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Grand-Père est mort, d’Ann De Bode et Rien Broere

L’histoire de la mort d’un grand-père...
 
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    Un album qui parle de la mort comme elle est vraiment, sans pour autant choquer les enfants

    (JPG)
    © Hatier Littérature générale, 1996

    Un jour, en rentrant de l’école, un petit garçon nommé Nicolas jour, en découvre sa famille réunie... Mais pas réunie comme toutes les autres fois, avec le sourire aux lèvres... Non, cette fois ci, quelque chose de grave semble s’être produit. C’est ainsi que Nicolas apprend l’histoire de la vie, de la mort, en participant aux préparatifs de l’enterrement de son grand-père adoré.

    Tout d’abord, en voyant le titre de cet album, nous lecteurs (adultes ou enfants) pensons : « Qu’est ce que c’est que ce livre qui va encore tenter de parler de la mort aux enfants en leur faisant avaler n’importe quoi ! » Mais en le lisant, j’ai appris quelque chose : « l’habit ne fait pas le moine » (et comme le dit si bien le proverbe anglais : « don’t juge a book by its cover ») et oui, contrairement à ce que l’on pourrait croire, Grand-père est mort ne fait pas du tout parti de ce genre de livres qui parlent de « voyages » ou encore « de personnes qui montent au ciel ». Certaines personnes les préfèrent, me direz vous, par peur de la vérité ou par peur de choquer leurs enfants... Cependant, en tant que lectrice et en tant qu’enfant, si j’avais eu à lire un livre parlant de la mort (sujet tabou auparavant), j’aurais bien plus apprécié ce type de livre qui, tout en utilisant un langage simple et précis, explique clairement ce qu’est la mort et tous les préparatifs qu’un enterrement nécessite. (Puisque le petit garçon va participer à l’organisation de celui de son grand-père).

    En effet, lorsque le petit garçon se rend compte que quelque chose ne va pas, sa maman vient vers lui et lui dit : « Grand-père est mort », clairement, sans utiliser d’atténuation ou d’euphémisme.

    Nicolas lui, ne sait pas vraiment ce qu’est la mort, il sait ce que le terme signifie, mais il ne sait pas en quoi il consiste. C’est pourquoi l’auteur lui fait poser des questions que n’importe quel enfant pourrait poser, par exemple : « il est mort pour toujours ? » ou encore « il sait qu’il est mort ? ».

    À chaque question posée, ses parents lui répondent clairement, sans mensonge. Sa réaction est, elle aussi, typique de la naïveté d’un petit garçon de son âge : il comprend que son grand-père est mort, et sait maintenant qu’il ne ressent plus les mêmes choses que lui, mais il ne parvient pas à comprendre qu’un homme aussi fort et intelligent que lui puisse partir, sans savoir qu’il est mort. Il va donc chercher à le retrouver, et en vain, va finir par lui écrire une lettre lui expliquant tout.

    En écrivant son récit à la troisième personne du singulier, l’auteur permet aux enfants de mieux accepter la situation : si, par exemple, un enfant à qui il est arrivé la même chose, ou quelque chose de similaire, lit le livre ou se le fait raconter, le fait de ne pas voir écrit « je » va lui permettre de se dire que ça arrive aussi aux autres au lieu de directement se reconnaitre en Nicolas. De plus, le fait d’avoir écrit cette histoire en faisant partager le point de vue de l’enfant peut aussi aider les parents : ils peuvent mieux comprendre leur enfant ou prendre exemple sur les parents du héros pour dédramatiser et lui expliquer.

    Ainsi, je pense que ce livre a une portée éducative, et a été écrit pour faire grandir, non seulement l’enfant, à qui il semble directement destiné, mais aussi aux adultes, tout en gardant un ton mélancolique mais tendre.

    Ensuite, en ce qui concerne l’illustration, chaque page commence par un dessin, fait par l’auteur. Cette dernière a choisi des dessins réalistes, représentant les points importants dont il est question dans le petit texte de la même page en utilisant des couleurs froides et très peu de couleurs chaudes.

    Ann de Bode a choisi d’encadrer ses dessins : chaque image représente ainsi une sorte de photo, qui fait donc penser à un souvenir. (Chaque dessin possède bien sur un cadre différent, selon le thème dont il est question). Par exemple, lorsque c’est la grand-mère de Nicolas qui parle, et qu’elle raconte le moment où son mari est mort, le cadre représente le tissu utilisé pour les anciens rideaux (blancs, avec des petits trous formant un dessin) (page 8). De même, l’illustratrice a représenté des effets de collage (pages 10 et 16). Cependant, les illustrations de ce livre n’ont pas de portée humoristique, ou irréaliste comme elles peuvent l’être dans beaucoup de livres de la littérature jeunesse. Non, ici, l’auteur a préféré représenter la réalité, ce qui est très certainement dû au thème de son livre et à sa façon de l’aborder (très naturelle et réaliste comme je l‘ai dis auparavant). Étant donné que l’image précède le texte, c’est elle qui nous attire en premier, elle est prioritaire au texte. Ceci permet peut être à l’auteur d’élargir son public : les plus petits peuvent, sans forcément comprendre tout le texte, comprendre les images qui, en quelque sorte résument simplement les quelques lignes du dessous.

    Ann de Bode est donc le premier auteur-illustrateur que je lis qui a su parler de la mort comme elle est vraiment, sans pour autant choquer les enfants, tout en apprenant aux parents à parler de ce sujet très difficilement abordé dans la plupart des familles et dont émane du livre une atmosphère mélancolique, tendre et douce de part le texte et les illustrations peu colorées mais faisant du livre une sorte d’album photo, ce qui permet de faire un deuil plus facilement. (L’album photo est, pour la plupart des gens, signe de souvenir et non de présent.)

    Camille Bouillez, L1 Anglais, mars 2009

    Post-scriptum

    DE BODE, Ann ill., BROERE, Rien (texte). Grand-père est mort. Paris : Hatier Littérature générale, 1996. 33 p. : ill. en coul. ; 27 x 22 cm. (Éclats de vie). ISBN : 2.7438.0024.0 Cartonné 11,10 €

    À partir de 6 ans.

    Mots clefs : mort d’un proche, grand-père, deuil, mort, apprentissage de la vie.

    Pour aller plus loin...

    -  Ann de bode est née en 1956 au Congo, et a reçu plusieurs prix littéraire tout au long de sa carrière notamment, en 2005, le premier Prix de jury enfants et jeunesse Flandres pour De wereld van Camillo, puis le troisième Prix du jury enfants et jeunesse pour De Fanfare van Flierefluitegem

    -  Le site d’Ann de Bode

    -  Sur Lille3jeunesse la mini thèse de Mathieu Poix La mort d’un proche dans la littérature jeunesse

    -  et tous les articles de Lille3jeunesse sur la mort d’un proche

    -  Prix Chronos de Littérature