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On me cache quelque chose, de Mélanie Florian

La vie, elle-même, une ébauche jamais complètement finie...
 
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    Suzie, « Petit Bout » pour les « grands bouts » que sont les adultes, a tout juste cinq ans. Parmi ces « grands bouts », il y a sa grand mère, son amie qu’elle aime beaucoup. Mais depuis quelque temps, ce n’est plus que couchées dans le lit qu’elles se racontent des histoires. Depuis ce temps aussi, l’ambiance à la maison n’est plus la même, et Suzie sent bien que l’attitude des grands bouts cache quelque chose...

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    Suzie, du haut de ses cinq ans, n’est pas indifférente à la plainte silencieuse qui s’écoule depuis quelque temps dans la maison. Même sa mémé, avec qui elle est complice, ne bouge plus de son lit : les voilà obligées de ne plus se raconter que des histoires sous la couette. Mais tout ça n’est pas grave, car Suzie, le « trop petit bout » pour en savoir plus, continue de dessiner et de faire des câlins à sa maman, comme pour la rassurer, et aussi à sa mémé, même si ... ?

    Car Suzie n’est pas bête. Comme d’ailleurs tout enfant dans une maison où pèse un secret, ils sont souvent bien moins naïfs qu’on ne le croit. Et parfois même bien plus forts que nous ...

    C’est l’approche de la mort d’un être cher que nous propose cet album de Mélanie Florian, à travers le regard et le langage de l’innocence. Un livre plein d’amour, de douceur et de couleurs destiné à la fois aux enfants pour qui la mort, si elle est injuste, doit être reconnue pour être surmontée, et à leurs parents qui croient pouvoir les préserver de ce qui fait finalement partie de la vie.

    Comment avouer l’inavouable, expliquer l’inexplicable, pour enfin surmonter l’insurmontable ?

    Bien souvent, nous, adultes, nous muons dans un silence impuissant face à la mort. Et les mots nous échappent encore davantage lorsqu’il s’agit de ne pas passer par des paraboles « Mémé est partie », « Non chérie, elle ne reviendra pas... ». Voici enfin un livre qui, destiné aux enfants, parle de la mort en tant que telle, et telle qu’elle peut l’être imaginée dans leurs têtes de « petits bouts », dont la capacité de compréhension est trop souvent sous estimée. Peut-être parce que c’est suffisamment difficile pour nous d’accepter le deuil ?

    En tout cas, ce qui aurait pu paraître brutal dans le texte est tout de suite contrebalancé par la chaleur des couleurs et illustrations, et le regard innocent de l’enfance : « Je me couche par terre. C’est pour voir comment ça fait quand on est mort ». Cette phrase, énoncée alors même que tout le monde tend à cacher la prochaine mort de la grand mère, en dit long sur les angoisses que peuvent générer chez l’enfant les inquiétudes du monde adulte, qui lui sont tues mais seront non moins perçues.

    Cependant, ces paroles seront suivies ici d’un sentiment de bien être chez la petite Suzie, qui comparera la mort à une longue sieste. La richesse des images atténuera également cette violence et ira même jusqu’à exploiter l’histoire comme un rêve, en faisant de la vie elle-même une ébauche jamais complètement finie : les papillons, fleurs et oiseaux qui peuplent les cheveux de la petite fille, ne cessant de la suivre et qui s’envolent vers un ailleurs plus haut, pourraient aussi bien témoigner du souvenir impérissable de la grand mère.

    Tout comme le dessin de la petite est révélateur de sa conscience éveillée et de son imagination sans borne. Tout ceci dans un langage enfantin innocent et rempli de douceur : un livre que nous parents, qui pouvons à tout moment connaître cette situation et afin de nous empêcher de sombrer dans le mutisme, devons mettre entre les mains de nos enfants, ou à eux de les mettre entre les nôtres !

    FLORIAN, Mélanie. On me cache quelque chose. Bruxelles : Alice jeunesse, 2008. 28 p. : ill. en coul. ; 24 x 25 cm. (Histoires comme ça).

    Cartonné 11,40 euros. ISBN 978-2-87426-073-5

    À partir de 3 ans.

    Mots clefs : mort d’un proche, relation grands parents enfants

    Ninoulette, L2 HSI, UFR Langues et culture antiques, décembre 2009