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Analyse de documentaires jeunesse sur l’ÉGYPTE : 3ème partie (minithèse)

 
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    III- Les documentaires traditionnels

    « Entrez chez... » - Editions GRÜND / « Les clés de la connaissance » - Nathan

    Contrairement aux choix d’exception étudiés précédemment, l’apport d’une analyse de documentaires plutôt traditionnels paraissait nécessaire afin de rendre compte du panel réel disponible dans ce domaine.

    Nous avons choisi cependant d’aborder cette thématique avec un éclairage spécifique : la mise en concurrence de deux documentaires issus pour l’un d’une des plus grandes maisons d’édition françaises « Nathan », et pour l’autre une production diffusée par une structure indépendante « Gründ ». En mettant face à face deux collections typiques produits par ces éditeurs respectifs, leur analyse peut s’avérer pertinente notamment au vu de leur engagement et politique propre par rapport aux questions inhérentes à la spécificité du documentaire.

    Nous avons choisi de traiter deux ouvrages datant légèrement mais diffusés à la même époque :

    L’Égypte ancienne, « les clés de la connaissance » édité chez Nathan en 1996.

    Les égyptiens, « entrez chez... » édité chez Gründ en 1992.

    1. La collection "Entrez chez..." éditée chez GRÜND

    1.1. Présentation de l’édition GRÜND et la collection "entrez chez..."

    La maison Gründ se définit avant tout comme un éditeur indépendant qui se fait fort de ne pas appartenir aux grandes maisons qui dominent et abondent le marché telles que Gallimard ou Hachette. Pour réussir à résister à un système économique qui broie littéralement très rapidement les plus petites structures, elle base ainsi sa force sur la constitution d’un réseau international, notamment à travers la coédition, la vente et la diffusion. Ainsi, elle rayonne dans beaucoup de pays (francophones, européens et asiatiques) puisque la part d’export est d’environ 20%. L’exemple étudié ici est le résultat même de ce travail commun puisqu’il s’agit en fait d’une adaptation de l’anglais par Rachèle Gaillot. Leur volonté en tant qu’éditeur pour la jeunesse est de diffuser un produit qui répondrait aux attentes de lecteurs de plus en plus exigeants et s’inscrirait dans l’air du temps en palliant ainsi aux carences actuelles : le manque de temps (l’information doit être trouvée clairement et rapidement) et la perte de repère, de prescripteur (effectivement, leurs livres se substituant selon leur propre dire en quelque sorte à la parole des "anciens" cf. le site officiel de Gründ) : la mission s’inscrit donc tout naturellement dans une volonté de sérieux et d’autorité (on imagine mal alors par exemple la transposition du choix provocateur de Mango avec "Regard d’aujourd’hui" qui donne priorité au spectaculaire ; ce ne sera évidemment pas le cas ici). Ainsi, même s’ils précisent bien que leur mission est aussi de "faire rêver" ils privilégient avant tout la transmission du Savoir de façon intelligente par une illustration riche et une documentation abondante et de qualité. En résumé, leur principe de conception peut se comprendre comme une volonté de joindre l’utile à l’agréable à condition qu’il y ait une fiabilité revendiquée.

    La collection "Entrez chez..." en est la parfaite illustration puisque la motivation première de ces documentaires est avant tout de pénétrer dans le quotidien et la vie privée des civilisations passées, avec nombre de détails mais aussi associés à une particularité "amusante". Ainsi, les "vues-surprises", qui sont en fait des transparents à superposer sur des schémas d’édifices en page au format à l’italienne, constituent la principale spécificité du livre.

    1.2. L’analyse du documentaire "Entrez chez...Les Egyptiens"

    1.2.1. La position de communication

    1.2.1.1. Qui communique ?

    Le texte original est de Judith Crosner, et il a été adapté en français par Rachèle Gaillot. Le choix d’une adaptation s’explique sans aucun doute par l’inscription internationale de Gründ comme on a pu le voir précédemment. Néanmoins la collaboration avec Annie Gasse, ancien membre de l’Institut français d’archéologie orientale, pour la révision du texte révèle une volonté indéniable de s’ancrer dans la crédibilité et le sérieux. La visibilité évidente de son statut en page de titre va dans ce sens.

    1.2.1.2. Pour qui communique-t-on ?

    On peut penser que ce documentaire est davantage destiné à un public d’enfant âgé d’une dizaine d’années ; il n’y a cependant pas d’indication explicite d’âge précisée sur la couverture. Bien qu’on ait ici fait appel à une contribution "experte" en la personne d’Annie Gasse, le message transmis n’a cependant pas été complexifié pour autant et il peut être facilement compris sans nécessiter un médiateur.

    Si l’accroche "vues-surprises" est là pour attiser la curiosité des enfants et fixer de façon ludique leur attention, ce documentaire est tout aussi destiné "à plaire" aux parents qui sont les acheteurs du livre ; il est en effet indispensable d’avoir leur caution et donc de savoir les séduire aussi. Le cas étudié semble avoir été pensé dans cette démarche puisqu’il est clair que l’aspect premier formel et traditionnel est rassurant pour cette cible : ici le texte est largement privilégié puisqu’il apparaît même sur les deux pages (on a souvent pu observer dans beaucoup d’autres collections que seule la page de droite contenait le texte) et les illustrations fonctionnent en premier lieu comme faisant sens dans la thématique traitée.

    1.2.1.3. Le support, le format

    Le format constitue ici une des caractéristiques intéressantes de ce documentaire puisqu’il rassemble à la fois lecture à l’italienne et lecture plus classique type « portrait » (23x28). Évidemment, c’est le format classique qui domine ici puisque la priorité est avant tout donnée aux textes.

    Ainsi, les pages au format « à l’italienne » et qui obligent le lecteur à tourner le livre dans l’autre sens, sont avant tout prétexte à la « spécificité » de ce documentaire : il contient quatre pages de ce type (le livre compte 48 pages au total) qui proposent donc de voir schématiquement l’intérieur d’édifices typiques de l’époque égyptienne, le transparent qui s’y superpose rend compte de l’extérieur des bâtiments. Le concept de la collection se trouve métaphoriquement symbolisé dans ce procédé créé pour amuser : il s’agit de pénétrer les mœurs privées des égyptiens dans leur quotidien (donc littéralement chez eux), l’attrait pour ce type d’informations qui donne à voir en fait un parallèle évident avec nos propres façon de vivre actuelle est pertinent, et finalement s’inscrit bien dans l’air du temps (l’explosion des émissions de télé réalité où l’intérêt est de mettre à nu l’intimité des gens va dans ce sens).

    1.2.2. Lire le récit

    1.2.2.1. Structuration de l’information : Le sommaire

    Le sommaire est relativement précis et élémentaire puisqu’il ne comporte pas de hiérarchie, d’arborescence visible qui lierait les parties entre elles mais s’organise plus simplement en une suite successive de grandes thématiques qui peuvent représenter de façon anecdotique la vie et les mœurs des égyptiens ; on compte en tout 21 chapitres différents. Si aucun lien clairement explicite n’existe entre les parties évoquées ici, on observe cependant qu’il existe une certaine chronologie dans l’organisation : ainsi le documentaire s’ouvre sur la partie « le don du Nil » et se clôt sur « le déclin de l’Empire » ; la boucle est donc bouclée.

    De même une transition peut être implicitement pensée pour l’articulation de certains chapitres entre eux tels que « l’art et l’artisanat » qui est directement suivi par « la mode », ou encore « la guerre » qui précède « le déclin de l’Empire ».

    L’organisation globale paraît tout de même généralement plutôt aléatoire et on peut se poser des questions quant à la façon d’envisager l’enchaînement des thématiques. Par exemple le chapitre sur « la mort » se situe trois chapitres plus loin que celui consacré aux « tombes » (la liaison des deux paraissait pourtant évidente), il en est de même pour les chapitres « enfance » et « école » qui sont séparés l’un de l’autre par huit parties. Le sommaire donne ainsi plutôt l’idée d’un documentaire qui se lirait avant tout de façon non suivie, mais plutôt davantage au gré des envies ou des besoins du lecteur. La simplification des thématiques et leur autonomie conforte cette impression.

    1.2.2.2. Le paratexte et l’organisation d’un chapitre

    Il existe en fin d’ouvrage une chronologie, un glossaire et un index. Cela n’est évidemment pas sans rappeler l’organisation typique des manuels scolaires qui contiennent généralement aussi à cet endroit le même type de ressources. Le sommaire du documentaire diffère cependant de celui typique des manuels utilisés à l’école par sa simplicité et la concision des idées mises en exergue.

    Chaque chapitre est systématiquement divisé en 4 ou 5 paragraphes (maximum) et toujours précédé par une mini introduction. Un chapitre représente, matériellement parlant, automatiquement une double page sur lesquelles se répartissent avec équité le texte et l’image sur les deux pages. Chaque double page se suffisant à elle-même et comprenant ainsi une organisation saine et autonome, on comprend mieux l’absence d’arborescence du sommaire.

    1.2.3. Les visées de la communication

    1.2.3.1. La forme prise par l’information textuelle

    Comme dit précédemment, les informations textuelles sont largement représentées dans le livre sous une forme traditionnelle, scolaire. L’organisation correspond ainsi bien aux méthodes prônées lors de l’écriture d’un texte pour « l’école », à savoir introduction et séparation des différentes idées en paragraphes qui permettent d’aérer et de mieux structurer la pensée. De petits textes de quelques lignes qui sont en fait les légendes des images se situent en annexe au texte : l’utilisation de l’italique les diffère typographiquement de celui-ci. Il s’agira donc bien ici d’une façon de transmettre l’information sans prise de risque et qui joue sur des codes déjà connus pour l’enfant, puisqu’il les utilise en classe par le biais de son manuel d’histoire.

    1.2.3.2. Type de récit

    Pas d’extravagance là non plus mais un choix cohérent avec la ligne du documentaire puisqu’on s’inscrit là encore dans le traditionnel. C’est donc sans surprise qu’on constate que le type de récit dominant ici reste la description : les pages « vues-surprises » par exemple donnent inévitablement lieu à ce type de texte puisqu’il s’agit de s’introduire dans les « maisons » habitées par les égyptiens et qu’on y décrit comment ils s’y organisent. Le récit est l’autre type de texte dominant les paragraphes des différentes parties ; on raconte la vie typique ou extraordinaire (lorsqu’on parle de grands personnages) des égyptiens comme on raconte une histoire, sous l’angle de la thématique abordée de façon assez simple et sans inventions particulières. Ici pas de dialogue ou de narration à la première personne ; la focalisation est volontairement neutre, externe à ce qu’on raconte. Il s’agit de transmettre l’information sans artifice en allant à l’essentiel sous sa forme la plus directe et la plus simple. La transmission de l’information apparaît donc bien comme l’objectif premier visé par le documentaire ; effectivement, l’information peut être trouvée rapidement tout d’abord grâce à la simplicité d’un sommaire et de titres éloquents, mais aussi grâce au style sans fioritures utilisé ici.

    1.2.3.3. La scientificité de l’information transmise : registre de langue

    La teneur des textes paraît ici relativement accessible, sans véritable difficulté au niveau des termes employés ou de la construction syntaxique des phrases (phrases courtes, l’information contenue y est concise). Les détails évoqués pour parler de la vie quotidienne égyptienne rappelle le propre quotidien du lecteur et permet de créer un lien.

    1.2.3.4. Tonalité et choix syntaxiques

    Comme on l’a dit précédemment les textes sont à dominance descriptive / explicative : il n’y a pas de traces du narrateur qui apparaît dans le texte, ni d’accroche explicite destinée à fixer l’attention du lecteur sur ce qui est dit. Le procédé est ici plus subtil puisqu’on remarque en revanche l’utilisation des pronoms « nous » et « on » qui ont évidemment pour but d’impliquer le lecteur dans l’action décrite ou le questionnement posé ; il n’y aura pas de forme injonctive plus explicite ici.

    1.2.4. Lire l’image

    1.2.4.1. Le degré d’iconicité

    On retrouve différents types d’image utilisés ici : le plus souvent, il s’agit de dessins de scènes de la vie quotidienne se rapprochant du réel afin de donner la possibilité d’imaginer les égyptiens en se les représentant. On ne peut pas parler de schéma à proprement parler concernant la représentation des lieux d’habitation égyptien avec les « vues-surprise », mais là encore plutôt de dessins qui sont peut être plus familiers et parlants pour l’enfant qu’un plan architectural. Le recours aux photos représentant des objets d’art, des objets de décoration et des hiéroglyphes est constant. Quelques cartographies de l’Egypte sont aussi présentes ici mais encore de façon assez imagée.

    1.2.4.2. Les fonctions exercées

    Le dessin serait davantage pensé ici en fonction de l’aptitude de l’enfant à le reconnaître et à l’admettre dans son univers, exception faite pour les photos d’objets d’art qui donnent à voir des éléments typiquement informationnels. Les dessins sont considérés comme permettant très sûrement d’aider à ancrer le Savoir grâce à l’incarnation graphique. Le fait de montrer par exemple une femme en train de se maquiller les yeux pour le chapitre concernant la mode peut permettre, au-delà même du message porté par la légende qui explique tout le rituel autour de ce geste, de rappeler au lecteur des scènes que lui-même connaît et ainsi de créer un contact avec cet univers pour lequel il ne ressentait a priori aucune complicité. Ce parti pris, qui est comme on a pu le voir la ligne choisie pour la collection « Entrez chez... », se retrouve ainsi dans tous les codes établis par le documentaire pour faire passer l’information. Il s’agit de créer un lien avec le réel actuel pour rapprocher l’enfant d’un milieu qu’il ne connaît pas.

    1.2.4.3. L’insertion dans la page

    Il n’y a pas d’emplacement type dans la page pour le dessin. On remarque en revanche qu’il peut être placé aux quatre coins de la page indifféremment, mais qu’il n’est jamais au centre puisqu’on a choisi ici de donner cette place prioritaire symbolique au texte. Le dessin, puisque ce sont majoritairement des scènes qui sont représentées, peut posséder une place assez importante sur la page. Finalement, on remarque qu’une part égale est divisée entre dessin et texte sur une page, ce qui permet sans aucun doute de rendre le documentaire plus « attractif », « coloré » et peut être moins rébarbatif qu’un manuel scolaire (dans lequel c’est avant tout le texte qui tient une place prédominante).

    1.2.4.4. Le rapport texte/image

    On peut observer que les images utilisées ici pour illustrer le documentaire sont en partie autonomes par rapport au texte. Effectivement, outre le fait qu’une légende soit systématiquement présente pour chacune des iconographies employées et donc que leur intérêt par rapport à la thématique abordée soit expliqué, il n’existe pas de lien explicite direct entre le texte et les images ou scènes représentées puisqu’elles ne trouvent aucun écho dans les arguments et exemples du texte principal.

    2. La collection « les clés de la connaissance »

    2.1. Présentation de l’édition Nathan et de la collection « les clés de la connaissance »

    La maison d’édition Nathan se définit elle-même comme un des acteurs majeurs du monde de l’édition scolaire en France depuis sa création, puisqu’elle diffuse des manuels utilisés de la maternelle jusqu’au secondaire. La pédagogie est donc le terme clé de cette maison d’édition : une notion déterminante lorsqu’on veut comprendre leur choix pour transmettre de l’information et qui s’applique ainsi à l’ensemble de leur production, dont le parascolaire et le documentaire.

    Contrairement à Gründ, Nathan ne cache pas sa volonté explicite d’inscrire aussi dans sa cible les enseignants et les parents. On positionne donc bien ici le livre comme un « outil » qui serait avant tout pratique et permettrait de répondre à un besoin d’apprendre. Le sérieux et la crédibilité, tout comme chez Gründ, paraissent donc être primordiaux dans la ligne choisie par Nathan : il faut diffuser de la connaissance mais en privilégiant toujours le Savoir.

    La collection « Les clés de la connaissance » semble répondre à ces mêmes critères. Le consensuel et le formel sont ici sans surprise choisi par Nathan dans la façon de présenter l’information au premier abord.

    2. 2. L’analyse documentaire « L’Égypte ancienne »

    2.2.1. La position de communication

    2.2.1.1. Qui communique ?

    Comme chez Gründ, il s’agit en fait d’une adaptation de l’anglais traduit par Françoise Fauchet. On ne fait ici aucune allusion au statut particulier des auteurs, contrairement à « Entrez chez les égyptiens... », qui avait pris soin d’indiquer le statut spécifique qui faisait figure de caution sur la page de titre. Nous n’avons donc pas d’information sur la fiabilité des Savoirs diffusés. De plus, le fait que l’écriture originelle soit anglaise complique encore davantage le chemin entre récepteur et émetteur.

    Il est difficile de connaître alors la provenance exacte des sources utilisées. On peut penser que si Gründ avait besoin d’avoir recours et d’affirmer l’autorité et l’expertise pour son documentaire, Nathan ne prend pas cette peine, sans aucun doute car sa crédibilité est déjà assise, contrairement à Gründ qui doit encore prouver la sienne.

    2.2.1.2. Pour qui communique-t-on ?

    Le livre fait ici directement référence à l’âge recommandé sur sa quatrième de couverture : le livre peut être accessible selon Nathan dès 10 ans. De plus, comme le communique explicitement Nathan, si l’enfant est celui pour lequel on fabrique le documentaire, on vise en parallèle l’enseignant et le parent qui sont les médiateurs entre le livre et l’enfant. La façon dont est diffusé le Savoir est donc pensée dans ce sens : c’est avant tout l’acheteur et l’utilisateur directs (dans le cas de l’enseignant qui se fera alors l’intermédiaire entre le livre et le lecteur) qu’il faut convaincre : tout paraît au premier abord très formel. Même si on observe que les images tiennent une part assez importante ---- là encore bien plus importante que ce ne le serait pour un manuel scolaire - la multiplicité de celles-ci,alliée au texte donne l’impression favorable au documentaire d’être complet et ludique à la fois.

    2.2.1.3 Le support, le format

    Il s’agit ici d’un format documentaire typique, composé de page type « portrait » (30x25). Pas de format différent à « l’italienne » comme chez Gründ mais en revanche là aussi une caractéristique spécifique : la présence d’une double page centrale (le livre contient 63 pages, cette double page se situe p.32) dont les pages se déplient et forme 4 grandes pages permettant de faire figurer une grande scène dessinée sur l’ensemble des quatre pages. Cette originalité mise en avant sur la quatrième de couverture de l’ouvrage est donc là encore une spécificité de format. Elle n’est en revanche présente que sur cette simple double page : pas d’excentricité ici donc. On a pu voir que d’autres documentaires n’hésitaient pas à utiliser ce procédé pour chacune des pages de l’ouvrage.

    2.2.2. Lire le récit

    2.2.2.1. Structuration de l’information : Le sommaire et l’organisation d’un chapitre

    Le sommaire est ici relativement facile d’accès, non complexe, puisqu’il figure sur une double page, ce qui donne une impression bien aérée. Il n’y a pas non plus d’arborescence qui obscurcit la compréhension pour l’enfant : quatre grands thèmes (« un monde antique », « le royaume des morts », « la vie quotidienne », « les relations extérieures ») qui peuvent contenir selon le thème abordé jusqu’à 9 chapitres. La hiérarchie s’arrête cependant à ce niveau : ces chapitres sont en fait de grands thèmes (termes) inhérents à la grande partie abordée (exemple : « un monde antique » : « les dieux »). On ne peut là encore formaliser une volonté de chronologie quant à l’organisation choisie ici : le rapport entre les quatre grandes parties sur lesquelles on a choisi de structurer le documentaire n’étant pas non plus évidente à trouver. De façon symptomatique, il n’y aura d’ailleurs aucune numérotation présente dans ce sommaire. Si la transition n’est pas éloquente lorsqu’on jette un coup d’œil au sommaire, elle n’est pas non plus présente entre deux chapitres. Il n’y a ainsi pas de liens entre « la toilette » et « l’écriture et l’enseignement » qui sont pourtant deux parties successives.

    Comme pour le documentaire précédent, les chapitres sont donc pensés globalement de façon autonomes et se suffisent à eux-mêmes lorsqu’on ouvre le livre : une lecture non suivie serait donc plutôt celle prescrite par Nathan ici. En revanche, on observe que des liens d’intertextualité sont présent ici car on renvoie parfois en fin de page à un autre chapitre du livre ; si la notification n’est pas très visible (elle se trouve en coin de page en bas à droite), elle paraît néanmoins intéressante et pertinente.

    Si chez Gründ, les sous parties (qui étaient en fait des paragraphes titrés) des parties n’avaient pas été mentionnées dans le sommaire, il n’y a ici pas de division interne au chapitre. Effectivement, ce pourrait être difficilement le cas...Lorsqu’on ouvre le livre, on se rend vite compte que la totalité du texte écrit pour expliquer la thématique abordée ne s’étend en fait que sur une dizaine de ligne au total, ce qui est relativement peu. Le reste de l’écrit étant en fait les textes de légendes pour les iconographies utilisées : le texte principal étant alors typiquement situé uniquement sur la page de droite (comme c’est le cas pour nombre d’autres documentaires).

    2.2.2.2. Le paratexte

    Comme pour Gründ et de la même façon que sont pensés l’organisation des manuels scolaires, une chronologie (qui est en fait « les dynasties de l’ancienne Egypte »), un glossaire et un index sont situés à la fin du livre. Le glossaire est moins limité dans l’autre documentaire puisqu’il y était couplé en même temps que la chronologie : on a ici davantage développé la chronologie et le glossaire puisqu’ils sont sur deux pages chacun.

    2.2.3. Les visées de la communication

    2.2.3.1. La forme prise par l’Information textuelle

    Comme dit précédemment, il est assez surprenant de constater que le texte se trouve être en réalité relativement réduit, en tout cas en comparaison avec celui édité chez Gründ. Le texte principal ne comporte en effet qu’une dizaine à une quinzaine de ligne et est typiquement toujours situé sur la page de droite. Sur chaque double page (et donc pour chaque thématique abordée puisque 1 double page = 1 thème) se trouvent deux encadrés, un bleu et un jaune (donc particulièrement remarquables par leur couleur) du type « le savais tu ? » ou concernant de façon aléatoire une information diverse (ex. : « la fête d’Opet », « Voyages au long Cours »).

    Le reste de l’information écrite est en fait les légendes (un texte de quelques lignes) de chacune des images insérées sur la page et donc répartie de façon variée. Outre la différence de taille entre les caractères utilisés pour le texte principal et le texte des légendes (qui sont évidemment plus petits) et les couleurs bleu et jaune en fond des petits encadrés, il n’existe pas d’autres spécificités typographiques différenciant la valeur des textes entre eux. La page contient cependant globalement parfois un peu trop d’informations répandues au gré de la page et sans véritable relation entre elles. En effet, si l’on prend l’exemple du chapitre « toilette », on compte 7 petits textes différents sous forme de légende dispersés partout plus deux encadrés. L’utilisation abusive de ce type de procédé, s’il rend assurément la page plus « vivante » et dynamique, peut en revanche avoir comme conséquence la perte de l’attention de l’enfant qui ne saura plus vraiment où diriger son regard et sera littéralement perdu sur la page.

    2.2.3.2. Type de récit

    Il s’agit ici sans surprise de texte à dominante descriptive/explicative. L’utilisation constante de l’imparfait lorsqu’on décrit des scènes typiques (par exemple pour le chapitre « commerce ») est un procédé largement employé. Le récit est sans fioriture lorsqu’on raconte un épisode précis de l’histoire et s’en tient au fait.

    2.2.3.3. La scientificité de l’information transmise : Registre de langue

    Le registre de langue n’est relativement pas élevé et on peut même penser qu’un enfant de moins de 10 ans pourrait assez confortablement prendre en main l’ouvrage sans avoir de grandes difficultés. Les textes étant courts, ils ne posent pas de problèmes de langue particulier, de plus la présence du glossaire en fin de livre peut aider ceux qui rencontreraient tout de même des incompréhensions. Le fait que les textes soient assez peu fournis trahit donc forcément une narration qui va à l’essentiel, qui pourrait s’apparenter à une synthèse très courte. On inscrit uniquement les faits majeurs et les plus caractéristiques. Le sommaire fait écho à ce type de choix : on va directement vers les grandes lignes anecdotiques de cette époque (on traitera alors toujours par exemple le thème mystérieux mais tellement passionnant de la mort) sans jamais trop s’attarder sur les détails. Les diverses précisions seront justement représentées au sein de la double page à travers les légendes et les images choisies pour illustrer le thème : dans ce cas, c’est la partie qui représentera le tout.

    2.2.3.4. Tonalité et choix syntaxiques

    Il n’existe pas ici de choix syntaxiques particuliers : les phrases sont simples et courtes. Outre le petit encadré « le savais tu ? » on n’a ici aucune autre formule injonctive destinée à capter l’attention de l’enfant. La page paraît cependant contenir tellement d’information au vu de la richesse des images et des nombreux petits textes en légende que cette carence peut être dangereuse. Un manque certain d’organisation dans la captation peut être largement dommageable ici. Finalement, la thèse d’une lecture « zapping » se trouve d’autant plus renforcée lorsqu’on regarde de plus près ce documentaire.

    2.2.4. Lire l’image

    2.2.4.1. Le degré d’iconicité

    On retrouve ici divers type d’iconographie : le dessin qui comme chez Gründ représentera bien souvent une scène ayant trait à la thématique traitée et des photos d’œuvres particulières (souvent des œuvres d’art ou de bijoux, ou d’objets quotidiens...). De même des photos de hiéroglyphes sont présentes. Pas d’autre utilisation d’images remarquables ici.

    2.2.4.2. Les fonctions exercées

    Le dessin représentant la scène fait ici écho au contenu du texte et à la thématique. Comme pour l’autre documentaire, il permet d’imager le savoir, ce qui peut paraître plus direct pour faire comprendre et intégrer l’information à un enfant. La scène n’apporte en revanche pas grand-chose de plus quant à l’argumentation ; elle est évidemment porteuse de sens pour elle-même par rapport à ce qu’elle représente mais ne donnera pas d’information indispensable de plus.

    2.2.4.3. L’insertion dans la page

    Les images possèdent une place centrale sur la page. Ainsi, contrairement à Gründ où cette place incombait au texte, ici c’est le dessin représentant une scène qui est placé au milieu de la double page et à qui l’on donne de l’importance, qui s’impose. Le texte et les autres images utilisées sur la double place sont donc situés en fonction de celle-ci. La disposition entre les différents éléments est donc aléatoire et la scène « principale » peut être ainsi particulièrement grande au détriment du reste des composants de la page. Ce choix rend évidemment la page plus « vivante » et dynamique mais peut être dommageable puisqu’il est privilégié face à la bonne transmission du Savoir. La volonté de Nathan dans la construction du documentaire peut être surprenante et déstabilisante : nous sommes ici face à un livre dans lequel les illustrations tiennent une place prépondérante sur l’information textuelle. On est donc bien loin des exigences des manuels scolaires, qui sont pourtant l’affaire de Nathan. Ainsi, contrairement à ce que l’on pouvait croire, Gründ dans ce même contexte paraît davantage répondre à ce type d’attente.

    2.2.4.4. Le rapport texte/image

    Le fait que chacune des images présentes possèdent une légende propre les autonomise par rapport au texte principal : elles ne possèdent en effet pas de liens directs avec ce qui est dit textuellement dans le paragraphe principal. La relation avec la thématique explique en revanche le choix des iconographies. Ainsi, si on peut voir par exemple la photo d’une sculpture de la « déesse-chat » dans le chapitre « les festivités », c’est bien parce qu’une fête annuelle lui est dédiée comme explicité dans la légende qui l’accompagne.

    Conclusion

    L’étude des deux documentaires prise sous l’angle du traditionnel et du consensuel donne ainsi à voir une impression globale relativement surprenante. Effectivement, puisque le manuel scolaire reste le modèle d’ouvrage institutionnel typiquement formel et cadré, on aurait pu penser que Nathan par son professionnalisme dans ce domaine aurait été favorablement avantagé : il n’en est rien. Au final l’aspect pédagogique tant développé dans leurs idéaux de ligne de conduite n’est dans ce cas pas forcément pertinent. Si Gründ a réussi à mêler astucieusement texte et image équitablement et de façon organisée, la structure choisie par Nathan paraît répondre plus difficilement à ses propres critères dans lesquelles le Savoir et la Connaissance sont les maîtres mots. Il est clair qu’on choisit ici d’aller à l’essentiel en étant accessible et ludique. En ce sens, l’ouvrage édité chez Gründ serait peut être davantage destiné à un public dont le niveau serait plus élevé. L’affrontement entre maison indépendante et grosse structure parait ici intéressante et se fait ressentir lors de l’analyse. On sent ainsi davantage chez Gründ une volonté de prouver, d’apporter du Savoir sous une vraie caution avec une organisation solide assez proche des méthodes scolaires. Nathan s’est sans aucun doute donné un moindre mal et cela semble transparaître dès que l’on approfondit un peu l’approche au livre. Il s’avèrera en effet, que si l’ouvrage paraissait donner a priori une image proche du traditionalisme favorisant le contenu, cette impression était trompeuse.

    Conclusion générale

    L’étude de ces différents documentaires s’est révélée très intéressante car elle a pu ainsi mettre à jour les multiples possibilités d’envisager le documentaire pour la jeunesse. Le documentaire traditionnel reste une valeur sûre pratiquée par des maisons d’édition comme Nathan ou Gründ, mais certains éditeurs tentent aujourd’hui d’innover. C’est le cas des éditions Autrement et Mango qui ont choisi et revendiquent une approche différente de la manière d’apporter du savoir à un enfant, d’une façon radicalement contraire l’une de l’autre. C’est également le cas des éditions Gallimard et de la Réunion des musées nationaux, qui ont opté pour une narration de l’information, à travers les fictions documentaires, l’un à travers la forme d’un journal tenu par un enfant, l’autre par un livre qui s’apparente davantage à un album qu’à un documentaire.

    Tout porte à croire aujourd’hui que l’offre de documentaires va encore se diversifier, car c’est un secteur en pleine expansion. Ainsi, dans l’avenir, de nouvelles formes de traitement du savoir apparaîtra certainement.

    Isabelle Fretin, Alicya Fruit, et Nathalie Le Louarn