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La COLERE dans les ouvrages de jeunesse (mini thèse)

 
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    Petit rappel historique

    Ce n’est qu’après les années 70 que dans la littérature jeunesse on prend les enfants aux sérieux et que l’on se préoccupe de se qu’ils vivent et comment ils le vivent dans ce monde.

    On remarque alors une émancipation des images, ce que l’on observera pour les livres étudiés ici.

    A partir des années 80, les récits d’apprentissage apparaissent en grand nombre. Ceux-ci traitent du quotidien de l’enfant et ont une visée éducative et pédagogique marquée par l’apparition de la psychologie apparu au même moment.

    On note cette tendance d’autant plus présente aujourd’hui avec l’acquis en général que les enfants sont des êtres capables de penser et de se questionner.

    Quelques ouvrages...

    Grosse colère

    (JPG)

    C’est une journée où tout va de travers pour Robert. En plus de ça, son père le réprimande à peine rentré à la maison et il n’a même pas droit à son repas préféré. C’en est trop ! Toute sa colère remonte à la surface et se déverse sur tous les objets qui se trouvent sur son passage, jusqu’à ce qu’il arrive devant son coffre à jouets préférés...

    D’ALLANCE, Mireille. Grosse colère. Paris : Ecole des Loisirs, 2000. (Lutin poche). 30 p. : ill. en coul. ; 19x15 cm. ISBN 2-2110-6177-3 5 € 23 A partir de 3 ans.

    La colère d’Aubépin

    (JPG)

    Dans les sous-bois tout semble harmonieux. Aubépin et ses amis profitent de cette belle journée pour danser et s’amuser jusqu’à ce qu’ils tombent d’épuisement, heureux. Soudain Aubépin réalise que sa couronne de fleurs a disparut. Mécontent et persuadé d’une traîtrise il se retourne sur ses amis qui subissent un à un les fruits de sa colère jusqu’à ce que ceux-ci décident de réagir à leurs façons.

    LACHNER, Dorothea. La colère d’Aubépin. Maja Dusikova, ill. ; Michelle Nikly, trad. Gossau Zurich : Ed. Nord-Sud, 1997. [26]p. : ill. en coul. ; 29 x 22 cm. ISBN 3 314 2107 1 A partir de 3 ans.

    Les colères

    (GIF)

    Cet ouvrage présente les situations typiques des colères chez l’enfant. Au moyen d’un langage adapté ainsi qu’une illustration complète de la complexité des sentiments qu’éprouvent l’enfant et son entourage, Docteur C. Dolto tente d’apporter un soutien aux parents sur leurs interrogations quant au comportement de leurs enfants et propose à ceux-ci une aide pour maîtriser d’eux-mêmes ce sentiment. C. Dolto apporte à travers cette collection une profondeur psychologique dans le récit à tendance éducatif et pédagogique en réussissant à mettre des mots sur les maux.

    DOLTO-TOLICH, Catherine. Les colères. BOUCHER, Joëlle ; FAURE-POIREE, Colline, anim. Paris : Gallimard-Jeunesse, 2002. (Mine de rien. 22 p. : ill. en coul. ; 177x165 cm. 2-0705-7574-8 6 € A partir de 3 ans.

    La lumière de Bouchka

    (GIF)

    Bouchka ne supporte plus les absences de son père. Sa mère, elle, ne supporte plus ses plaintes et la renvoie dans sa chambre. Bouchka décide alors de partir, loin de cette maison remplie de frustration. Elle marche alors seule, désorientée par la noirceur de ses sentiments et de la nuit dans laquelle elle entrevoit finalement une lumière pleine d’espoir.

    HAUSFATER, Rachel, WYART, Rémi. La lumière de Bouchka. Paris : Ed. Sarbacane, 2006. [29] p. : ill. en coul. ; 31cm x 23,5cm. 2-84865-128-8 14 € 90 A partir de 3 ans, accompagné par un adulte.

    Exploitation de la psychologie des personnages par l’emploi des animaux...

    Le plus ancien des livres présentés sont Les colères du Dr Dolto qui date de 1989.

    Françoise Dolto, mère de l’auteure et psychanalyste réputée s’est fait connaître du grand public notamment grâce à l’émission radiophonique « Lorsque l’enfant paraît », diffusée sur France Inter en 1976. Sa fille, Catherine Dolto-Tolitch, pédiatre et psychothérapeute collabore ensuite pour Gallimard jeunesse à la création de la collection « Mine de rien », dédiée à une approche psychologique des sentiments et situations du quotidien de l’enfant. Cette collection est diffusée également en DVD. L’ouvrage Les colères est représentatif de l’arrivée de la psychologie dans les albums jeunesses à partir des années 80.

    De nombreux thèmes présents dans ce livre sur la colère se retrouvent dans les albums similaires dont celui de l’image des animaux.

    Tout d’abord cette image est illustrée dans l’album Les colères avec le personnage du gorille qui représente l’état colérique de l’enfant.

    Le gorille dont les termes le qualifiant pourraient être : encombrant, sauvage ou force semble adapté au portrait que l’on se fait de la colère de l’enfant. La phrase « J’ai mon gorille » qui comporte le verbe avoir et non le verbe être montre l’intérêt de la différenciation entre l’enfant et la colère de manière à ce qu’il puisse la maîtriser plus facilement. On dit l’essentiel avec des mots adaptés pour l’enfant « On sent des choses très fortes dans son cœur », on se met dans la peau de l’enfant en exprimant par écrit ce qu’il ressent et en le dessinant d’une manière similaire à comment il se sent « Ma maman me dit que j’ai mon gorille et c’est vrai que je me sens fort et fâché comme un gorille en colère ».

    Le dessin illustre donc les propos et propose en plus du texte une représentation imagée fournissant des éléments de connaissances supplémentaires qui permet une double compréhension.

    L’image du gorille, pouvant être défini comme un ours en peluche au caractère sauvage, conserve donc son trait attirant pour l’enfant.

    En effet le verbe employé « détacher » semble adéquat étant donné le dessin où l’enfant et le gorille sont enlacés et apparaissent très complices et où le texte dit qu’il est là très difficile de laisser partir sa colère. L’auteur préconise donc de la mettre de côté quitte à la chasser plutôt que de la laisser s’installer et établir un lien avec elle.

    On note de plus plusieurs fois le mot « vite » pour indiquer l’urgence de la réaction face à cette montée de colère. D’où le lien avec le coté sauvage et imprévisible du gorille.

    L’auteur avertit donc l’enfant du caractère qui est qualifié ici comme bestial qui nous habiteraient tous et qu’il faudrait maîtriser au plus tôt. Il est d’ailleurs dit dès le début que la raison pour laquelle il ne faut pas laisser cette colère se fixer est qu’elle n’est pas « agréable à vivre » et qu’elle « fait mal ». A ce propos on remarque de plus dans le dessin la couleur grise « dépressive » du gorille, en opposition avec les couleurs jaune et rouge du petit garçon, signes de vivacité. En effet le petit garçon n’est pas le seul que l’on montre avec son animal : sa sœur et un de ses camarades sont accompagnés eux aussi de leurs animaux.

    Mais aussi il est précisé que la colère peut se présenter sous différentes formes. En effet la colère de la petite sœur est représentée par une « lionne furieuse » ce qui montre la complexité du sentiment de la colère et fournit donc aux parents une information supplémentaire pour mieux comprendre leurs enfants.

    Dans Grosse colère, le personnage qui représente l’état colérique de l’enfant ressemble très fort à un gorille et est également séparé de l’enfant. La stratégie de maîtrise de la colère est aussi de mettre au coin le gorille «  disparaît gros nul » et de le mettre en boite, d’ailleurs littéralement dessiné dans ce livre. Le caractère imprévisible et sauvage est là représenté par le gorille obéissant à l’enfant en colère qui lui dit de faire tout ce qu’il veut jusqu’à ce qu’il le regrette lorsque le gorille s’en prendra à ses jouets. Il est donc là question davantage de l’enfant incapable de se contrôler et agissant malgré lui : « Tu entends ? Arrête » dit l’enfant au gorille jusqu’à, finalement, en se reprenant en main et en réparant les choses détruites à cause de sa colère, il arrive à prendre du recul et à descendre rejoindre ses parents demandant innocemment s’il y’a du dessert.

    Dans les albums La colère d’Aubépin et La lumière de Bouchka l’image de l’animal représentatif de la colère est seulement évoquée.

    En effet l’univers d’Aubépin est en pleine nature, dans les sous-bois ce qui fait allusion au caractère sauvage et dans La lumière de Bouchka lors de sa fuite le texte emploit plusieurs fois le champ lexical de l’animal : « petite bête, gratter le sol, geint-elle ». Ceci montrant plutôt un sentiment d’impuissance face à ces sentiments mélangés et à la situation qu’elle subit malgré elle. En effet, dans le dessin, la couleur prépondérante est le marron. Celle-ci, pourtant caractérisée par le confort et le côté maternel, augmente au fur et à mesure de la lecture le sentiment d’étouffement et d’emprisonnement ressenti d’ailleurs par Bouchka.

    ... et pour aider à grandir

    Dans La lumière de Bouchka le thème utérin se remarque fortement.

    Tout d’abord dans le déroulement de l’histoire la mère prend une place importante puisque c’est elle qui la fait fuir et qui à la fin lui montre le chemin de la maison. Au niveau du dessin elle n’est montrée qu’à la fin parce que sa seule présence est définie tout d’abord par sa voix lorsqu’elle parle en « méchante » ou lorsque Bouchka l’entend crier au loin. Ensuite sa présence est dévoilée par sa main dans le dessin qui est proportionnellement exagérée, ce qui montre sa puissance face à Bouchka. Cette dernière est d’ailleurs représentée avec une larme plus grosse que son œil ce qui démontre le style symbolique du dessin et renforce le caractère éducatif mélangé à une profondeur imaginaire propre à la confusion vécu dans le sentiment de la colère.

    En effet comme vu précédemment on fait entrer le dessin des albums jeunesse dans le processus d’apprentissage de l’enfant car on estime l’enfant capable de comprendre le double discours en jouant par exemple avec les mots ou avec le symbolisme dans les images. Ce que l’on verra avec cet album qui donne priorité à l’image jusqu’à intégrer le graphisme du récit dans l’image, ceci dans un style dadaïste.

    Bouchka dans sa crise de colère se referme de plus en plus sur elle-même, dessinée tel un fœtus dans le ventre de sa mère. C’est d’ailleurs là que sa mère intervient pour lui dire de se taire et d’aller dans sa chambre. La réaction de la mère disputant sa fille qui pleure l’absence de son père appuie ce sentiment d’abandon. Ensuite la nuit semble l’enlacer tout en donnant l’impression de l’étouffer.

    Elle est ensuite représentée à travers ses bras écartant le ciel afin de laisser entrer la lumière cette image rassemblant fortement à l’accouchement. Ainsi après cette renaissance elle retrouve le chemin de sa maison indiquée d’ailleurs par sa mère.

    Il est aussi probable que la fuite de Bouchka ne soit en fait qu’une expression symbolique. Les étapes qu’elle dit vivre hors de sa maison pourraient ne provenir que d’elle-même et elle se trouverait de ce fait encore dans sa maison. Cette théorie se fondant sur le fait que dans le dessin, Bouchka qui se dit être dehors est en fait dans la même pièce de sa maison. Ce qui se remarque graphiquement avec les coins des murs qui ont la même couleur que la pièce de la maison et aussi le thème classique du loup symbolisant entre autre la peur de l’inconnu est également présent avec les ombres des loups se projetant sur les murs et le sol, vraisemblablement la projection de ses pensées sombres.

    Dans un cadre autre que familial comme dans La colère d’Aubépin, il est question de ses amis qui décident de réagir pour lui faire réaliser son comportement injuste et lui faire admettre le mal qu’il déverse autours de lui. On voit d’ailleurs dans le dessin que chacun opère à sa façon, ce qui montre à nouveau la diversité des comportements sous l’émotion de la colère. Les dessins sont d’ailleurs beaucoup plus fantaisistes et colorés que les dessins lors de La colère d’Aubépin dont les propos sont mêlés de sentiments de jalousie et de peur. Ceci s’ajoute au fait que la réaction de ses amis est nettement plus maîtrisée et moins confuse que celle d’Aubépin. Le dialogue graphique illustre alors fortement les humeurs des personnages avec la couleur rouge qui est fort présente dans le dessin lors de la réaction de défense notamment de ses amis se mettant à leur tour très en colère, puis lorsque le calme revient, la couleur dominante redevient d’ailleurs le bleu, couleur nettement plus paisible.

    Ce sont donc là ses amis qui se chargent de lui faire reconnaître ses tords. Et finalement après un grand dîner, cet épisode semble balayé pour revenir sur des sentiments sincères d’amitié.

    Ensuite, on remarque que dans ces quatre albums, les enfants vivent seuls leur colère jusqu’à comprendre comment il est possible de la gérer pour enfin retrouver leurs parents et continuer à vivre leur quotidien. Dans l’album La colère d’Aubépin cette période de solitude est vécue lorsque celui-ci se réfugie dans sa cabane et qu’il réalise enfin sa méprise. Il rejoint alors ses amis et à la fin ils partagent ensemble un grand dîner ce qui marque également une dédramatisation qui permet de comprendre ces leçons de vie et de continuer son chemin sans faire rentrer l’enfant dans une culpabilité inutile.

    Cette solitude semble nécessaire pour l’apprentissage de l’enfant. Elle peut être mal vécue comme dans La lumière de Bouchka où celle-ci traverse plusieurs phases de ses sentiments jusqu’à ouvrir son cœur lorsqu’elle se met à se moquer de sa propre condition et à se rappeler son besoin de retrouver sa maison, c’est à dire peut-être de retrouver en fait le contrôle sur elle-même. Ou encore d’une autre façon par Robert dans Grosse colère qui se sent rejeté et incompris et qui se reprend malgré tout après avoir été convié par son père à ne descendre de sa chambre qu’après s’être calmé.

    On note donc une présence des parents mais ceux-ci laissent l’enfant libre de se maîtriser de lui-même tout en lui instaurant un cadre de conduite.

    La lecture de ces livres permet de mettre en mots les situations de conflits intérieurs qui existent entre l’enfant, ses parents et ses proches de manière à communiquer avec un langage commun qui comprend des images et des mots pour une assimilation plus complète. La maîtrise de soi au quotidien forge notre façon d’appréhender le monde, ainsi en apprenant dès notre enfance comment surmonter nos problèmes. Les parents de cette manière peuvent apporter une aide à l’enfant tout en respectant son intimité puisque le livre sert d’intermédiaire entre eux.

    Quelques sites à visiter

    Pour voir une critique de l’album Grosse colère :

    http://jeunesse.lille3.free.fr/article.php3 ?id_article=300&var_recherche=col%E8re

    Prix chronos pour l’auteur illustrateur de La colère d’Aubépin :

    http://www.prix-chronos.org/auteurs/dusikova.htm

    Dr Catherine Dolto dans la collection Mine de rien :

    http://www.ricochet-jeunes.org/arcparucoll2.asp ?coll=Mine+de+rien

    Catherine Dolto est annoncée au salon du livre 2009 pour son dernier album Jaloux pas jaloux

    L’auteure de La lumière de Bouchka est annoncée au salon du livre d’Agen 2009 :

    http://www.salondulivreagen.fr/spip.php ?article138

    Entretien de Catherine Dolto-Tolitch très intéressant sur la créativité des enfants et qui propose plusieurs activités pour les initier à l’art selon leurs âges :

    http://www.psychologies.com/cfml/dossier/c_dossier.cfm ?id=337

    Caroline Pin DEUST 2 Métier des bibliothèques et de la documentation, mars 2009.