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HALLOWEEN (mini thèse)

 
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    Mots-clés

    " Chaque année, le 31 octobre, dès qu’apparaissent les premières ombres du soir, de lugubres silhouettes surgissent ici et là et déambulent dans les rues..."

    "...Ils fêtent HALLOWEEN"

    SÉLECTION D’OUVRAGES

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    Bernard Collet, Pierre Tressos. Une histoire d’Halloween : Jack O’Lantern. Mango jeunesse, 2001. 30 p. ; 21cm x 30cm. ISBN 2-7404-1297-5 : 12 euros.

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    Gerlinde Wiencirz ; Giuliano Lunelli. Samy fête Halloween. Éditions Nord-Sud, 2001. 24 p. ; 22cm x 29cm. ISBN 3-314-21427-8 : 14 euros.

    (JPG)

    Erica Silverman, Jon Agee. La nuit de Halloween. Autrement jeunesse, 1999. 32 p. ; 20cm x 28cm. ISBN 2-86260-836-X : 12,5 euros.

    (JPG)

    Donald Grant, Pierre-Marie Valat, Jacqueline Vallon. Halloween. Gallimard, 2005. 32 p. ; 16cm x 18cm. ISBN 2-07-051967-8 : 8 euros.

    Introduction

    Dans les pays celtiques, la nuit du trente-et-un octobre, monstres, fantômes, sorcières et croquemitaines surgissent de leur repère pour fêter Halloween. En cette veille de Toussaint, tous les esprits surnaturels se mêlent aux vivants et parcourent la surface de la terre en toute liberté...

    Fête de l’enfant privilégiée parmi les autres, Halloween reste encore aujourd’hui dans de nombreux pays un phénomène important. Même si depuis quelques années cette fête passe de mode en France, elle reste néanmoins fortement présente dans l’imaginaire collectif et continue d’alimenter les rêves des plus jeunes d’entre nous.

    Il semble donc toujours intéressant d’étudier cette tradition et ce phénomène dont les origines remontent à plus de deux mille ans. Nous étudierons donc dans une première partie les origines de cette fête mais également les mythes et légendes qui flottent autour de celle-ci. Ensuite nous étudierons ce qui est devenu aujourd’hui cette célébration dont les enfants sont les principaux acteurs. Enfin, nous analyserons le liens que peut entretenir l’enfant face à une fête qui joue sur la peur. Qu’y recherche t-il ? Qu’y trouve t-il ? Finalement que représente Halloween pour les enfants aujourd’hui ? Et surtout comment cette célébration millénaire est aujourd’hui représentée dans la littérature dite de jeunesse.

    I. Halloween, entre histoire et fiction

    Vieille de plus de deux mille ans, la fête d’Halloween était autrefois célébrée par les Celtes. Appelée Samain, on célébrait le passage d’une année à l’autre et allumait de grands feux en hommage au soleil afin qu’il renaisse après l’hiver. Durant sept jours et sous l’autorité des druides on estimait cette période comme propice à la rencontre entre les hommes et les dieux. Cette fête païenne disparue en Irlande aux alentours du Vème siècle devant faire face à l’apparition des fêtes chrétiennes de la Toussaint le premier novembre et de la fête des morts le deux.

    Le mot « Halloween » vient de « All Hallow’s Eve » qui signifie littéralement « Le Soir de tous les Saints » soit la veille de la Toussaint. La fête d’Halloween fut apportée en Amérique du Nord par les Irlandais au siècle dernier. À cette époque en Irlande, les portes des maisons restaient ouvertes pour accueillir les âmes des défunts, et une place et de la nourriture leurs étaient réservées. On dégustait traditionnellement du chou frisé et un gâteau de fruits secs en jouant à des jeux comme tenter de saisir une pomme avec les dents sans l’aide des mains.

    Parmi les symboles forts de la fête, encore présents aujourd’hui, on trouve la lanterne citrouille. A l’origine il s’agissait de placer une bougie dans un navet ou même une betterave creusée pour évoquer le souvenir des morts errant sur terre cette nuit là. Cette commémoration s’inspire largement de la légende Jacques à la lanterne ( « Jack O’ Lantern »).

    Arrêtons-nous un instant sur cette légende, et l’album éponyme de Bernard Collet et Pierre Tressos : Jack, forgeron alcoolique et fanfaron se rend le 31 octobre dans une taverne afin d’y faire la fête, se moquant des légendes et des traditions, un homme à visage de diable lui propose de jouer son âme au dés... Sans dévoiler le dénouement, cette légende marque l’apparition du lien entre la citrouille creusée et la fête d’Halloween. La citrouille fut finalement adopté en Amérique du nord et définitivement associée à Halloween bien des années plus tard.

    La fête d’Halloween ne possède plus, du moins en France, de rapport avec la fête ancestrale païenne. Évoluant au fil des ans, influencée tant par les croyances, les légendes, le catholicisme ou les moeurs, Halloween est devenue aujourd’hui dans une majorité de pays, la fête des enfants.

    II. La fête des enfants

    Aujourd’hui, la principale tradition, devenue majoritaire et présente dans l’inconscient collectif veut que les enfants se déguisent avec des costumes effrayant et aillent sonner aux portes demandant aux adultes des friandises. La formule utilisée est « Un bonbon ou un sort » (« Trick or treat ! »), ou juste « Halloween ! ». Cette collecte de friandises n’apparait qu’au début du XXe siècle en Amérique du nord, même si elle ressemble à des pratiques plus anciennes observées en Irlande ou en Écosse, et se développa ensuite pour devenir aujourd’hui fondamentalement associée à la nuit du 31 octobre.

    Bon enfant, la fête d’Halloween se décline également sous d’autres activités comme des soirées à thèmes, bals masqués, visites de maisons soi-disant hantées, sélections de films d’horreur au cinéma, etc. L’occasion pour les enfants de faire la fête et très souvent de mauvaise blagues à leurs voisins : jet d’oeufs sur les portes, animaux domestiques jetés dans la peinture, etc. On dénombre malheureusement pendant cette soirée de nombreux accidents dûs aux soirées trop arrosées, aux blagues qui tournent mal et à l’enlèvement d’enfants.

    Cependant, symboliquement, Halloween reste la fête des enfants, une nuit ou tous leur semble permis et ou le déguisement leur permet les bêtises. On retrouve cette idée sur de nombreuses couvertures de livres consacrés à Halloween : par exemple sur la couverture de Halloween, chez Gallimard nous montre bien l’importance de l’enfant avec de nombreux marmots déguisés à l’air espiègle. Ou encore Samy fête Halloween, aux éditions Nord-Sud, avec un ours en peluche savourant une citrouille. Il existe une très grande part de la production de livre concernant Halloween consacrée aux enfants afin de certainement leurs présenter, les préparer à cette fête qui leurs est aujourd’hui dédié. Si on s’attarde sur l’album de Gerlinde Wiencirz et Giuliano Lunelli, Samy fête Halloween, On s’aperçoit immédiatement du caractère enfantin de cette fête. Samy, ours en peluche enchanté, est emporté par l’enthousiasme de son propriétaire, le jeune Paul, et veut absolument fêter Halloween mais ne peut sortir sous peine d’être découvert. S’en suit alors une visite chez chacun de ses amis qui l’aide à se déguiser chacun à leurs manières... Ce genre d’album représente parfaitement l’archétype de l’album sur la fête d’Halloween, un album pour enfant leur expliquant les rites de cette fête, ses traditions et ses jeux et leurs fait bien comprendre que cette fête est bien la fête de Tous les enfants.

    III. Halloween dans la littérature de jeunesse

    Halloween est donc bien un thème récurent de la littérature enfantine qu’on retrouve sous différents aspects. Documentaire, sur les légendes à l’origine de cette fête ou album sur l’esprit festif et conviviale de cette fête, comme nous avons pus les croiser dans les précédentes parties de ce travail. Halloween revêt de nombreux aspects au sein de la littérature de jeunesse mais on peut néanmoins faire émerger certaines constantes et certains messages récurrents.

    Tout d’abord, La fête d’Halloween est toujours représentée, dans une écrasante majorité des ouvrages qui lui sont consacrés, de la même manière : enfants, confiseries, monstres, nuit, déguisements, etc. Jouant sur les mêmes impressions et sur leurs contrastes : convivialité, festivité, amitié, gourmandise, peur, danger, espièglerie, etc. Et la plupart du temps les mêmes lieux : maison de l’enfant, rue, maison hantée.

    Globalement les messages délivrés par la littérature de jeunesse à propos d’Halloween sont relativement les mêmes : Halloween est une fête pour tous, tous les enfants entendons-nous, où ce soir, et sans jamais d’aucune manière faire l’apologie du racket, demander un dû, des confiseries, contre la protection des mauvais esprits leurs ai accordé. Par ailleurs l’enfant est parfois confronté à des esprits plus ou moins malveillants, ou d’autres « grands » enfants voulant lui dérober son butin et doit faire preuve de tout son sens pour être le plus malin et tromper son adversaire. Cette idée s’inspire évidemment de la légende de Jack et de la lanterne, pilier d’Halloween.

    Autre point important et très présent, la présence de recettes, d’idée de jeux, de déguisements, d’accessoire dans certains documentaires comme par exemple le précédemment cité : Halloween aux éditions Gallimard, qui nous conseille sur le meilleur moyen de fabriquer une lanterne citrouille ou de décorer sa maison pour la fête on y apprend également la recette de « La pizza du Diable » ou du « Gâteau de la mort », tout un programme.

    Halloween profite bien d’un statut à part au sein de la littérature de jeunesse : Bien plus que Noël ou Pâques, la fête d’Halloween dispose d’un imaginaire des plus riches et permet à la fois une source d’inspiration importante tant en matière de narration que d’activités pratiques. En mettant l’enfant au centre, Halloween permet à la fois aux parents de partager du temps avec leurs enfants à préparer la fête, décorer la maison ou faire des gâteaux, et aux enfants de s’émanciper de leurs parents une fois la fête commencée.

    IV. L’enfant face à sa peur

    J’en arrive donc à ma dernière partie qui s’attachera au vécu de l’enfant au cours de cette fête du 31 octobre. Toute l’imagerie entourant la fête d’Halloween s’inspire bien sûr fortement de la saison elle-même : les jours raccourcissent et les nuits deviennent de plus en plus longues, puis s’est vu modeler par tout un courant américain, qu’on juge souvent commerciale, se basant sur des représentations filmographique et une volonté de profiter d’un marché en rapport avec le sombre et le mystérieux autrefois inexistant ou largement marginalisé.

    Comme nous l’avons vu dans la partie précédente, la fête d’Halloween bénéficie d’un imaginaire extrêmement riche ou se croise monstres et magie. Les personnages les plus souvent associés sont, sans exhaustivité : fantômes, chats noirs, squelettes, zombies, sorcières, vampires, chauve-souris, araignée, momies et diablotins. Soit tout un bestiaire qui se retrouve tant dans les déguisements des enfants que la décoration des maisons. Il est donc pertinent de se demander comment l’enfant normalement constitué peut-il se sentir à l’aise et surtout faire la fête au milieu de tout ça ?

    D’une part, je pense que la sur-exploitation de la symbolique liée à la fête aide profondément l’enfant à relativiser ses peurs des créatures fantastique. Découper des gâteaux, des guirlandes, des citrouilles en forme de monstres aide à mon sens véritablement l’enfant à toucher du doigt, sans jeux de mots, l’inconnu et à s’y habituer. Certainement, l’enfant a t-il plus peur de ce qui se cache dans le noir que du noir lui même, fondamentalement il a peur de l’inconnu. Il est donc certain que le jeu, et l’activité manuelle autour d’Halloween, et encore plus le déguisement, permettent véritablement de se rapprocher et même d’incarner ses peurs, lui faisant comprendre qu’il n’y à craindre et que tout n’est qu’artifices.

    D’autre part, à la manière d’un conte de fée, la fête d’Halloween se veut beaucoup plus cathartique que la « simple » lecture d’histoires. En mettant l’enfant réellement face à ses démons la fête développe chez lui des mécanismes d’identification plus fort que celui du conte de fée, qui lui permettront peut être plus tard d’affronter certaines situations avec plus d’aisance ou même de relativiser ses problèmes face au fantastique sur lequel il n’est pas sensé avoir de pouvoir. Pour exemple l’album d’Erica Silverman et Jon Agee, La nuit de Halloween : Deux dangereux prisonniers s’évadent de prison et trouve refuge dans un vieux manoir hanté, qui seront alors les plus effrayés des prisonniers en cavales ou des étranges habitants du manoir...

    Enfin, sans tomber dans la psychanalyse, il n’est pas interdit de penser qu’une fois que l’enfant se sera rendu compte du subterfuge du déguisement peut être cela l’ouvrira t-il davantage aux réels dangers de la vie. Et peut être comprendra t-il que les méchants ne sont pas toujours ceux à l’apparence la plus horrible et que tout le monde peut mettre un masque.

    Conclusion

    Pour conclure ce travail, je pense qu’il est important de repartir du départ. Fête ancestrale celte, la nuit du 31 octobre a toujours été liée au fantastique et à la festivité. Évoluant au fil des ans et des légendes, la fête d’Halloween est aujourd’hui qualifiée par certains de commerciale et d’immorale. Elle reste cependant une fête privilégiée, celle des enfants cherchant seulement à s’amuser entre eux, à s’affirmer et à vaincre ses peurs. Tout en mangeant quelques friandises cela va de soi.

    Halloween est donc bien une source d’inspiration constante pour la littérature de jeunesse, et malgré une relative perte d’engouement dont souffre la fête ces dernières années, la richesse de son imaginaire fait toujours rêver petits et grands.

    Guillaume Nanin, Deust 2 métiers des bibliothèques et de la documentatio, mars 2009