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L’arbre sans fin, de Claude Ponti

« Et puis elle s’envole entre les feuilles du ciel. Elle a l’air aussi légère qu’un soupir ».
 
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    « Et puis elle s’envole entre les feuilles du ciel. Elle a l’air aussi légère qu’un soupir ».
    (JPG)
    © L’École des loisirs, 2007

    L’album concerné fut écrit et dessiné par Claude Ponti, né à Lunéville en 1948 dont les œuvres touchent plus particulièrement les enfants. Il sera publié par L’Ecole Des Loisirs et Gallimard Jeunesse. Il est presque intégralement auteur-dessinateur. On le verra également auteur de trois romans pour adultes.

    Dans L’Arbre Sans Fin, il s’agit de l’histoire d’Hipollène, Etre « hybride », qui vient de perdre sa grand-mère. Sa famille vit dans L’Arbre Sans Fin. Dans sa tristesse, elle se laisse tomber et atterrit en bas de l’arbre. Se déroule alors le grand parcours de la recherche de soi, à savoir le parcours initiatique, thème qui sera développé dans la première partie qui suit.

    I - LE VOYAGE INITIATIQUE

    Selon les différents points de vue, l’interprétation peut être différente. En effet, lorsque l’enfant lit cet album, il voit une histoire merveilleuse dans laquelle la protagoniste, venant de perdre sa grand-mère, essaie de faire son deuil et part à la découverte du monde qui est plus grand que ce qu’il n’y parait. Mais plus tard, on comprend que cette même personne effectue son voyage initiatique afin de passer à l’âge adulte. La première étape s’effectue lorsque Hipollène tombe au pied de l’arbre. Elle « décide qu’elle est sur le sol. Près de la terre, entre les racines ». Il s’agit là de sa première décision. Jusque là, c’était un personnage « passif ». Son voyage initiatique commence. Même si elle effectuera de « mauvais » choix par la suite, c’est tout de même elle qui choisit. Elle peut désormais contrôler son destin. De même, lorsque l’on s’attarde aux dessins, on remarque un contraste dans sa chute à travers l’arbre. Les couleurs changent, de même que la vie : les petits insectes ronds et souriants sont substitués à d’insectes aux yeux vides dont le corps rappelle un squelette. La végétation dense et épinée, en opposition avec le vert des feuilles à nervures rondes et aux formes arrondies accentue ce paysage apocalyptique qui reflète la difficulté du voyage à venir et les sentiments d’Hipollène. Au cours du récit, nous pouvons suivre son évolution. Lors de sa première rencontre avec Ortic, « le monstre dévoreur d’enfants perdus  », elle se pétrifie. Après son voyage, elle se retrouve face à lui, qui n’a pas changé, « encore là. Prêt à mordre, caché au même endroit ». (Soulignons par ailleurs qu’il y a une redondance des mots indiquant une stabilité de la situation). Selon la logique du méchant, Ortic « bondit sur Hipollène qui est devenue très brave. Je n’ai pas peur de toi ! Hurle Ortic ». « Moi non plus, je n’ai pas peur de moi ! Répond Hipollène ». Cette réponse philosophique est inattendue. C’est sa première véritable prise de parole. Elle a grandit. Son voyage initiatique se caractérise par une série de passages : elle passe tout d’abord par une porte dans l’arbre créée par l’ombre d’une feuille, puis après elle en prendra une qui l’emmènera dans l’espace. Elle passera ensuite dans un miroir. Tous ces passages symbolisent le passage de l’enfance à l’âge adulte.

    De même, on peut remarquer qu’aux pages 22 et 39, le lieu est identique mais l’atmosphère diffère totalement. Dans le premier, la brume et l’inquiétude l’emportait, alors qu’ensuite, tout brille. L’héroïne se tient les mains liées, telle une prière. Par son voyage, elle sera non seulement devenue adulte mais elle aura également découvert le monde, qui ne se résume pas à l’arbre dans lequel vit sa petite famille. Elle sera alors appelée Hipollène-La-Découvreuse, et aura le droit à un rite de passage à l’âge adulte par un changement de coiffure (comme on a pu le voir dans certaines civilisations). En plus du voyage initiatique, on trouve des sujets délicats abordés lors de la lecture de cet album, ainsi que des connotations, d’où la seconde partie.

    II - LE TACT DE L’AUTEUR

    « Grand-mère est bizarre. Elle est là, et il n’y a plus personne dedans ». La mort est un sujet évoqué avec tact par Claude Ponti, s’agissant d’un album de 1992, époque où ce genre de thème n’était pas abordé aussi facilement qu’aujourd’hui. L’auteur met en avant la tristesse ressentie par l’héroïne, qui est le moteur de son voyage puisqu’ « elle est si triste, si triste tout entière qu’elle se transforme en larme. Et cette larme si triste tombe au travers de l’arbre sans fin ». Comme nous avons affaire à une fin heureuse, l’enfant a la possibilité de se réconcilier avec la mort. De même, nous avons le décès imagé de l’héroïne qui ressuscite par la suite. Face à l’appréhension de la mort et à la difficulté du deuil, l’Hipollène se reconstruit en découvrant confiance en elle-même et l’immensité de la vie. La portée philosophique dont fait preuve l’auteur n’est elle pas dans le but de donner plus de sens à l’existence, à la réalité, en aidant l’enfant de façon symbolique ? En effet, lorsque notre héroïne revient de son voyage, par son audace et sa bravoure, Ortic « se met à pourrir sur pied comme une vieille salade moisie  ». Ortic représente justement tous les problèmes qui terrassaient, aussi bien l’héroïne que le lecteur. Faire face à ce monstre est en fait combattre symboliquement afin d’aller de l’avant. Pour continuer avec la « philosophie », l’auteur veut peut être dénoncer l’idée que l’on se fait du monde. « Autour de la maison, l’arbre sans fin dort encore. Il n’a pas de début, pas de fin. Au bout d’une branche, il y a toujours une autre branche et des feuilles, beaucoup de feuilles. Plus loin que très loin, le feuillage est bleu, presque invisible. Ca s’appelle le ciel  » dit Hipollène. Mais sa description s’avère erronée lorsqu’à son retour, elle « n’arrête pas de penser. C’est comme une voix dans sa tête qui répète doucement : Mon arbre n’est pas sans fin. J’ai vu ses bords. Et après, il y a d’autres arbres. Des centaines de centaines d’autres arbres  ». Le monde est grand, mérite d’être découvert. Il ne se résume pas à son chez soi. Pour grandir et murir, il faut l’explorer, d’où le fait que le voyage initiatique correspond au nouveau d’Hipollène, à savoir la Découvreuse. Le thème de la sexualité est également abordé, de façon très implicite. Hipollène, accompagnée de son père, s’adonne à la chasse aux glousses. « Bien chatouillée, une glousse ne peut pas résister ». Lorsque la glousse rit, on peut attraper les graines, elles « font un petit bruit, comme un cri de souris mouillée »... Cette vague allusion va surement faire rire certains adultes...

    En ce qui concerne mon opinion, je dois dire que cet album est une merveille. Il est possible de comparer cette histoire à un conte onirique, relatif aux rêves, dans le lequel des personnages merveilleux, qui apparaissent attachants, vivent dans un monde de plénitude, de quiétude, de part le fait que l’histoire se déroule dans un arbre dont les feuilles et les nervures ondulées aux couleurs apaisantes déterminent le cadre de l’album. Il n’est pas de livre qui me procure autant d’étonnement à chaque relecture. Tant de détails, de dessins, d’allusions non remarqués quelques années auparavant... Exemple flagrant, à la dernière page, on peut voir la bibliothèque d’Hipollène, dont les titres existent réellement et sont majoritairement publiés par l’Ecole Des Loisirs. L’Arbre sans fin peut faire, par la densité du dessin, écho à L’Album d’Adèle, dont les détails apparaissent au fur et à mesure du temps. C’est donc un livre dont on ne peut se lasser.

    Pour conclure, je recommande fortement ce livre à tout âge, autant pour le côté divertissant qu’enrichissant. Il permet à l’enfant à la fois la réflexion, le rêve, et l’identification. Claude Ponti fait preuve de grande sagesse en jouant subtilement avec le temps, faisant ainsi de son album une œuvre plaisante et surprenante autant chez les petits que chez les grands.

    ISHII Sarah Ishii, L2 Japonais

    Post-scriptum

    PONTI, Claude. L’Arbre Sans Fin. L’École des loisirs, 2007. 48 p. : ill. en coul. ; 26 x 32 cm ISBN 10 2-211-06156-7 Cartonné 21,90 €

    PONTI, Claude. L’Arbre Sans Fin. Nouv éd. L’École des loisirs, 2007. 44 p. : ill. en coul. ; 19 x 15 cm (Lutin poche) ISBN 978-2-211-08673-8 Broché 5,60 €

    Biographie de Claude ponti sur son site officiel