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Otto : autobiographie d’un ours en peluche, de Tomi UNGERER

 
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    En Allemagne, Otto, un petit ours en peluche, est offert à un jeune garçon, David, de religion juive lors de la guerre 39-45. David et Otto sont liés d’amitié avec un petit garçon nommé Oskar. David et sa famille sont arrêtés par les autorités, et Otto est confié à Oskar...
    (GIF)
    © École des loisirs, 1999

    La vie : une histoire de cycles

    Tomi Ungerer a fait d’Otto, le petit ours en peluche, un être sensible, doté de sentiments, bien qu’Otto utilise toujours un ton neutre lors de la narration. L’album aborde plusieurs thèmes très durs pour un enfant, dont la guerre et l’exclusion.

    L’histoire d’Otto est pleine de rebondissements et la structure générale de l’œuvre (rencontre, péripéties, don, séparation) se répète. En effet, l’histoire prédominante est la relation entre Otto, Oskar et David, que nous allons retrouver à la fin. Mais, à partir de leur séparation, d’autres protagonistes interviennent et une seconde histoire à l’intérieur de la première reprend le schéma de l’histoire générale ; c’est donc une structure répétitive par accumulation. Otto est offert à David, lui et sa famille sont déportés vers un camp de concentration, et Oskar en a la charge. Puis un autre jour de tristesse vient perturber la vie d’Otto, lorsque le père d’Oskar partit pour la guerre. Arrive la séparation quand des bombardements délient Otto et Oskar. Il est alors recueilli par un GI américain qui va l’emmener aux Etats-Unis, l’offre à sa fille mais par la suite Otto sera roué de coups par des enfants du quartier où il habite alors. Otto est abandonné. Il va être retrouvé par une vieille dame sons domicile, qui va le vendre à un antiquaire. Oskar le retrouve et passe à la radio pour cette incroyable histoire, car il est en voyage à New-York. Lors de cet intermède téléphonique, David qui est désormais Newyorkais entend le témoignage de ses deux amis d’enfance et ira les rejoindre. Les trois compères vivent ensemble et heureux. Le schéma utilisé par Tomi Ungerer : rencontre, péripéties, séparation est le même que celui des cycles naturels de la vie, qu’ils soient amicaux ou amoureux. Chacun de ces moments de vie implique une rencontre, des aventures, puis une séparation indépendamment de la durée de la relation. Et, cela peut parfois se conclure par des retrouvailles ; tout comme Otto et ses deux acolytes...

    L’humanisation d’un jouet

    Tomi Ungerer a humanisé le petit ours en peluche. Otto a été créé, dans le livre, dans une fabrique d’ours en peluche qui sont tous différents ; leurs museaux, leurs gueules, leurs yeux les différencient. Un autre procédé d’humanisation de la part de Tomi Ungerer est de modifier l’expression du visage du petit ours, ainsi lorsqu’il est heureux, il sourit. Otto peut donc s’exprimer par l’intermédiaire des sentiments.

    Tomi Ungerer a également marqué le temps sur le corps d’Otto. Il garde les marques du temps. Ses cicatrices sont extérieures à son esprit, elles sont marquées sur son corps, ce sont des marques laissées par les personnages de l’histoire qu’il a aimés : son amitié avec Oskar et David lui a laissé la tache d’encre, indélébile et la relation avec le GI américain lui a laissé la cicatrice faite par la balle qui a permis au soldat de rester en vie.

    Cette impression est renforcée par l’illustration de la première de couverture où l’on voit Otto comme sur une photo d’identité. Le fond neutre et le cadrage choisi sur l’image témoigne de la volonté de l’auteur de montrer l’individualité d’Otto et non l’ours en peluche. De plus, le livre est présenté comme une autobiographie, et généralement sur ce genre de récit, une photographie de l’auteur est présente sur la première de couverture. Or, sur cet album, Otto prend la place de l’auteur et nous raconte sa vie. Pour l’enfant l’auteur n’est pas Tomi Ungerer mais bel et bien Otto en temps qu’objet animé et sensible.

    Les images de l’album représentent le réel de la situation, elles illustrent parfaitement le texte. Pour un enfant qui ne sait pas encore lire, il privilégiera les illustrations au texte, car il pourra aisément en déduire le sens de l’histoire. Les couleurs utilisées par Tomi Ungerer pour les illustrations changent selon la situation, lorsqu’Otto se retrouve avec ses amis, les couleurs utilisées sont plus claires, plus homogènes, moins saturées, moins colorées et moins criantes que lorsqu’il est seul.

    Une double interprétation

    Otto, permet plusieurs interprétations possibles selon l’âge du lecteur, qui est initialement de six ans, mais un enfant de trois ou quatre ans n’aura pas la même vision qu’un enfant de six ou sept ans.

    Le vocabulaire choisi par Tomi Ungerer, et la présence de l’adulte dans la compréhension du récit par l’enfant y sont pour beaucoup.

    Les thèmes abordés par l’auteur permettent à l’adulte d’introduire plusieurs notions, sentiments, éléments culturels auprès de l’enfant. En effet, Otto, permet d’aborder des sujets différents selon l’âge, comme la douleur, l’amitié, la différence, la méchanceté avec un enfant de trois ou quatre ans. Mais il permet également, avec un enfant plus âgé, d’introduire des thèmes tels que l’exclusion, la Seconde Guerre mondiale, la déportation.

    Le vocabulaire utilisé par Tomi Ungerer facilite cette initiation, car les termes privilégiés ne peuvent être compris sans l’intervention d’une aide extérieure ; tels que " étoile jaune " , déportés dans un " camp de concentration ".

    De plus, le double départ consécutifs de David et sa famille pour un camp de concentration et du père d’Oskar pour la guerre et l’opposition avec le GI américain, qui est un ennemi de l’Allemagne facilite une introduction à la Seconde Guerre mondiale et à la tolérance.

    Jean-Aurélien Berthaud, mars 2009

    L1 HSI, Langues et Culture antiques

    Post-scriptum

    UNGERER Tomi, Otto : autobiographie d’un ours en peluche. Paris, École des loisirs, coll. Albums, 1999, 33 p., ill. couleur, 21x30 cm, ISBN : 2211055435, 11,90€.

    Mots clefs : Guerre, juif, exclusion, ours, Otto

    Tomi Ungerer

    1931. Le père de Jean-Thomas meurt en 1935, et le jeune Tomi se réfugie dans le dessin alors qu’il n’a que quatre ans. Durant la guerre 39-45, il subit l’endoctrinement nazi, lorsqu’il est à l’école, puis lorsque la guerre se termine, il lui est interdit de parler l’alsacien au profit de la langue française. De 1946 à 1951, il voyage beaucoup, il fait d’abord le tour de France en vélo, puis part en stop pour les pays scandinaves, et en Laponie pour ensuite passer les lignes soviétiques.

    En 1953, Tomi entre à l’école municipale des Arts décoratifs de Strasbourg où il fréquente assidument le Centre culturel américain. Il y rencontre des étudiants américains et se passionne pour la littérature américaine, le jazz et les cartoonists du New Yorker.

    En 1956, il arrive à New York avec soixante dollars en poche et une cantine de dessins et de manuscrits. Il s’installe définitivement aux États-Unis, et publie de nombreux livres. Tomi gagne plusieurs prix dont celui du Spring Book Festival et le prix Hans Christian Andersen.

    En 1967, il s’engage politiquement contre la ségrégation raciale et la guerre du Viêtnam. En 1975, il fait une importante donation de son œuvre et de sa collection de jouets aux Musées de Strasbourg qui lui consacrent une exposition rétrospective.

    En 1991, il publie le premier tome de son souvenir, A la guerre comme à la guerre, à l’occasion de ses soixante ans.

    En 2000, Tomi Ungerer est nommé ambassadeur du conseil de l’Europe pour l’enfance et l’éducation.

    En 2007, il fait don de sa bibliothèque personnelle de plus de mille cinq cents ouvrages à la ville de Strasbourg.