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L’étrange vie de Nobody Owens, de Neil Gaiman

L’enfant du cimetière...
 
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    "Dors, dors, mon tout petit, dors jusqu’au bout de la nuit, un jour tu verras le monde, tu verras comme la Terre est ronde. Danse, danse avec ton amour, pose un baiser sur ses lèvres, tu trouveras ton nom un jour et un trésor dans les ténèbres. Fais face à ta vie, dans la peine, dans la joie, ne passe aucun chemin sans le prendre."

    "Il y avait une main dans les ténèbres et cette main tenait un couteau." C’est par une sombre nuit, qu’une famille est assassinée par le couteau tranchant du "Jack". Par miracle, un bébé y échappe et se réfugie dans le cimetière.

    L’enfant à présent orphelin est adopté par Mr et Mrs Owens, des parents d’une autre époque, morts depuis quelques siècles. C’est dans ce cimetière,en tant que citoyen libre que notre héros vivra et grandira, entouré de fantômes, vampires et autres créatures mythiques qui tenteront de le protéger du monde dangereux des vivants... Ainsi commence l’étrange vie de Nobody Owens"

    (JPG)

    Références Bibliographiques

    GAIMAN, Neil, MC KEAN Dave ill. BESSON, Laurent couv., LE PLOUHINEC, Valérie trad. L’étrange vie de Nobody Owens. Albin Michel. 320 p. ; 21,5 x 14,5 cm. (Wiz. ISBN : 978-2-226-18954-7. Prix : 13.50 €

    Titre original The Graveyard Book (Le livre du cimetière)

    Du Gothique tout en poésie

    Une première de couverture d’un gris argenté, avec pour illustration le portrait en ombre d’un jeune garçon qui pourrait être n’importe qui ou PERSONNE. Le type de portrait que l’on trouverait sur un monument funéraire, orné de toiles d’araignées, de crânes et autres serpents.

    Le ton est donné ! Ce livre empreint de mystère, de magie, de folklore et de mythe, nous conte une histoire hors du commun de façon macabrement poétique. Digne d’un Tim Burton, ce livre nous fait ressentir peur, effroi, tendresse, amour et une douce horreur, ce qui me rendait perplexe, venant d’un livre jeunesse, mais dès les premières pages, j’ai été conquise par cette étrange histoire. De plus, les illustrations en noir et blanc de Dave McKean, collent à merveille avec l’histoire et plongent le lecteur dans cet univers étrange qu’est celui de "Bod Owens".

    Une impression de déjà vu

    En effet, la trame n’est pas sans rappeler l’œuvre de Rudyard Kipling, Le livre de la jungle. Le nom original est Graveyard Book (livre du cimetière) qui ressemble étrangement au Jungle Book (Livre de la jungle). De plus Nobody sera élevé par des fantômes dans un cimetière, alors que Mowgli grandira dans la jungle élevé par des loups. Tous deux orphelins vivront une enfance hors du commun loin des hommes (vivants). Par conséquent ce roman est une allégorie de l’enfance. L’enfance où beaucoup de choses extérieures de notre petit univers, nous sont inconnues peut-être même dangereuses...L’enfance d’où nous sortons tous tôt ou tard, pour VIVRE notre vie. Enfin Nobody nous inculque ici des valeurs comme la loyauté, le respect et l’acceptation de la différence.

    Bien que je sois restée sur ma faim, par le manque de détails à certains moments, ce livre reste un petit bijou de fantaisie et de poésie. Un roman sur fond gothique à la sauce Burtonienne, on n’en attendait pas moins pour l’auteur du célèbre Coraline. Je conseille donc ce livre aux enfants à partir de douze ans, mais aussi aux adultes. Une histoire merveilleuse qui enchantera les vivants... et les morts.

    Notes sur l’auteur

    C’est en voyant son fils de deux ans faire du tricycle entre les pierres tombales, que Neil Gaiman a eu l’idée de ce livre. Il avait à l’époque écrit le quatrième chapitre en premier, puis poussé par sa fille qui voulait connaître la suite des aventures de cet étrange garçon, il continua à partir de cette ébauche. Il a mis une vingtaine d’années pour créer ce chef d’œuvre, qui a remporté "La Newbery Medal 2009"

    Marion OLIVIERO, L1 HSI, UFR LCA, décembre 2009


    Autre analyse, autre point de vue...

    « Il ressemble à mon cousin Harry. »

    C’est ce que dit l’un des personnages en découvrant Nobody Owens, le héros du roman. On ne peut s’empêcher de relever cette réplique, tout à fait anodine dans l’histoire mais certainement pas dénuée d’espièglerie, car il est possible que l’auteur, Neil Gaiman, ait voulu faire un léger clin d’œil à ceux qui reconnaîtront ce nouveau genre en vogue dans la littérature jeunesse, et auquel Harry Potter a ouvert la voie.

    En effet, Nobody, tout comme Harry, est orphelin car ses parents ont été tués alors qu’il était tout bébé par un être maléfique. Il connaît d’heureuses années chez des êtres surnaturels qui l’ont recueilli (tout comme le petit sorcier à lunettes trouve du réconfort à Poudlard, l’école des sorciers), plus précisément les fantômes d’un cimetière, et il ressort grandi de toutes les expériences de la vie qui lui sont offertes par le monde des morts.

    Les romans fantastiques dans lesquels des orphelins misérables s’évadent et évoluent grâce au merveilleux sont légion depuis que J.K. Rowling a prouvé aux éditeurs que les jeunes lecteurs pouvaient être en demande de romans-fleuves et de thématiques classées SF. On pense au jeune héros du Clan des Otori dont la tribu est victime d’un génocide au début du premier tome, on pense à Lyra, la petite sauvageonne d’Oxford qui ne connait ni son père ni sa mère au début de la fameuse saga de Philippe Pullman...

    Cette vague de manuscrits enfin édités (On pense aux déclarations de l’auteur de Tara Duncan, le « Harry Potter français » qui soutient avoir écrit son roman avant J.K. Rowling, bien qu’elle fût publiée beaucoup plus tard.) n’est pas sans révéler un certain nombre d’abus ou de manque de clairvoyance de la part des professionnels du livre. Beaucoup de sagas fantastiques (Nous ne les nommerons pas.) que l’on trouve aujourd’hui en librairies manquent cruellement de qualités littéraire et semblent n’être sorties que dans un but bassement commercial. L’étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman n’est pas de ces productions-là.

    Il s’agit effectivement d’un tout autre genre d’œuvre. L’auteur est conscient de s’engager dans ce qui devient peu à peu des poncifs à l’heure actuelle, et il s’en tire avec brio en traitant le sujet de manière très personnelle et donc originale. En réalité, il reprend même des thématiques plus profondes encore, et qui existent depuis longtemps dans la littérature jeunesse. D’une part, en racontant l’histoire d’un petit garçon grandissant dans un cimetière, Neil Gaiman reprend la phase d’apprentissage vécue à l’école, et la confrontation douloureuse aux expériences de la vie que l’on éprouve lorsqu’on est enfant. Il s’agit d’un roman d’initiation. D’autre part, le fait que Nobody soit élevé dans un lieu autarcique, séparé du monde des vivants, met le personnage dans une situation de naufragé à la Robinson Crusoë (L’enfant lit d’ailleurs Vendredi ou la vie sauvage de Michel Tournier dans l’histoire, il s’agit pendant longtemps du seul livre auquel il a accès avant de pouvoir sortir du cimetière en trouver d’autres), il se trouve sur une île coupée du monde, qu’il ne quitte que lorsqu’il se sent prêt à le faire. D’ailleurs, son nom, Nobody, « Personne », évoque le personnage d’Ulysse dans L’Odyssée. Il s’agit d’un personnage qui doit traverser des intempéries et se faire un nom avant de rentrer chez lui. C’est également un personnage qui s’en sort par la ruse. C’est donc un roman d’aventure, couplé à un roman gothique (Le livre dans sa version originale s’intitule d’ailleurs The Graveyard Book, Le Livre-Cimetière.)On y retrouve de forts rappels à la littérature anglaise et à la littérature allemande du même genre dans le style d’écriture, ainsi que dans ses thématiques.

    Enfin, le roman traite de thèmes récurrents dans la littérature pour enfants : la vie et la mort. Ce sont des questions que se pose régulièrement le personnage du roman, sans jamais, heureusement, que cela ne devienne trop lourd ou angoissant. De fait, le texte est ponctué d’épitaphes [1] humoristiques et truffés de jeux de mots.

    Si l’histoire de Nobody Owens évoque fortement celle d’un film de Tim Burton, c’est peut-être normal, il existe un lien entre les deux auteurs : En effet, Henry Selick, réalisateur, a conçu les adaptations sur grands écrans de L’étrange Noël de monsieur Jack (poème écrit par Tim Burton bien avant que sa carrière cinématographique soit un réel succès) et Coraline, le dernier best-seller pour la jeunesse de Neil Gaiman. Il s’agit donc de deux univers très similaires, qui plairont sans aucun doute aux amateurs de l’un ou l’autre créateur.

    D’un autre côté, pour ce qui est de son héros imaginatif, débridé et anti-conformiste, Neil Gaiman se réclame de Lewis Carroll et de Rudyard Kipling (le livre leur est même dédié). Quant au cadre de l’histoire, il lui est très personnel, on retrouve le thème du monde parallèle dans bon nombre de ses œuvres précédentes essentiellement pour adultes : Stardust, Neverwhere... Dans son recueil de nouvelles, Des Choses Fragiles, l’auteur avoue franchement être mordu de romans gothiques et y consacre une histoire entière qui en reprend tous les clichés (cimetières, héroïnes spectrales...)

    Enfin, pour ce qui est des illustrations, l’auteur travaille avec son partenaire préféré, Dave McKean, qui l’a déjà servi de nombreuses fois, notamment pour certaines de ses œuvres pour adultes comme Violent Cases.

    En définitive, L’étrange vie de Nobody Owens est un chef d’œuvre salué par les critiques, auquel on pourrait peut-être reprocher un manque d’épaisseur (mais l’auteur avoue lui-même qu’à l’origine, il ne s’agissait que d’une nouvelle, devenue aujourd’hui le chapitre IV de son histoire qu’il a développé petit à petit par la suite) mais qu’on ne peut pas entièrement détester.

    Alexander Reinhardt, Lettres modernes, 01/04/2010

    Notes de bas de page

    [1] textes gravés sur les pierres tombales