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Pétronille et ses 120 petits, de Claude Ponti

Une mère héroïque
 
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    Je me suis souvenu avoir lu cet album lors de mon enfance et cette redécouverte a été un grand plaisir. Claude Ponti nous offre ici un travail qui n’est pas trop compliqué mais qui reste très accrocheur. De plus, le format à l’italienne est assez plaisant, et même si l’image est prépondérante, le récit renforce l’effet des vignettes. Je conseillerais cet album à des enfants entre 5 et 10 ans, car si le récit est composé de phrases courtes et simples, des subtilités pourraient échapper à de trop jeunes enfants.
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    PONTI, Claude. Pétronille et ses 120 petits. Paris : L’école des loisirs, 1990. 44 p. : ill. en coul. ; 32cm x 26cm. ISBN : 2 211 017 93 2. Relié : 22,10 euros.

    Alors que son époux Everest est en voyage, Pétronille doit s’occuper de ses 120 petits. Un matin, Pétronille décide de laisser sa progéniture seule en vue de faire quelques courses, mais des péripéties la retardent et la conduisent finalement jusqu’à un de ses petits, Tartarin. Ce dernier lui apprend que tous les souriceaux ont été enlevés par le Sagoinfre qui veut les manger, malheureusement pour lui, Pétronille se lance à leur rescousse.

    Un appel aux souvenirs

    Ce qui interpelle directement le lecteur, c’est l’intertextualité. En effet, dés la première double page, on peut lire les deux comptines que l’on retrouve dans l’album : « Une souris verte » et « Une poule sur un mur ». Pour une première lecture, cette double page peut sembler énigmatique, mais son existence est rapidement justifiée, puisque l’on rencontre la "mise en situation" de ces deux comptines à la double page 14-15 et 40-41. Il est par ailleurs intéressant que ces deux double pages ont une importante fonction dans l’histoire, puisque la première représente l’élément perturbateur, et la seconde le dénouement. Le fait que Claude Ponti fasse appel à un savoir acquis par quasiment tout le monde est une bonne chose car cela établit un lien ou une interaction entre le lecteur et l’album.

    Claude Ponti ne se contente pas de faire référence à des comptines populaires, mais il se sert également de la double page 24-25 pour renvoyer le lecteur à d’autres albums qu’il a lui-même écris : « Blaise, le poussin masqué » renvoie à une série d’albums portant sur le personnage, et « une petite fille » renvoie à Adèle, la fille de Claude Ponti qui lui a inspiré ses premiers albums. Cela renforce l’aspect conte de l’ouvrage que nous développerons ensuite, car en plus d’être hors du temps et de l’espace dans l’album, on est hors de l’album avec cette intervention depersonnages que l’on juge extérieurs à l’histoire. Par conséquent, pour pleinement apprécier Pétronille et ses 120 petits, je conseille de réviser les comptines et d’avoir déjà lu les premiers albums de Claude Ponti.

    Des comptines au conte

    Avec Pétronille est ses 120 petits, Claude Ponti nous fait découvrir un univers qui tient du merveilleux. En effet le lecteur plonge la tête la première dans ce monde chimérique ou la plupart des personnages représentent un mélange entre des caractéristiques humaines, animales, ou encore provenant d’objets de la vie courante. Le lecteur est ainsi transporté hors du temps et de l’espace, et cela dés la page de couverture où on trouve les principaux protagonistes réunis autour de Pétronille.

    Néanmoins, on ne peut parler de conte qu’en présence de panoramas surréalistes qui s’étendent sur les doubles pages, mais c’est aussi grâce à la structure du récit. En effet, les lieux sont caractéristiques du merveilleux, comme les forêts ou bien les chemins qui semblent exister pour l’héroïne : « un mauvais chemin qui fait exprès de perdre les gens », « s’en retourne par n’importe quel chemin » ; mais c’est surtout le déroulement de l’histoire qui respecte le schéma du conte : Pétronille est l’héroïne, elle respecte le sens des vignettes, elle rencontre soit des opposants, soit des adjuvants, les opposants venant toujours de la droite contrairement à Pétronille, et les adjuvants venant souvent du ciel,etc.. En revanche, le conte traditionnel est bousculé car c’est une figure maternelle qui agit avec héroïsme et courage.

    Je parle de conte mais plusieurs parallèles sont possibles : le côté surréaliste du décor et des personnages peut faire penser à Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, mais personnellement, j’ai surtout pensé au genre épique puisque Pétronille est une héroïne engagée dans un voyage semé d’embuches, mais elle demeure protégée par un être supérieur « La Maman-de-Toutes-les-Mamans », qui fait penser à une déesse mythologique. La figure maternelle est donc très importante, et cela dés les premières pages de l’album puisque Claude Ponti met en avant l’effort qu’implique le fait d’être mère, et cela passe surtout par l’exagération : « Pétronille prépare le déjeuner de ses petits. Elle en a beaucoup. 120,exactement. ». De plus, cette petite souris n’hésite pas à attaquer le gros Sagoinfre pour sauver ses petits.

    Un album comique

    Malgré un univers merveilleux et une aventure périlleuse, Claude Ponti introduit dans son album des aspects comiques, surtout présents dans les vignettes, mais renforcés par le texte, qui le plus souvent décrit les images tout en donnant des informations supplémentaires. Le comique est tout d’abord utilisé pour faire d’expressions figées, des situations risibles, comme le réveil du soleil, l’escargot si chaud qu’il peut faire cuire un oeuf sur sa coquille, ou la madeleine qui pleure jusqu’à créer un océan. Ce procédé renvoie à l’innocence des enfants qui ne comprennent pas forcément ces expressions et qui s’imaginent la scène dans la réalité. Le comique dans Pétronille et ses 120 petits passe également par certains décalages, entre le texte et l’image, par exemple à la page 15, lorsqu’il est dit que « Pétronille n’est pas d’accord » alors que l’image nous montre qu’elle est verte de rage si on peut s’exprimer ainsi, ou entre plusieurs plans comme aux pages 28-29-30-31, où alors que nous sommes en face d’un récit dans le récit concernant l’enlèvement des petits de Pétronille, on trouve aussi un sketch comique. Cet aspect comique adoucit l’histoire qui est tout de même à la base celle d’une mère qui se fait enlever ses petits par un monstre qu’elle tue avec son époux. La fin de l’album est marqué par une phrase énigmatique : « A chaque fou sa casquette et à moi mon chapeau », cela renvoie sûrement à l’expression « A chaque fou sa marotte » et montre bien que cet album est unique dans le sens où son univers ne se retrouve que dans d’autres albums de Ponti.

    Mots-clefs : Souris/Comptine/Figure maternelle/Courage.

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    Dimitri Besse, Licence 3, UFR d’Histoire, avril 2009.