Site littérature jeunesse de lille 3

La Rencontre, d’Allan Wesley Eckert

L’émouvante adaptation d’une histoire vraie...
 
  • - AUTEURS ET ILLUSTRATEURS
  • - CARNETS DE VOYAGE LITTÉRAIRE
  • ÉCRIVAINS EN HERBE
  • - ÉDITEURS
  • HÉROS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI, D’ICI ET D’AILLEURS...
  • - LA LITTÉRATURE JEUNESSE EN QUESTION(S)
  • MARQUE-PAGES / SIGNETS
  • - MINI THÈSES
  • - PARTIE PRIVÉE
  • - QUI SOMMES-NOUS ?
  • RECHERCHE PAR THÈME
  • - RESSOURCES EN LECTURE ET LITTÉRATURE JEUNESSE
  •  

    Dans la même rubrique

    Mots-clés

    (JPG)
    © Le livre de poche jeunesse, 2007

    Au XIXe siècle, au nord des États-Unis, un enfant nommé Benjamin Macdonald vit avec sa famille dans une ferme de la ville de Winnipeg. Un peu sauvage et solitaire, il ne parvient à nouer des relations qu’avec les animaux. Il semble être doué pour les comprendre et communiquer avec eux, au grand regret de ses parents qui aimeraient que leur benjamin soit plus bavard avec les siens. Après une altercation avec son père qui ne supporte plus son mutisme, il s’enfuit de chez lui un soir de tempête. Livré à lui même, le petit garçon de six ans va se réfugier dans un terrier sans savoir que celui-ci est habité par une mère blaireau qui vient de perdre ses petits. Pendant six semaines, Ben vivra avec elle et grâce à cette expérience hors du commun, il s’ouvrira aux autres et se réconciliera avec sa famille qui dès lors acceptera ses différences.

    Aventure et tolérance...

    Ce roman d’aventures adressé aux jeunes adolescents à partir de onze ans a pour thème l’aventure de ce petit garçon, mais aussi de manière plus implicite la tolérance,l’acceptation de la différence et le respect de l’autre. Il s’agit d’un roman attractif qui capte d’autant plus l’attention qu’il est inspiré de faits réels,dont il est cependant difficile de connaître l’origine. Publié aux États-Unis en 1971,le livre a connu un succès mondial,mais est resté discret en France,ou il n’est connu que depuis quelques années. Pour mieux comprendre les différents thèmes abordés,une analyse de l’évolution des personnages principaux,à savoir William et Esther Mac Donald,les parents du jeune héros et évidemment,de ce dernier semble nécessaire,ainsi que les effets produits sur de jeunes lecteurs : le roman est en effet, très réaliste sur les lois de la nature et les relations humaines .

    En effet,dès le début du roman,l’auteur fait un portait de Benjamin assez étrange : il est présenté comme le « seul soucis de ses parents » : on découvre ensuite l’enfant suivant une petite souris dans son jardin,et Allan Eckert ne manque pas de nous préciser que suivre les animaux est une occupation assez banale pour le héros. Le « don » du petit garçon est dès lors mis en avant : il est capable de faire comprendre à n’importe quel animal qu’il ne lui veut aucun mal et parvient ainsi à créer des liens assez particuliers avec eux. Ce passage nous révèle pourtant quelque chose de très important : lorsque son père le découvre,il le gronde et rejoint sa femme. Il lui confie que le petit garçon agissait « comme d’habitude » avec un « air écœuré ». En effet,le comportement de Ben envers les animaux pose un gros problème car il existe au détriment de ses relations avec sa propre famille. C’est un petit garçon chétif qui ressemble encore à un « bébé »,faisant à peine la moitié de son âge, il est sauvage et n’apprécie pas la compagnie des êtres humains,à qui il n’a rien à dire, et surtout envers qui il se sent inintéressant, surtout quand ils lui sont inconnus. Ce comportement lui vaut d’être considéré comme « anormal » selon son père,avec qui la communication est particulièrement difficile...

    Seule sa mère continue à croire que son fils peut changer, le considérant « comme un enfant seul,désarmé,et incapable de faire le moindre mal ». Ainsi,dès le début de l’œuvre l’auteur nous présente une situation familiale alarmante,sans dialogue et où les conflits sont fréquents.

    Une rencontre...

    Cependant,un événement inattendu va se produire et provoquer un effort de communication de Benjamin lui même : en effet,lors d’une de ses nombreuses promenades,le jeune héros rencontre un animal qui a pourtant une réputation de prédateur féroce, « à qui même les loups fichaient généralement la paix » : un blaireau,une jeune femelle qui vient d’avoir des petits. Benjamin, bien qu’effrayé par cette rencontre assez inattendue, reste calme et décide de ne pas fuir et de tenter d’apprivoiser l’animal. Le Blaireau et l’enfant passent alors plusieurs minutes à se fixer, puis Benjamin commence à imiter la bête,sa technique pour nouer une relation avec lui. Après cette première approche, il parvient même à la nourri et l’approcher brièvement. Cette rencontre,malgré sa brièveté,est un moment crucial dans l’œuvre, puisqu’elle est à l’origine du premier changement de comportement à constater dans le roman : le jeune héros s’ouvre un peu au monde qui l’entoure.

    En rentrant chez lui,l’enfant est même « rayonnant »,et quand vient l’heure du dîner du soir, le changement d’humeur ne manque pas d’attirer l’attention à chaque membre de sa famille.. À la surprise générale,le petit garçon confie même la raison de cette bonne humeur. Un moment de bonheur de courte durée,puisque le père de l’enfant brisera la lien noué avec lui en quelques secondes :en effet,celui-ci n’apprécie guère la présence des blaireaux dans sa propriété et déclarera même espérer « que George Burton l’attrapera avec un de ses pièges ».

    On constate que la rencontre avec l’animal provoque déjà un changement dans le comportement de Ben,même si celui-ci disparaît brutalement à cause de son père et de ses idées reçues sur les animaux sauvages. Benjamin ne reverra plus la Dame Blaireau pendant quelques temps,et sa vie redeviendra comme elle l’était avant la rencontre,en tout cas pas jusqu’à sa fugue dans la campagne nord-américaine,autre conséquence du comportement maladroit de son père William.

    En effet,cet enfant va, par une fin d’après-midi orageuse, s’aventurer un peu trop loin de sa ferme : piégé par la tombée de la nuit,il se réfugie dans un terrier abandonné et attends que le temps se calme,afin de rentrer chez lui. Ce qu’il ignorait, c’est que c’est ce terrier même qu’a choisi le blaireau pour vivre, après la mort brutale de ses petits. Blessée et affaiblie,la mère blaireau construit alors un lien extraordinaire avec le petit garçon : lui la soigne,elle le nourrit et lui offre même son lait. Leurs caractères sont d’ailleurs étrangement semblables,le blaireau étant lui aussi très méfiant envers ses congénères. Cette mésaventure durera six semaines,durant lesquelles la famille du garçonnet le croit mort, ne le trouvant nulle part aux alentours de son domicile. Benjamin ne manifeste aucun désir de se retrouver parmi les siens,et c’est le hasard qui fera qu’il sera retrouvé et ramené chez lui,de force. Plusieurs jours seront nécessaires pour que l’enfant parvienne à retrouver sa nouvelle vie,avec cependant une particularité : la Dame Blaireau,ne pouvant se résoudre à perdre encore une fois un de ses protégés,s’est finalement rendue chez Benjamin. Une vie paisible se construit alors,les relations entre le père et le fils s’améliorent. Cette aventure coupé Ben du monde des humains,certes,mais elle a aussi contribué à une forme de renaissance,une nouvelle vie dans laquelle Benjamin devient peu à peu sociable et ouvert.

    ... qui va transformer toute la famille...

    Le jeune héros n’est pas le seul à subir des changements : ses parents,et en particulier son père,font l’objet d’une évolution : le père maladroit,incapable de comprendre et de gérer le comportement de son fils qu’il juge « anormal » ,devient compréhensif et plus sensible : il comprend que son fils est doté d’une intelligence qui lui est propre,et une relation pacifique nait entre eux. La mère quand à elle,s’affirme et n’est plus le personnage effacé du début. Incapable d’accepter que son fils soit mort,elle continue à le chercher et fait preuve d’une grande fore lorsqu’elle menace d’un fusil George Burton,personnage violent,brutal et détesté par tous,pour sauver la vie de son enfant. Celui-ci,seul personnage négatif de l’œuvre,ne change pas : aucune prise de conscience ne survient tout au long de l’œuvre : au début comme à la fin du roman,il ne sait parler qu’avec les armes et s’occupe à piéger des animaux.

    Ainsi au long de cette œuvre,le comportement des personnages change constamment,et dans la plupart des cas de manière positive. Les nombreuses aventures citées dans l’œuvre ont cependant des conséquences sur les jeunes lecteurs auquel ce livre est adressé,qui ont à partir de onze ans.

    Un roman sur les lois de la nature

    On découvre en effet avec beaucoup de réalisme les lois de la nature, qui sont souvent cruelles, mais aussi celles entre les hommes.

    Dès l’apparition de la mère blaireau dans le roman,on apprend qu’elle s’apprête à avoir sa troisième portée,après en avoir perdu brutalement une durant une inondation, durant laquelle ses petits ont été noyés et son terrier détruit. Cette troisième portée est sur le point de voir le jour,et le blaireau cherche un nouveau nid « [elle] s’en était allée,seule à nouveau,laissant ces lieux de tragédie de plus en plus loin derrière » : sa recherche est assez difficile,car on apprend qu’elle doit faire attention à tous les détails pour ne pas être repérée,soit pas des prédateurs,soit par l’homme pour qui le blaireau est un redoutable ennemi. L’auteur ne manque pas de préciser que « rares sont les animaux sauvages, quelle que soit leur espèce, qui voient atteindre leur espérance de vie biologique car ils meurent presque tous de mort violente ».

    Le personnage de George Burton est un élément principal dans cette analyse de la cruauté que subissent les animaux :c’est lui même qui tuera froidement le père des petits blaireaux,après l’avoir piégé et laissé agoniser pendant deux jours et qui ira l’exhiber à la famille Mac Donald,sous les yeux du petit Benjamin. C’est aussi lui qui posera un piège qui aurait bien pu être fatal à la mère blaireau,mais qui malheureusement le sera pour ses derniers petits,qui,privés de lait maternel pendant trop longtemps,ne survivront pas. Les nombreuses tentatives d’évasion de celle-ci seront une vraie torture,puisqu’elle entendre ses petits crier longtemps avant de pouvoir se dégager du piège enfoui sous terre par Burton. La mère blaireau s’en sortira avec une patte superficiellement blessée,qui l’empêchera de chasser pendant quelque temps. De plus,la scène de la rencontre elle même fera l’objet de la mort d’un animal : pour nourrir sa nouvelle amie,Ben lui donne des petites souris qu’il a lui-même tuées,sachant qu’elles étaient condamnées à mourir sans leur mère. Ici, il tue un animal « pour la première fois ».

    Cependant le monde animal n’est pas le seul à faire l’objet d’une description cruellement réaliste :les rapports humains sont eux aussi compliqués,conflictuels. En effet,Burton se fait aussi des ennemis chez les humains : le père de Ben ne l’apprécie guère. Il le considère comme « un lâche,une brute,un bon à rien. » et n’aime pas le voir roder autour de sa ferme,ni venir le soir rendre visite. A la fin de l’œuvre celui-ci est définitivement chassé de la ville . Un autre exemple nous est donné pendant les recherches du petit Benjamin,lorsque les habitants décident d’abandonner tout espoir et laissent les Mac Donald seuls.

    Un roman émouvant, une histoire authentique...

    Ce livre, destiné aux jeunes à partir de douze ans, s’avère être très réaliste, même si au premier abord l’histoire semble assez farfelue : il est plutôt destiné aux enfants qui apprécient la nature et les histoires où les animaux ont un rôle important.

    C’est un roman d’aventure assez émouvant, aux personnages sont attachants. Une histoire très bien racontée avec de nombreux moments de suspense.

    L’auteur a choisi de ne pas romancer à l’excès son adaptation d’une histoire vraie et cela rend le récit authentique et crédible...

    ©Élodie De Deken, décembre 2009

    L1 HSI Langues et Cultures Antiques

    Post-scriptum

    ECKERT, Allan Wesley. La rencontre : l’histoire véridique de Ben MacDonald. Paris : Le livre de poche jeunesse, 2007. 225 p. ; 18 x 13 cm. (Le livre de poche jeunesse. Contemporain ; 810). 4,90 €. Nouv. présentation ISBN 978-2-01-322425-3 Traduit de l’anglais par Henri Theureau.