait contribué à l’orner de toutes sortes de trouvailles bohémiennes, comme un wagon de romanichels qu’il avait acquis afin que ses enfants puissent jouer à l’intérieur. (n’est-ce pas la cabane rêvée ?). Il était en effet marié à Patricia Neal qui lui avait donné cinq enfants.

    Ces créations tournées vers les enfants représente bien en quoi Road Dahl est très adonné à leur bonheur, à leur bien-être et à leur mentalité : ses livres permettent en effet au lecteur de relativiser sur ses propres problèmes, car l‘effet est jubilatoire : car il s’agit bien souvent d’enfants malheureux, qui prennent un jour leur revanche sur leurs tortionnaires (héhéhé). Ses livres sont racontés du point de vue des enfants, et contiennent toujours des méchants adultes les maltraitant, et ce n’est qu’à la fin qu’un bon adulte apparaît pour rehausser la confiance en ces derniers (cf Mlle Candy ! ). Tout ceci est sans doute à rapprocher de sa propre enfance et de sa jeunesse qui furent assez difficiles : en effet ce dernier point est une référence aux adultes ayant abusé de lui dans son enfance. De plus, il perdit sa sœur et son père très tôt, et survécut à un crash de son avion en Libye lors de la seconde guerre mondiale. Le premier récit qu’il publie d’ailleurs s’appelle A Piece of Cake, qui relate cet accident... Mais alors m’y voilà ! Voilà pourquoi j’ai du me coltiner pendant 6 ans ces « anciens » parents si grossiers ! Roald si tu m‘entends, sache que si tu n’étais pas mon « vrai » père, je crois bien que je t ‘aurais aidé de gré ou de force à remédier à ce petit problème... !

    Nous avons vu ainsi que l’atmosphère de ses livres peut-être un petit peu troublante... (et comment ! ) : pour continuer avec la nourriture, je pense par exemple à la scène dans mon livre avec Bruce qui, ayant volé le gâteau de Mlle Legourdin, se voit condamner à en avaler un bien plus énorme devant toute l’école. Mais si les images des mots sont parfois choquantes pour les enfants, elles sont contrebalancées par celles, en papier, de Quentin Blake qui illustra la majorité de ses livres pour enfants par des dessins nettement moins brutaux (merci Quentin !). Roald Dahl écrivait parfois aussi des chansons liées à ses livres, chansons reprises d’ailleurs par les créateurs de bande originales des films adaptés de ses romains comme l’a fait Danny Elfman pour Willy Wonka. On peut dire même qu’il parvint en quelque sorte à pallier la tristesse de ses proches liée à son décès par l’organisation de Funérailles Vikings : en effet il fut enterré avec des chocolats, des crayons et des queues de billards. Un peu avant, il fut victime d’une accusation suite à ses propos contre l’impérialisme américain dans le conflit israélo-palestinien, à laquelle il répondit que s’il s’avouait effectivement anti-israélite, il était avant tout anti-injustice.

    (BMP)
    Mon papa de papier
    Roald Dahl dans sa jeunesse

    La nature de son parcours démontre en lui-même en quoi il était indéniable qu’il atteigne cette célébrité sans pareille : en effet il a côtoyé les plus grands, à commencer par Disney avec qui il projetait de créer une fiction autour des légendaires créatures Gremlins, lequel a renoncé suite au tournage qui en 1942 ne pouvait se tourner en Angleterre. Ainsi ce qui avec Walt Disney aurait été un succès en a été tout aussi retentissant avec lui, puisque ce fut le titre de son premier livre pour enfants en 1943. De plus, si ses nombreuses nouvelles n’ont pas fait son succès, c’est à travers les films d’ Hitchcock qu’elles ont fait impact. Roald Dahl disait d’ailleurs que c’est grâce à son oncle fictionnel Oswald, un gentleman aux exploits sexuels qu’il disait lui inspirer ses histoires. Il écrivit également les scénarios de deux James Bond , dont « On ne vit que deux fois », et inspira à Tarentino le film « Four Rooms » grâce à sa nouvelle « The Smoker » . Quant à moi, je fus encore plus largement connue grâce au film "Matilda" de Danny de Vito, réalisé en 1996, c’est à dire 8 ans après l’écriture du livre. Roald Dahl brille toujours aujourd’hui grâce notamment à la Fondation Roald Dahl, qui lutte contre la neurologie et l’hématologie. Depuis quelques années, un prix nommé le « Road Dahl funny prize » est également remis à tout écrivain de littérature de jeunesse digne de ce nom.   Bref, quelle famille !

      Matilda Verdebois, 6ème 4  

    Matilda posa son stylo d’un air satisfait, et, sans même penser à se relire, se dirigera vers la bibliothèque. Cette idée avait pu germer en elle tout au long de l’application à sa tâche scolaire. Elle ouvrit un livre intitulé : « Memories With Food at Gipsy House » , et eut l’eau à la bouche en pensant à la fontaine de chocolat qui attendait d’être façonnée. Cette tâche seule nécessitait non seulement un esprit mais aussi un ventre gourmand, choses que Matilda possédait. « Décidément, Roald m’a conçue à son image », pensa-t-elle en souriant.

    Voir en ligne : le site officiel de roald dahl, la page wikipédia en anglais, et le site de la fondation Roald Dahl

    Post-scriptum

    Matilda de Roald Dahl est paru en 1988 aux éditions Folio Junior. La couverture n’a pas vraiment changé depuis l’évolution des éditions, il s’agit toujours du même dessin de Quentin Blake, en haut de la page, de Matilda assise sur ses livres. Il en est de même pour les pages puisque nous avons vu que Roald Dahl lui-même a souhaité voir son livre illustré par ce dernier.

    Bien qu’elle ne soit pas une héros récurrente dans le monde de la littérature jeunesse, faire parler Matilda est l’occasion de faire parler tous les personnages de Roald Dahl, qui ont ce point commun, justement, d’être nés dans le même esprit.

    Nina Ducrocq, Humanités Sciences de l’Information Licence 1 UFR Langues et Cultures Antiques