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Le Livres des choses perdues, de John Connolly

Un sombre roman fantastique
 
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    Couverture nuit pour les adultes, rouge sang pour les enfants. Forêt épineuse aux arbres sans feuilles, regards inquiétants qui surgissent de la nuit. Un loup, un chasseur, un renard et un garçon détenant une clé, tous se dirigeant dans la même direction. Au centre, sur une branche d’arbre, on aperçoit un enfant qui, entre ses mains, tient un livre ouvert. Voilà tous les ingrédients qui composent l’histoire du roman. L’ambiance, sombre et inquiétante, est mise en place, ainsi débute le récit.
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    Le Livre des choses perdues (version adolescent)
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    Le Livre des choses perdues (version adulte)

    1939, Angleterre, Seconde Guerre mondiale.

    David, douze ans, doit faire face à la mort de sa mère, au remariage de son père et à la naissance de son demi-frère. Un jour, persuadé d’avoir entendu la voix de sa mère, il découvre dans son jardin, un passage qui le mène dans un monde parallèle où mythes, contes et légendes se côtoient. Entrez dans un monde fantastique peuplé de monstres et de mystères.

    La quatrième de couverture met en avant deux éléments : un résumé très complet et quelques informations sur l’auteur. A l’intérieur, peu d’indices supplémentaires puisqu’aucune illustration n’est ajoutée, et que le dossier présent dans l’œuvre originale a été retiré. Par ailleurs, on y trouve un sommaire et un symbole (clé) représentant l’entrée et la fin d’une explication ou d’un récit conté par les personnages. Découpé en chapitres, ce roman met en œuvre quelques symboles de typographie (abréviation, telle que « Dr », ou encore capitales initiales).

    Le livre des choses perdues, écrit par l’irlandais John CONNOLLY, est un livre aux diverses influences. Il met en scène contes revisités et légendes ; c’est un livre qui nous parle de livres tout en y ajoutant une touche d’originalité. Un second souffle est alors donné aux œuvres célèbres en restant toutefois assez fidèle au déroulement de chaque l’histoire.

    Un trait simple et fluide est la marque de fabrique d’une œuvre complexe aux thèmes difficiles. L’auteur nous présente son récit à travers le regard de David, ses sentiments y sont décrits avec intensité, ce qui permet aux lecteurs de s’identifier au héros et de ressentir ses émotions. Nous entrons dans la peau du personnage central, l’âge y joue pour beaucoup. Le lectorat visé, est soit le préadolescent, qui vit les instants présents en fusion avec le héros soit l’adulte, qui revisite son enfance.

    Nouveaux contes OU reprises ?

    Les contes y sont, par exemple, irrésistiblement remis au goût du jour pour mettre en avant l’esclavage (des 7 nains) par un tyran (Blanche-neige). Un nouveau conte prend forme en se basant sur les contes populaires afin d’en faire éclore une nouvelle morale plus adaptée à notre époque pour une identification plus efficace. Apparaissant toujours quand David en a besoin, ils ont pour fonction de faire ressortir des éléments moralisateurs permettant au héros de comprendre ses erreurs et de choisir la bonne voie. Ils guident David dans ses choix.

    La Mort accompagnée de son acolyte le Deuil

    David a douze ans. Il vient de voir sa mère mourir à petit feu sous ses yeux, dévastée par le cancer. Il est inconsolable et cela se comprend, c’est pourquoi quand il voit son père tourner cette page de leur vie en se remariant et donnant naissance à un nouveau né, David qui n’a toujours pas accepté la mort de sa mère, prend cela comme un acte de haute trahison. Trahi et blessé par son père, il rejette le nouveau-né et la mère de ce dernier, sa « belle-mère ». Au cours de son voyage pour retrouver sa mère (qu’il croit vivante dans le monde parallèle lié à son jardin), le héros rencontre des êtres blessés comme lui par la vie. Il grandit et prend conscience de sa perte d’esprit, sa mère est bel et bien morte. Lors de son parcours initiatique, il se lie d’amitié avec Roland qui recherche son « ami » disparu, Raphaël. C’est à ses côtés qu’il comprend qu’ils sont animés par la même folie ; ils n’arrivent pas à oublier ceux qui les ont quittés et qu’ils aimaient si fort. A la fin de l’œuvre, David grandit, sauve son frère du piège de l’homme Biscornu (méchant de l’histoire) et finit par accepter Rose, même si elle n’est pas sa mère. Cela ne l’empêche pas de l’aimer pour ce qu’elle est et pour ce qu’elle peut lui apporter.

    L’amour d’un homme pour un autre

    Thème abordé de plus en plus souvent aujourd’hui dans les ouvrages de jeunesse, il est ici présenté de manière très pure. On parle de sentiments et non pas de harcèlement sexuel comme le craint, tout d’abord, le héros, quand il apprend les tendances de Roland. Mais ce dernier choqué, explique et disperse les peurs de David en lui racontant que seul Raphaël compte à ses yeux et que ce qu’il ressent pour lui n’a rien avoir avec l’amour charnel. Ainsi expliquées, les remises en questions du héros et du lecteur prennent fin, leur faisant ouvrir les yeux sur la sincérité du personnage qui ne fait que suivre son cœur, prêt à tout pour retrouver celui qu’il aime. Il préférera mourir avec lui, que vivre sans lui, prouvant la profondeur et la pureté de ses sentiments. Une évolution des mœurs des sociétés modernes est alors décrite.

    La frustration ou la peur : moteur des actions de David ?

    Au début du récit, David est frustré car il subit la situation sans pouvoir influer dessus. Ainsi, quand il croit avoir la possibilité de retrouver sa mère, il se lance dans un monde qui lui est inconnu. Son père se remarie et l’oublie, le souvenir de sa mère laisse place à celui de Rose. Il a peur que sa mère ne disparaisse pour toujours du cœur de son père et de leur vie. Ainsi arrivé dans une autre dimension, il ne cesse d’être poursuivi par ses peurs qui, sous ses yeux, se matérialisent en divers êtres de légende. Ce n’est que lorsqu’ il vaincra ses peurs, qu’il grandira et sera en mesure de surmonter sa frustration et de laisser ses blessures guérir. A la fin du roman, il peut faire son deuil, sa frustration et ses peurs ayant disparues. Il rentre chez lui, mâture et prêt à affronter la vie.

    Parcours permettant le passage à l’âge adulte

    David, par cette aventure, prend conscience de ses erreurs et se rend compte de la portée des conséquences de ses choix. Il grandit. Petit garçon de douze ans au début de l’œuvre, il est inconscient des problèmes qui peuvent toucher le monde et agit, contre sa volonté, de façon assez égoïste. C’est avec des yeux d’enfant qu’il ne se préoccupe que de ses malheurs et c’est normal, on l’excuse. Mais l’évolution qui s’effectue sous nos yeux est remarquable, et l’adulte qui lit le livre remerciera l’auteur de ce changement d’attitude qu’il acceptera plus volontiers. Il apprend de nouvelles valeurs au contact de ses nouveaux camarades. Il s’enrichit de cette diversité et en ressort muri. De passif, il devient acteur et cherche à protéger ce qui vaut la peine de l’être. La magie est au rendez-vous, tout y est clairement expliqué, et les événements se succèdent de manière à éviter l’ennui mais sans jamais tomber pour autant dans la précipitation. Les contes, qui y sont relatés ayant subi quelques modifications, n’en sont pas dénaturés et malgré de sombres passages, ces œuvres restent toutefois une source d’espoir, où l’entraide et l’amitié sont de mise. Peuplée d’êtres et de créatures fantastiques, cette fable nous offre un renouveau du genre, émerveillant petits et grands par sa sensibilité et ses parallèles avec notre monde. L’imagination et l’évasion sont garanties, accompagnées d’une touche d’innovation.

    Après avoir été mis sous observation, quel en est le diagnostic ?

    Ce roman m’a beaucoup plu, tant par l’originalité de l’écriture que par la reprise de contes célèbres qui, détournés, transmettent bien plus qu’on ne pourrait s’y attendre. Ce livre m’a émue par sa sincérité et son approche de l’amour qu’il est difficile d’abandonner. Légendes et mythes y sont évoqués pour le plus grand plaisir des lecteurs qui retrouveront à travers ce livre tous les êtres magiques qui ont marqué leur enfance. Certes, ce roman n’est pas à placer entre n’importe quelles mains, accumulant les scènes de cruauté et de violence, il peut effrayer les plus jeunes, ou les plus sensibles. Le roman envoûte par la poésie des plus sensibles que nous propose John CONNOLLY. C’est avec beaucoup d’émotion qu’entre ses lignes l’épilogue nous réserve un moment des plus magiques.

    La fin d’une histoire, le début d’une vie

    Un roman étonnant, déconcertant, plus profond qu’il n’y paraît, un moment de pure fraîcheur. Il faut malgré tout rappeler que ce n’est pas un titre à la portée de tous, et qu’il vaut mieux attendre d’être mature. Nous atteignons tous tôt ou tard l’âge adulte acquérant au passage une vision du monde plus globale. Il nous offre une leçon de vie en douceur et nous rappelle que même adulte, nous restons toujours des enfants et qu’il ne faut jamais arrêter de rêver ni d’espérer, que la vie a bien plus à nous offrir que ce que l’on ne croit et qu’elle est remplie de la magie que l’on veut bien lui accorder.

    Le Livre des choses perdues est écrit par John CONNOLLY et illustré par Guylaine Moi en 2006. Il est traduit en 2009 par Pierre Brévignon. Édité aux éditions Archipel pour compte 348 pages et coûte 18,50 €.

    Avec à son actif deux adaptations, l’ouvrage possède 2 numéros d’ISBN :

     978-2-8098-0154-5 (édition jeunesse)

     978-2-8098-0143-9 (version adultes)

    DUDOUX Marie-Laure HSI L1 (Langues et Culture antiques) Décembre 2009