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Les VIKINGS dans la littérature de jeunesse (mini thèse)

 
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    Sujet souvent plébiscité par la jeunesse, la thématique des Vikings semble être plus que jamais d’actualité. Mais comment expliquer l’attrait que suscitent ces guerriers violents et barbares auprès d’un lectorat aussi jeune ?

    UN PEUPLE DE MARCHANDS

    Tout d’abord, il semble nécessaire de reprendre un point important ; les Vikings -ou plus notoirement, les Nordiques-, sont un peuple de marchands, guerriers et marins. Ils sont loin de l’image de brute décérébrée que leur allouent certains ouvrages et la plupart des contes oraux d’Europe Centrale. Toutefois, leur réputation de pillards sans foi ni loi est on ne peut plus justifiée ; provenant des steppes glacées de Norvège, de Suède et du Danemark, ce peuple n’avait d’autre moyen d’agrandir son royaume et d’assurer sa pérennité qu’en pillant les régions plus généreusement gratifiées.

    C’est donc là que commence la légende de ces guerriers gigantesques, aux talents reconnus de marins émérites ; mais qu’est-ce qui peut bien pousser nos chères petites têtes blondes à s’intéresser -encore et toujours- à ce peuple ? Ne semble-t-il pas y avoir un attrait quelque peu malsain envers ces êtres impitoyables ? Où s’arrête l’imaginaire collectif, et où commence la réalité ?

    Analyse comparative

    Toujours est-il que pour l’occasion, nous articulerons notre travail autour de trois ouvrages, tous tirés d’un format bien à part.

    (JPG)
    © Le Lombard, 1977

    Une bande dessinée, avec le très célèbre Thorgal Aegirsson, héros éponyme de la série qui fait rêver petits et grands depuis des dizaines d’années maintenant, sous la plume de Jean Van Hamme et la palette de Grzegorz Rosinski.

    ROSINSKI Grzegorz, VAN HAMME Jean. Thorgal. Paris : Le Lombard, 1977. ISBN 2803603586

    © Gallimard Jeunesse, 2006 (JPG) Nous aborderons également cette thématique avec un roman, Prisonnier des vikings de Nancy Farmer, qui dépeint la vie de Jack, enfant saxon kidnappé lors d’un raid Viking, et qui vivra en leur compagnie pendant presque une année, devenant le barde attitré de l’une des bandes qui écument les mers.

    FARMER, Nancy. Prisonnier des Vikings. Paris : Gallimard Jeunesse, 2006. ISBN 2070511421

    © Gallimard Jeunesse, 1994 (JPG)

    Enfin, un documentaire intitulé Pleins feux sur les vikings, réalisé par Anita Ganeri et Christine Leplae Couwez, et qui nous dévoile la culture scandinave sous des jours multiples.

    GANERI Anita, LEPLAE COUWEZ, Christine. Pleins feux sur les vikings. Paris : Gallimard Jeunesse, 1994. ISBN 271301591X

    Ce travail s’organisera autour d’une problématique concise :

    Quelle image perçoit-on de la culture Viking au travers de ces trois oeuvres ?

    Il conviendra donc de repérer les points communs et différenciations visibles au sein de chacun de ces ouvrages, et de commenter l’image qu’ils véhiculent de la culture Nordique. Une image qui me semble en ce sens assez fidèle, d’autant que ces livres se complètent et permettent d’acquérir une image plus « objective » des us et coutumes des Vikings. Mais n’en dévoilons pas plus pour le moment ; tout reste à découvrir, quant il s’agit de ces farouches guerriers...

    De tous temps, les Vikings furent perçus comme des guerriers accomplis, cruels et sanguinaires. Ils eurent pour réputation de violer la veuve et de tuer l’orphelin, ne laissant sur leur passage que mort et destruction. Là où l’herbe poussait et la vie prospérait, ne restait plus que cendre et sang après l’un de ces raids. Dans l’imaginaire collectif, les Vikings étaient perçus comme un peuple de barbares ignares et agressifs, ne trouvant la joie que dans la mort d’autrui.

    Mais qu’en est-il dans les ouvrages qui nous intéressent ?

    Dans Thorgal, le héros est un jeune skalde ; terme désignant, chez les Nordiques, l’équivalent du druide chez les Celtes. Doté de pouvoirs liés à la terre et aux éléments naturels, le skalde chante les louanges des guerriers et écrit des poèmes. Il n’en reste par moins un féroce combattant, tout comme nous le démontre Thorgal : grand brun solidement bâti, ce héros typique fait, dès les premières pages, le serment de tuer l’un de ses pires ennemis : Gandalf le Fou, père de sa bien-aimée Aaricia. Et c’est tout au long des 48 pages qui composent l’album que Thorgal nous démontrera qu’il est un guerrier acharné et apte aux tâches les plus rudes ; d’âpres combats parsèmeront son chemin, mais il devra tout aussi bien produire de grands efforts de volonté afin de résister aux éléments, tout comme il devra faire preuve de réactivé face à des situations de plus en plus délicates. Et c’est bien ici une image fidèle du guerrier Viking ; rendu robuste par le climat inhospitalier de sa contrée, c’est un combattant complet et très instinctif, à défaut d’être des plus savants. Il a sur ce point l’avantage sur tous les autres soldats de métier qui lui sont contemporains ; bien armé, bien protégé grâce à une armure de cuir solide, il domine l’Europe, comme nous l’apprend le documentaire Pleins feux sur les vikings.

    Nous sommes toutefois constamment rappelés à l’ordre, même dans cet ouvrage documentaire : ni les femmes, ni les enfants ne bénéficiaient d’une quelconque clémence de l’envahisseur viking. Contrairement aux ordres combattants, ils ne suivaient aucun code moral vis-à-vis de leurs raids, et se laissaient aller à la torture et au viol. Lorsque l’ennemi était fait captif et qu’il était encore potentiellement utile, il était ramené sur les terres d’origines des pillards afin de servir d’esclave ou d’être revendu en tant que tel. Un autre détail à ne pas négliger était la férocité de ces guerriers, et notamment, de certains d’entre eux : appelés berserk(er)s (en anglais, « fou furieux »), qui étaient d’une rarissime violence. Ces véritables machines à tuer ont plusieurs origines et explications : probablement drogués afin de perdre le contrôle d’eux-mêmes dans Pleins feux sur les Vikings, ou caractère héréditaire dans Prisonnier des vikings. En effet, dans celui-ci, l’un des antihéros n’est autre qu’Olaf-n’a-qu’un-sourcil, gigantesque chef de guerre, et berserker de la reine. Afin de se laisser à une telle explosion de brutalité, il fallait concilier cet état d’esprit qui animait certains des guerriers à l’orée de la bataille, allié à une potion appelée « breuvage des loups », en rapport avec la témérité de ces féroces animaux. Une fois ingérée, cette potion renvoyait le guerrier à un stade bestial où il ne distingue plus que difficilement allié et ennemi ; son unique désir réside en l’accomplissement de son besoin de tuer. C’est très certainement l’acte qui a amplifié les rumeurs concernant les Vikings, notamment en ce qui concerne leur caractère brutal et sauvage : ce qui leur permit de proliférer durant plusieurs siècles, en pillant les côtes d’Europe Centrale.

    Bien qu’avant tout renommés pour leurs qualités de guerrier, les vikings n’en demeuraient pas moins très en avance sur de nombreux plans (en comparaison de leurs homologues occidentaux). Tout d’abord, il faut rappeler qu’au fait de leur situation géographique, ils n’avaient d’autre choix que de piller les côtes voisines afin d’en quérir les ressources naturelles. Ils avaient donc, pour cela, réalisé des navires particulièrement adaptés à leurs besoins. Dans Prisonnier des vikings, Olaf en donne une description poussée au chétif Jack : « C’est un knorr, expliqua celui-ci. On lui a donné ce nom car la coque en bois ne cesse de grincer quand il est en mer - « knorr, knorr, knorr ». [...] Et là, ajouta-t-il, c’est un tolfaeringr, une embarcation à douze rames. » Ici sont alors détaillés les différents navires vikings : le tolfaeringr, bateau de pêche ; le karfi (navire d’Olaf), prévu pour les raids et capable d’être hissé sur une plage après avoir remonté le cours d’une rivière ; enfin, le très célèbre Drakkar, aussi appelé « bateau-dragon », navire de guerre aux innombrables rames. De l’image perçue aujourd’hui de cette culture marine, seul le Drakkar est resté ; et il est ici détaillé en profondeur dans Pleins feux sur les vikings : avec un rapide historique de son évolution, sa structure schématisée, et le pourquoi des figures de proue inquiétantes de ces navires : il en est d’autant plus effrayant dans Thorgal, puisque le « Drakkar de Glace » appartient à Slive la Magicienne.

    N’oublions toutefois pas que ces navires permettaient également d’explorer de nouveaux continents ; ainsi, Olaf parle des royaumes seuls connus des Nordiques, car personne d’autre n’osa s’aventurer aussi loin au Nord. Dans la réalité, comme le souligne notre ouvrage documentaire, les Vikings ont exploré une bonne partie de l’Europe et de l’outre mer, installant des colonies aussi bien dans les îles Féroé, qu’en Russie, en Normandie ou en Sicile. De même, ils découvrirent ce qu’ils appelèrent « Vinland » : c’est à dire l’Amérique du Nord et, plus précisément, le Canada. Ils allèrent même jusqu’à réalisé quelque commerce avec des contrées aussi éloignées que la Chine, de par leur astuce naturelle ; leurs embarcations avaient été créées pour pouvoir être portées au sol, en les soulevant simplement. Ainsi, lorsque les Nordiques rencontraient un obstacle de terre, portaient-ils simplement leur bateau. De même, leurs aptitudes de marins leur a permis de réaliser de très longs trajets, tel que celui d’Erik le Rouge, qui parcouru près de 320km en allant d’Islande au Groenland.

    Toutefois, si leur caractère d’explorateurs est reconnu, les Nordiques étaient également rentrés en contact avec d’autres peuplades afin de s’adonner au commerce. Un commerce divers et varié ; bien entendu, échange de provisions : fourrure, ivoire et produits de la ferme contre de la soie, de la monnaie et des armes. L’une des ressources les plus recherchées étant le sel, produit qui provoque la joie des guerriers d’Olaf dans Prisonnier des vikings, puisque les Nordiques étaient incapables d’en récupérer par eux-même, dans leurs inhospitalières régions. Mais ce n’est pas tout ; le commerce et le « troc » intra muros étaient également fort répandus ; notamment celui des bijoux (bagues, broches, bracelets en argent), échangés contre des pièces d’or et d’argent, qui étaient alors pesées sur de petites balances.

    Le dernier point très intéressant à aborder dans notre sélection d’oeuvres est la thématique religieuse ; où comment le panthéon nordique, ses rites et pratiques sont représentés aux travers des livres que nous tenons entre nos mains. Dans pleins feux sur les vikings, une double page est consacrée aux Dieux ; très rapide, elle aborde quelques unes des principales personnalités de la mythologie Scandinave (Loki, Thor, Odin). Elle parle du Walhalla, du Ragnarök et d’Asgard, domaine des Dieux. Le reproche que l’on pourrait y faire est que, pour un ouvrage documentaire, il manque ici bien des choses et le sujet eu mérité davantage d’égards ; trop de Dieux sont oubliés, la distinction entre Ases et Vanes n’est même pas signalée et, de même, les différents paradis auxquels ont accès les Nordiques une fois décédés ne sont pas précisés (Aegir, le paradis des hommes morts en mer, de même que l’Enfer, sont littéralement passés sous silence). Heureusement, l’erreur est réparée dans Prisonnier des Vikings, qui, par le biais d’Olaf, nous dévoile toutes les subtilités de cette religion polythéiste aux multiples facettes. La chose se fait progressivement, étalée sur les quelques 400 pages du livre, ce qui nous permet de digérer les choses ; en effet, il n’y a ici point d’énumération laborieuse des divinités et de leur rôle ; tout est édicté en fonction des événements qui se déroulent et de l’action. Enfin, la place des Dieux dans Thorgal est somme toute différemment traitée ; ils sont placés comme une valeur « acquise » du lecteur, et on y trouve donc de nombreuses références (comme dans Prisonnier des Vikings, d’ailleurs) : suppliques et prières à l’adresse d’Odin, imprécations lancées aux divers Dieux et présentation de soi sans cesse rattachée aux aieuls. A ce titre, on retrouve dans Thorgal et dans Prisonnier des vikings, de très nombreuses créatures rattachées à la mythologie Scandinave : trolls, nains et dragons sont quelques unes de ces fabuleuses entités.

    En effet, outre la religion Nordique, bien d’autres points des us et coutumes vikings sont abordés dans ces ouvrages ; on y parle de la relation entre Jarls (Nobles), Karls (Hommes Libres) et Thralls (Esclaves). Dans notre ouvrage documentaire, la condition de la femme est également abordée, en ce fait particulier qu’elle était particulièrement « libre » comparée à celles d’Europe Centrale. Reste toutefois leur obligation vis-à-vis de leur mari, dont le devoir de mourir si celui-ci est tombé au combat (ce qui scandalisera Jack, dans Prisonnier des vikings). Tuée par « l’ange de la mort », (il s’agissait à la vérité d’une vieille femme), elle était placée au côté de son mari et de ses possessions les plus importantes (animaux et armes, majoritairement) dans un bateau. Celui-ci finissait brûlé ; ainsi, l’esprit du guerrier se voyait octroyé le droit d’entrer au Walhalla, paradis des guerriers. Toutefois, il faut garder à l’esprit que cela n’était réservé qu’aux meneurs et importants personnages de la société vikings ; les autres étaient plus simplement enterrés avec des provisions et leurs effets personnels, dont les armes.

    On trouve également dans Thorgal un grand banquet, symbole des festivités qui émaillaient la vie de ce peuple ; notamment lors du retour triomphant de quelque grand chef, ayant ramené moult trésors et s’étant couvert de gloire au combat. Souvent, le Skalde présentait alors ses poèmes en vers au Roi, puisqu’il était également « troubadour », en plus de ses aptitudes de druide.

    Conclusion

    Comme nous avons pu le constater tout au long de notre analyse, les trois ouvrages de notre corpus sont semblables en de nombreux points ; les vikings y sont tous de grands et formidables guerriers, rivalisant de courage certes, mais également de sauvagerie à l’état brut. Mais ce n’est pas tout, puisque l’on peut repérer plusieurs autres points communs, que nous allons ici détailler.

    Toutefois, il semble important d’assister au préalable sur le fait que chacun de ces livres a ses coins d’ombres, et on ne retrouve par exemple dans Thorgal que peu de la vie sociale des scandinaves ; néanmoins la chose s’explique aisément par le format, et il faudrait tenir compte de l’intégralité de la saga pour pouvoir réellement juger de l’image du viking qui y transparait. Dans ce premier tome, on se contente de faire la découverte du héros et de celle qu’il aime, ainsi que de plusieurs des personnages secondaires qui marqueront la série. On y assiste également à bon nombre de combats, révélant la principale activité de tout guerrier digne de ce nom : mais c’est également la caractéristique qui les marque le plus dans Prisonnier des Vikings. Ils y sont ici décrits plus en profondeur, mais leurs coutumes barbares et leur attitude rustre sont toujours fortement critiquées par le héros. Il découvre néanmoins que sous le visage cruel des Nordiques se distinguent bien des qualités, auquel nombre le courage, la loyauté et une volonté implacable. Le compte rendu le plus fidèle y est sans doute donné par Pleins feux sur les Vikings, ce qui semble logique puisqu’il s’agit d’un ouvrage documentaire. On les découvre alors sous différents jours : guerriers bien entendu, mais également marchands ou explorateurs.

    Malgré les quelques différences notables entre chaque oeuvre, il reste toutefois important de bien voir quelles sont les principales caractéristiques que l’on retrouve à coup sûr. Bien sûr, leur qualité de guerrier est plus d’une fois mis en valeur ; mais il s’agissait également d’un grand peuple de voyageurs, toujours prêts au voyage et précurseur en bien des domaines à ce niveau (constructions navales, orientation en mer). Il s’agissait également de grands commerçants, qui allèrent jusqu’à traiter avec les Chinois et établirent des colonies en Russie. Enfin, il s’agissait avant tout d’hommes rendus résistants par leur milieu de vie particulièrement difficile et qui, s’ils s’abaissaient aux pires bassesses envers leurs ennemis, étaient particulièrement bons et honorables avec les leurs. Leurs traditions font l’objet de forts rejets de la plupart des occidentaux en ce fait qu’ils avaient leur propre éthique, leurs propres traditions, parfois difficilement compréhensibles pour nous (on ne compte d’ailleurs plus le nombre de fois où Jack déclare ne « jamais pouvoir comprendre les Nordiques »). En somme, des hommes comme tout un chacun, avec leurs forces et leurs faiblesses, mais une indéniable force de caractère qui en fait, aujourd’hui encore, une fascinante source d’histoires qui émerveillera aussi bien les plus jeunes que les anciennes générations.

    Kevin Beugin, DEUST 2 Métiers des Bibliothèques et de la Documentation, avril 2009.

    Post-scriptum

    POUR ALLER PLUS LOIN...

    Le site officiel de Thorgal

    Grzegorz Rosinski, dessinateur de Thorgal sur Bédéthèque

    Jean Van Hamme, scénariste de Thorgal sur Bédéthèque

    Prisonnier des Vikings sur le site de Nancy Farmer