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Les ABUS SEXUELS dans la littérature jeunesse (mini thèse)

 
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    Parler de sexualité aux enfants est difficile, encore plus quand il s’agit de pédophilie et d’abus sexuels. Voici une sélection d’ouvrages qui permettent d’aborder de manière simple, un sujet délicat.

    Ma sélection d’ouvrages

    Un album destiné aux enfants de 3 à 7 ans

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    DOLTO-TOLITCH, Catherine. FAURE-POIREE, Colline, MANSOT Frédérick ill. Respecte mon corps. [Paris] : Gallimard jeunesse, 2006. 26 p. ill. en coul, couv. ill. en coul. 18 x 17 cm. (Mine de rien ; 31) ISBN 2-07-057575-6 Cartonné 6,00 EUR

    Notre corps nous appartient. Parfois, certains adultes ne le respectent pas et il faut aussitôt en parler à une grande personne en qui on a confiance. Personne n’a le droit de nous toucher si nous ne le voulons pas, mais les câlins des grandes personnes qui nous aiment et nous respectent font toujours du bien.

    Un premier documentaire pour les enfants de 6 ans et plus

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    BOTTE, Marie-France. LEMAITRE, Pascale. MALILO Pascale ill. Qui s’y frotte s’y pique ! : ou comment Mimi a appris à dire non. Paris : Editions de l’Archipel, 1997. 34p. ill. en coul, couv. ill. en coul. 16 x 13 cm. ISBN : 2-84187-091-X : 39 F.

    Mimi fleur de cactus est une petite fille comme les autres mais elle n’aime pas qu’on la force ou qu’on l’embête ; elle a compris que la loi du plus fort n’est pas toujours la meilleure. Ce n’est pas toujours facile, mais parfois il pouvoir dire non même aux grandes personnes. Ce petit livre a pour but d’apprendre aux enfants à dire non aux abus quels qu’ils soient.

    Un roman à partir de 11 ans

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    LENAIN, Thierry. La fille du canal. Paris : Syros, 1994. 85p. couv. ill en coul. 12 x 21 cm. (Les uns les autres). ISBN : 2-86738-956-9 : 39 F.

    Sarah n’est plus la même depuis quelques semaines. Elle ne communique plus, mange peu et s’obstine à se rendre aux cours de dessin qu’elle aimait tant. L’institutrice est la seule à percevoir le mal-être de la petite fille et soupçonne un terrible secret. Secret qui fera ressurgir chez l’institutrice des souvenirs enfouis il y a 20 ans.

    L’évocation des abus sexuels

    L’’évocation des abus sexuels est plus ou moins explicite dans les différents ouvrages étudiés. Respecte mon corps est un album qui permet de sensibiliser les plus petits au thème de la pédophilie. Cet album explique que notre corps nous appartient et que certaines parties sont intimes. « Personne n’a le droit de nous toucher si nous ne le voulons pas ». Pour aborder cette question, Dolto utilise des mots très clairs comme « sexe » ; « caresses interdites » ; « partie très intime » et « plaisir ». Elle explique que même certaines caresses entre frères et sœurs sont interdites et que certains adultes que l’enfant connaît bien peuvent faire des caresses interdites. De plus, Dolto évoque un fait très rarement mentionné : ces caresses peuvent être agréables pour l’enfant. (« C’est un endroit où on peut ressentir du plaisir »). L’ouvrage rappelle que la loi interdit qu’un adulte touche le sexe d’un enfant ou lui demande de toucher le sien (Convention internationale des droits de l’enfant Article 19). Les pédophiles sont décrits comme des personnes malades.

    Dans Qui s’y frotte s’y pique ou comment Mimi a appris à dire non, le thème sensible des abus sexuels est abordé de manière humoristique et ludique. L’ouvrage est coloré ; les illustrations sont très gaies ; le texte se présente sous forme manuscrite et laisse penser que c’est la narratrice (Mimi) qui a écrit. Mimi s’adresse directement au lecteur et lui parle comme s’il était son ami, cela permet une identification de l’enfant.

    Les abus sexuels sont évoqués sous forme de petites anecdotes que Mimi raconte à l’enfant : Dans les vestiaires de la piscine, un homme lui demande de venir dans sa cabine ; Mimi rencontre un monsieur dans le parc qui la prend par l’épaule et lui caresse les cheveux ; la meilleure amie de Mimi se sent en prison dans les mains de Jean, un ami de la famille ; une dame invite Mimi et Ali à venir manger du gâteau au chocolat chez elle ; Monsieur François demande à Tom de se déshabiller et lui promet un beau cadeau si il garde le secret. Cet ouvrage fait comprendre aux enfants que des inconnus mais également des amis de la famille peuvent aller « trop loin ».

    Même si certains mots « déshabillé », « caresse » sont utilisés, le texte et les situations évoquées ne sont parfois pas assez explicites et pourraient peut-être prêter à confusion pour l’enfant. (Être serré très fort par un adulte pourrait être interprété par l’enfant comme quelque chose de mal). On peut lire : « Il a peut-être de drôles de choses en tête... », mais cette phrase ne me semble pas assez claire pour un enfant. Les mots « sexe » ou encore « zizi » ne sont pas utilisés.

    Dans La fille du canal, l’évocation des abus sexuels est plus suggestive que dans les précédents ouvrages. Le mal- être de Sarah se traduit par le fait qu’elle ne mange que très peu, elle semble triste, ses résultats scolaires baissent elle reste enfermée chez elle, et « manque d’entrain ». De plus elle rechigne à se rendre à se rendre à son atelier de dessin alors que c’est elle qui avait insisté pour y être inscrite. La petite fille s’identifie à sa poupée, elle maltraite cette dernière, lui fait subir ce qu’elle subit. En fait, elle extériorise sa souffrance sur la poupée : « Sarah saisit brusquement son effigie. Elle la déshabille et l’allonge. (...) Sarah sort un briquet d’un tiroir. (...) Elle l’approche sans hésitation du ventre de la poupée(...) Sarah appuie l’extrémité de son doigt sur la blessure. (...) -Il ne faut rien dire... ». Elle s’adresse à sa poupée et lui dit : « Je vais lui dire (...). Il ne te fera plus de mal. »

    Quand Sarah se coupe les cheveux à la brosse, comme pour effacer sa part de féminité, elle fait de même sur sa poupée.

    L’évocation des abus sexuels se fait aussi au travers des pensées de l’institutrice de Sarah qui a subi des abus dans son enfance « Je voudrais effacer cette épisode de mon enfance. », « Mon enfance était morte. J’étais maintenant celle que mon oncle avait enfermée là. » et au fait qu’elle identifie la petite fille qu’elle était il y a 20 ans, à Sarah. Elle croit retrouver chez Sarah les sentiments qu’elle-même ressent, mais elle se demande si elle ne mêle la petite fille à une douleur qui est la sienne : « Je veux croire Sarah victime d’une histoire identique à la mienne pour cette fois tout empêcher. », « Mais la petite fille en danger, ce n’était pas elle. C’était moi, il y à vingt ans, dans la maison près du canal. »

    L’auteur utilise la métaphore du canal pour évoquer les abus sexuels « Tout a gelé. L’eau du canal ne coule plus. » Quand l’institutrice demande à ses élèves de décrire un paysage hivernal, Sarah raconte le canal qui traverse la ville, « l’eau ne coule plus. Les enfants pleurent. La ville meurt ». L’institutrice est alarmée par le devoir de Sarah car cela lui rappelle son passé : « J’avais huit ans. Le canal avait aussi gelé cet hiver-là. (...) j’ai pensé que l’eau ne coulait plus par ma faute. J’ai pensé que mon sang allait cesser de circuler. » Le canal représente la souffrance de Sarah et de l’institutrice (« Je savais que le canal allait geler. Je savais que j’allais me souvenir. ») A la fin du livre, une fois que les parents et la police sont informés de ce que subit Sarah et que le professeur de dessin est arrêté, le canal n’est plus gelé : « Demain, l’eau du canal coulera. ».

    Même si on ne sait pas exactement ce que subit Sarah, certains passages sont plus explicites : « Il parle en déshabillant Sarah », « Elle ne s’est pas rendue compte que le professeur lui dénudait le torse. », « A chaque endroit de sa peau où les doigts nerveux se posent, l’enfant ressent une profonde brûlure. ».

    Les messages de prévention

    Les différents ouvrages incitent fortement les enfants à parler. En effet, dans Respecte mon corps on explique que même si les caresses sont agréables, il ne faut pas se laisser prendre au piège et il faut en parler. Il faut également se confier à une personne de confiance dès que l’on se sent en insécurité avec une personne. Même si l’adulte veut que ce soit un secret, il ne faut pas le garder pour soi et toujours en parler. Le livre met les enfants en garde contre les inconnus mais aussi les connaissances : ne pas accepter de cadeau ou de bonbon de la part d’un inconnu, ne pas monter dans la voiture de quelqu’un sans prévenir les parents même si on l’on connaît la personne.

    Qui s’y frotte s’y pique ou comment Mimi a appris à dire non a pour but d’apprendre aux enfants à dire non et ce, de manière amusante et ludique. A travers les aventures de Mimi fleur de cactus et son ami l’hérisson, ce documentaire apprend à l’enfant à reconnaître une situation présentant une menace potentielle et à sauvegarder son intégrité physique : ne pas suivre n’importe qui, se défendre contre les attaques, ne pas se promener seul, crier en cas de danger comment se comporter lorsqu’on est seul à la maison...

    Cet ouvrage insiste beaucoup sur la nécessité de parler et d’encourager les autres à parler en cas en problème. En effet, certains mots sont écrits en majuscules et de couleurs vives : NON, AU SECOURS, HURLER, S’EXPRIMER. Il faut savoir dire NON, même à des grandes personnes (« ne pas garder des mauvais secrets dans la tête »). On rappelle à l’enfant que « Mon corps, c’est mon corps ! » et que si ca le met mal à l’aise qu’on le touche, il doit le dire. L’adulte peut vouloir garder le secret des abus avec l’enfant, mais selon Mimi « il y a des secrets qu’on ne doit pas garder ».

    Il énumère les 3 questions que l’enfant doit se poser quand un adulte lui fait une proposition. (Ai-je envie d’accepter ? Ma famille, mes profs sauront-ils où je me trouve si j’accepte ? Si j’en ai besoin, quelqu’un pourra t’il m’aider ?). Il expose le « plan hérisson » : comment réagir quand le téléphone sonne ou que quelqu’un sonne à la porte et que l’enfant est seule à la maison ; et le parcours du hérisson : les endroits à éviter, choisir des lieux de refuge en cas de problème. Ce livre gai et amusant permet à l’enfant d’intégrer des comportements et des moyens de faire face aux dangers de manière ludique, comme si c’était un jeu. Bien que ce documentaire n’évoque pas les abus sexuels de manière très explicite, il tente de prévenir les enfants contre ce genre de problèmes mais aussi contre diverses situations pouvant mettre l’enfant en danger.

    L’ouvrage La fille du canal, montre que les coupables d’abus sexuels sur les enfants peuvent aussi être des personnes que l’enfant connaît bien, des membres de sa famille car l’institutrice a été agressée sexuellement par son oncle. Les agresseurs peuvent aussi être des responsables éducatifs, en effet Sarah est abusée par son professeur de dessin.

    Sarah maltraite sa poupée et lui dit « Il ne faut rien dire », cet épisode met en évidence le fait que les agresseurs poussent les enfants à garder le secret, à se taire. Malgré cela les enfants sont encouragés à se confier car les choses « s’arrangent » une fois que Sarah parle de ce qu’elle subit.

    Le tabou du plaisir que peut ressentir l’enfant est évoqué ainsi que la culpabilité qui en découle : « C’est à cause d’elle. (...) Le plaisir était en elle ». Mais, l’ouvrage veut déculpabiliser les victimes car l’institutrice dit à Sarah : «  A aucun moment tu ne lui as donné ton corps. A aucun moment. Il te l’a volé, Sarah. Il te l’a volé. » et lorsque la petite fille désigne sa poupée et s’inquiète que cette dernière soit mise en prison car « Elle aimait ça. C’est de sa faute. Ils vont la punir » (là encore Sarah s’identifie à sa poupée), l’institutrice lui répond : « Elle avait le droit, Sarah. Ce qu’elle ressentait n’appartenait qu’à elle. Lui n’avait pas le droit d’en faire autre chose. C’est lui qui sera puni, pas elle. »

    Conclusion

    Même si l’évocation des abus sexuels est plus ou moins explicite selon les ouvrages, les messages de prévention sont à peu près identiques. L’enfant est toujours encouragé à ne pas garder les abus pour lui, il faut qu’il se confie même dans le cas où l’agresseur incite l’enfant à garder le secret. Dans les livres pour les plus petits sont abordées certaines situations à risques et les comportements à adopter pour éviter ou faire face à ces situations.

    Les livres étudiés révèlent que les agresseurs sexuels peuvent être des inconnus mais aussi des personnes que l’enfant connaît bien et en qui il a confiance (un ami de la famille, un oncle, un professeur), cependant il n’est évoqué dans aucun livre que l’agresseur peut être un parent de l’enfant.

    Enfin, il est remarquable de constater qu’un tabou assez important est mentionné : le plaisir que peut ressentir l’enfant ; et ce même dans l’album destiné aux tout petits. Les ouvrages veulent montrer qu’il n’est pas anormal que l’enfant ressente du plaisir mais qu’il ne doit en aucun cas se sentir coupable de cela.

    Charlotte Coppin, Deust 2 métiers des bibliothèques et de la documentation, avril 2009

    Post-scriptum

    La maltraitance sur le site Lille3jeunesse :

    http://jeunesse.lille3.free.fr/mot.php3 ?id_mot=189