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Le temps des lézards est venu, de Charlie Price et Pierre Charras

 
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    Ben est un lycéen de 17 ans qui n’a pas une vie des plus simples, sa mère souffre de troubles mentaux qui la poussent à vouloir échapper aux « lézards » et son père les a abandonnés ne supportant plus la charge que représentait sa femme. Il se retrouve donc seul face aux déboires de sa mère et à ses problèmes d’ados. Jusqu’au jour où il rencontre Marco, un jeune qui vit étrangement la même chose que lui. Ben finit par se perdre et à se demander si lui aussi ne serait pas devenu fou... Une question que même le lecteur se pose, ne sachant pas distinguer mensonges ou réalités...

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    La couverture m’a tout de suite attiré, d’abord par les couleurs utilisées puis par le titre ajouré de la première de couverture qui laisse apercevoir un arbre, de plus je pense que la sensation, l’effet du toucher de la couverture d’un livre est importante lors d’un choix de lecture, ce procédé m’a donc plu. Une couverture différente qui peut nous laisser imaginer un thème différent des romans jeunesses que l’on peut lire habituellement. De plus la typographie un peu « bancale » nous donne une idée d’étrange.

    Aucune illustration n’est présente, le texte de présentation décrit le livre comme étant « à la croisée de la science fiction de du fantastique » une description, pour moi assez alléchante.

    « Le temps des lézards est venu » aborde un thème rarement utilisé dans l’édition jeunesse ; la maladie mentale. Cela dit, on comprend mieux pourquoi en se renseignant sur l’auteur, en effet Charlie Price travaille dans la psychiatrie et dans l’enseignement. On découvre aussi quelques points communs entre l’auteur et Ben (le personnage principal) comme par exemple un goût pour la pêche qui pourrait nous faire penser à une inspiration venant de son vécu.

    L’auteur s’est donc attaqué à un sujet difficile et réel tout en utilisant le fantastique et la science fiction.

    Une situation initiale « réelle »

    Malgré un début « pressant » avec l’utilisation de phrases courtes, saccadées, qui nous donnent d’ailleurs un avant goût de folie et de détresse du narrateur, on découvre sa vie « un mois plus tôt » : Sa mère malade et un certain Marco qui vit la même chose que lui et qui sera présent pendant toute l’histoire. Jusqu’ici tout nous parait réel, une vie d’ado avec ses amours, ses amis, ses loisirs, mais aussi une famille décomposée et une mère qui accumule les séjours en psychiatrie. On découvre un adolescent fort et posé que l’on pourrait presque percevoir comme un modèle au vu de la sérénité dont il dispose face à tous ces problèmes d’adulte. Mais tout est beaucoup plus sombre en réalité, car outre la maladie de sa mère et ce qu’elle engendre, on découvre comment un adolescent peut se retrouver abandonné avec sa mère à charge, aucun moyen de faire assumer à son père ses responsabilités, une mutuelle trop faible pour pouvoir faire soigner sa mère convenablement dans un hôpital (si celui-ci n’est pas surchargé) ou encore l’inefficacité de certaines assistantes sociales. Autant de faits qui nous poussent dans un contexte réel et dans les dures réalités de la vie qui n’est pas rose tous les jours pour tout le monde, un contexte ou peuvent se reconnaitre les enfants qui se sentent abandonnés par leurs parents lors d’un divorce par exemple.

    Folie ou réalité ?

    Plus on avance dans la lecture et plus on est emporté dans l’histoire que Marco raconte à Ben (Une histoire qui avec un peu de recul nous parait totalement rocambolesque.) Il y aurait un passage temporel dans un vieil arbre qui mènerait en l’an 4000 ou vivraient des personnes très évoluées, ressemblant à des lézards, qui posséderaient la solution pour guérir les maladies psychiatriques mais qui auraient perdu, pendant cette évolution, les sensations de la vie, comme le toucher ou le plaisir de se promener dans la nature (une nature qui n’est d’ailleurs que fictive a leur époque). L’auteur nous fait un peu réfléchir à l’importance de notre planète et aux risques futurs des évolutions technologiques, on comprend alors mieux pourquoi cette couverture, pourquoi à travers le titre des « lézards », on voit un arbre. Il existerait donc des lézards en l’an 4000, si Marco dit vrai, la mère de Ben ne serait peut être pas folle... Peut être aurait elle simplement vu des lézards passer le portail temporel, à moins que ce ne soit Marco qui divague, mais comment aurait-il su pour les lézards et sa mère ? Qui est ce Marco ? Les questions affluent dans la tête de Ben et dans celle du lecteur à chaque élément nouveau se rapportant à cette histoire jusqu’au moment ou tout s’écroule, et si dès le début, tout était faux ? Marco existe-t-il vraiment ? Ben ne deviendrait t-il pas fou à son tour ? L’auteur nous laisse dans le vague, dans un état de questionnement qui nous pousse à réfléchir et à revenir en arrière pour vérifier si un détail ne nous aurait pas échappé. Malgré un sujet grave, l’auteur nous fait voyager et raisonner, nous passionne et nous énerve aussi un peu car on ne sait que penser lorsque l’on arrive à la fin de l’avant dernier chapitre.

    Une fin qui finit bien.

    Même si on ne connait pas le dernier mot de l’histoire de la vie d’adolescent de Ben, on découvre à la fin un homme épanoui, le docteur Ben Mander qui aura permis une évolution sur les méthodes de guérison des maladies mentales. Une fin qui montre au jeune qui lit ce livre que même si tout commence mal, une vie familiale inexistante, la maladie, et finalement, tous les problèmes plus ou moins importants que l’on peut rencontrer dans sa vie, on peut toujours s’en sortir et faire quelque chose de bien de sa vie, « après la pluie, le beau temps » .

    Cette fin redonne de l’espoir au lecteur car même si toute l’histoire nous plonge dans un univers un peu sombre, lorsque l’on arrive à la dernière page, on a le sourire et le goût de « trop peu » caractéristique de la fin d’un bon livre. Je donne donc un grand OUI pour ce livre qui nous embarque dans un monde peu connu, la folie. L’auteur réussi à nous transporter et à nous téléporter nous aussi en l’an 4000 et nous en apprend un peu plus sur le monde des personnes considérées comme « folles ». Je pense que ce livre peut être un peu déroutant pour les plus jeunes, je le conseille à partir de 13 ans puisque il demande un minimum de réflexion pour réellement en apprécier le contenu. Les chapitres sont plutôt courts et le langage utilisé est commun, le vocabulaire est simple, de plus le récit de Marco est en italique ce qui nous permet de suivre plus facilement. Il faut aussi aimer un minimum la fiction et ne pas avoir peur de se laisser porter par une histoire impossible. Si vous préférez les « histoires de vie », le réel, je vous conseille « Sous la pluie » d’ Adam Olivier qui nous plonge dans une vie semblable à celle de Ben, les lézards en moins...

    Elodie DARQUES. Hsi 1, décembre 09

    Price Charlie, Charra Pierre trad, Gabisson Thomas ill. Le temps des lèzards est venu des éditions Thierry Magnier, collection Grands romans, mai 2009, 240 pages, 22x14, 16 euros, ISBN : 978-2-84420-753-1