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Appel du pied, de Risa Wataya

 
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    L’article que je vais vous écrire est la critique du roman Appel du pied de Risa Wataya. L’auteur, Risa Wataya, a remporté, à seulement 19 ans, le prix Akutagawa, qui est en quelque sorte le Goncourt japonais.

    Concernant la première de couverture, nous pouvons remarquer que la jeune héroïne est assise sur ce qui semble être un banc d’école où on la voit comme insouciante, timide et tentant de montrer des signes d’intérêt, de faire une proposition allusive, d’où "appel du pied".

    (GIF)

    En 164 pages, Appel du Pied aborde de nombreux thèmes tournant autour de l’adolescence. On y retrouve de nombreux stéréotypes, notamment sur la jeunesse japonaise décrite comme l’une des jeunesses les plus suicidaires (le taux de suicide là-bas est l’un des plus élevés au monde).

    Les thèmes abordés dans ce roman

    Dans ce roman, nous retrouvons deux personnages principaux, Hatsu, une jeune lycéenne de 18 ans, qui est la narratrice, et l’un de ses camarades de classe Satoshi, presque toujours désigné par son nom de famille : Ninagawa.

    Le thème de la solitude est largement abordé dans le roman. Tous deux sont en première année de lycée, et tous deux n’arrivent pas à s’intégrer dans leur classe. On peut directement le voir dès le début du roman où, lors d’une séance de travaux pratiques en sciences naturelles, ils se retrouvent sans groupe de travail.

    Ce sentiment de solitude est encore accentué par l’environnement familial des deux adolescents. On ne parle jamais de la famille d’Hatsu. On sait qu’elle a un foyer, mais les parents n’apparaissent jamais. Quant à Ninagawa, il vit dans sa chambre qui est excentrée par rapport à la maison familiale. Sitôt rentré chez lui, il file dans sa chambre sans même aller voir ses parents, il fait sa lessive tout seul, a son propre réfrigérateur, il parait presque aussi seul chez lui qu’au lycée. On pourrait même croire qu’il vit seul chez lui. Aussi, les deux adolescents semblent abandonnés autant par leurs camarades que par les adultes. Le fait, par exemple, que Ninagawa s’endorme régulièrement en cours, la tête posée sur la paillasse du laboratoire de sciences naturelles, semble n’intriguer et n’affoler personne.

    Impression d’exclusion encore renforcée par le fait que tout au long du livre, le jeune adolescent est désigné par son nom de famille. Cependant, on pourrait croire que ce genre de choses n’est pas très étonnant car au Japon, les personnes entre elles se désignent par leur nom de famille puis ajoutent un suffixe de politesse selon la position des deux locuteurs vis-à vis de l’autre. Le prénom est employé que lorsque les deux personnes sont des amis intimes voire de la même famille. On pourrait donc croire qu’il y ait une ambiguïté.

    De plus, en dépit de l’amour, qui semble naître entre les deux adolescents, ils ont une personnalité assez différente. Hatsu est seule par authenticité. Elle refuse les compromis, et tout ce qui lui semble futile, quand bien même cela l’aiderait à s’intégrer dans un groupe. En plus du changement dû à l’entrée au lycée s’ajoute la peur de voir s’éloigner d’elle son amie Kinuyo qui s’est créé un nouveau groupe d’amis et a su mieux négocier ce cap difficile. Kinuyo est sincère et sympathique, elle sait mieux arrondir les angles que Hatsu, et est parvenue à trouver un équilibre entre authenticité et légèreté. Ninagawa, lui, semble beaucoup plus "paumé", il s’est entiché d’un jeune mannequin dont il ne connait absolu rien, à part l’image futile qui en est donné dans des magazines féminins. Il semble avoir perdu contact avec la réalité et ne vit que pour cette chimère. Cet amour, qui se développe tout au long du roman, se remarque dès le début. Le comportement de Hatsu est un de ces signes précurseurs d’un coup de foudre soudain.

    Sinon, nous avons aussi quelques sous-thèmes tels que le malaise, le désarroi ou encore les ambivalences de l’adolescence. Ce passage résume très bien ces sous-thèmes employés dans l’œuvre : "Je veux être reconnue. Je veux qu’on m’accepte. Je veux que quelqu’un délie un à un tous les fils noirs qui sont pris dans mon cœur comme on détache un à un les cheveux pris dans un peigne, et les jette à la corbeille. Je voudrais que les autres répondent à mon attente, mais je ne suis même pas capable de penser à faire quelque chose pour quiconque."

    Le roman vu par le lecteur adolescent

    L’œuvre est avant tout un récit narré par une adolescente de 15-16 ans donc dans "l’âge d’or" de l’adolescence. Ainsi, le lecteur de cette tranche d’âge pourra très bien reconnaître des aspects de sa personnalité : premiers émois amoureux, volonté d’une reconnaissance, dégoût d’une vie jugée cruelle,... De plus, Risa Wataya a fait en sorte d’écrire le récit de telle façon qu’il puisse toucher un public le plus large possible : ainsi, on n’a pas la superposition de l’adolescente type avec la jeune Hatsu. Elle rend bien compte de problèmes rencontrés autant par les garçons que par les filles. Le supplément apporté par Ninagawa peut accentuer ce sentiment, bien qu’il soit rare de rencontrer des jeunes hommes passionnés par la mode. En tout cas, le récit apporte pas mal d’idées tirées de la réalité, notamment prises par rapport à la jeunesse japonaise, jugée assez pudique et enfermée dans son propre monde idyllique.

    Intérêt du récit

    Ce livre, pour ma part, est excellent. Le style d’écriture de Risa Wataya est simple, fluide et sans prétention. L’écrivaine ne se complique pas la vie : le livre se comprend facilement avec quelques situations de la vie de tous les jours. Elle écrit à partir de sa propre expérience d’adolescente, tout en généralisant avec les garçons. Le sujet est assez bien expliqué mais de façon assez sensible et pudique. On y retrouve, malgré cela, pas mal de notes d’humour qui font sourire. On arrive à lire très vite le livre, tellement vite qu’on ne se rend même pas compte qu’on arrive à son terme. Je vous le conseille donc si vous voulez passer un bon moment de détente et de nostalgie !!

    Karbiche Rachid, L1 HSI

    UFR Langue et Culture Antiques, décembre 2009

    Post-scriptum

    WATAYA, Risa, HONNORÉ, Patrick trad., ill. en coul. de Sasaki Kozue Appel du pied. Philippe Picquier, 2008. 164 p. (Picquier poche). 6 €

    Titre original : Keritai senaka, traduit du japonais par Patrick Honnoré

    " [...]Ce journal intime d’une jeune fille qui n’arrive pas à s’intégrer dans sa classe est au plus près des sensations, de la contradiction des sentiments qui affleurent sous la surface unie des apparences. De ces moments où l’on cherche un sol ferme sous ses pieds, pour s’aventurer à la découverte de la vie. Et lorsqu’on se sent attirée par un garçon qui vit confiné dans sa passion pour un mannequin vedette, on aimerait bien le réveiller de son rêve pour qu’il fasse ses premiers pas avec vous, sur ce chemin incertain. Une chronique sensible, et pleine d’humour, de cet âge oscillant entre la nostalgie d’une enfance innocente et la naissance presque malgré soi, de ce qui pourrait bien s’appeler l’amour." (quatrième de couverture)