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La monstrueuse parade des MONSTRES (mini thèse)

À la rencontre des monstres dans la littérature de jeunesse
 
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    Monstres horribles, rigolos, maladroits, méchants...les monstres peuplent notre imagination depuis des siècles et alimentent en nous la peur et la terreur ! Bienvenue dans le monstrueux monde des monstres !

    Le monstre : entre mythologie et réalité

    Le terme « monstre » trouve ses origines dans le latin « monstrum » qui signifie « présage ». Une autre étymologie possible donne au terme une toute autre signification. Il viendrait du verbe latin « monstrare » qui signifie « montrer » et supposerait donc à l’origine un phénomène de foire.

    Le monstre est un être dont les normes physiques sont éloignées de la normale. Le terme peut être aussi lié à des caractéristiques morales.

    Dans les deux cas, le monstre est une figure qui suscite la peur et l’angoisse.

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    Il faut remonter à l’Antiquité pour retrouver l’origine des premiers monstres de la mythologie grecque et romaine. Dans les mythologies, c’est une figure omniprésente. On peut en citer un grand nombre : la Gorgone dont le masque de méduse pétrifiait les humains, l’Hydre de Lerne, le Sphinx, les Cerbères, les Gorgonnes, les Harpies, le Minotaure, le Cyclope pour ne citer que les plus connus. Le monstre est aussi assimilé à une terreur collective dans les croyances payennes : le loup-garou, par exemple, en est une thématique récurrente.

    Dans la littérature en général, on peut citer comme exemples de monstres célèbres : Polyphème le cyclope dans l’Odyssée d’Homère, Cerbère, la Méduse, le Minotaure, le Griffon, la Sirène et la Harpie dans La divine comédie de Dante, Quasimodo dans Notre-Dame-de-Paris de Victor Hugo, le célèbre Dracula, le monstre créé par le docteur Frankenstein et Golem.

    Les monstres ont aussi une place importante dans la littérature de jeunesse. Ils sont le reflet des peurs enfantines. Aussi, il est intéressant d’en dresser une étude particulière.

    Dans la plupart des écrits dédiés aux enfants, on retrouve de nombreuses histoires rattachées à la figure du monstre : le petit chaperon rouge et le loup, Hansel et Gretel et la méchante sorcière-ogresse, l’ogre dans le petit poucet, nombreux sont les monstres qui peuplent l’imaginaire des contes. À l’origine, ils sont surtout dédiés aux adultes mais les enfants se sont approprié cette littérature.

    Aujourd’hui la figure du monstre est plus que présente dans la littérature de jeunesse. De nombreux auteurs s’inspirent des premiers monstres apparus dans la littérature et la mythologie grecque et romaine. De plus, les monstres sont différents d’un écrit à l’autre et selon la tranche d’âge auxquelles ces histoires s’adressent. Ainsi pour les plus petits, on retrouvera des monstres beaucoup plus attachants que dans la littérature pour adolescents où les monstres seront importants dans le récit initiatique des héros.

    Plusieurs figures de monstres apparaissent dans la littérature enfantine. Certains revêtent des caractéristiques morales proches de celles des humains : timides, peureux ou gentils, ils sont aux antipodes de ceux que l’on connaît. D’autres encore jouent leurs rôles véritables, celui de faire peur. Il ne faut pas oublier qu’à l’origine, le monstre est un être humain qui présente des malformations et qui suscitent le dégoût ou la peur chez les êtres humains « normaux ». Par la suite, les hommes en ont fait des créatures mythologiques. Outre ces humains malformés, il existe aussi dans la littérature enfantine, des individus dont les caractéristiques morales sont contraires à celles des gens honnêtes : ces « monstres-humains » sont représentés comme des êtres avides de pouvoir et inhumain. C’est en cela qu’on peut les présenter comme monstrueux. Ils n’ont aucune loi et tuent sans culpabilité les personnes qui se trouvent sur leurs chemins. Un monstre très célèbre dans le milieu enfantin : le croque-mitaine, personnage maléfique que les parents utilisent pour faire peur aux enfants imprudents.

    Des monstres rigolos...

    On peut remarquer que dans la littérature enfantine, les monstres sont souvent ridiculisés. Détournés de leur fonctions premières, ils sont peureux, gentils, maladroits et pleurnichards, tout le contraire de l’idée que s’en font les enfants. Ils ressembleraient presque aux humains s’ils n’avaient pas un physique repoussant. Dans l’album Tous les monstres ont peur du noir, les créatures sont ridiculisées : ils ont peur du noir, veulent à tous prix allumer la lumière pour se rassurer, se sauvent dès qu’ils entendent un bruit. La peur du noir est fréquente chez un enfant car c’est la peur de l’inconnu qui les habite. C’est pourquoi, la plupart du temps, les enfants définissent les monstres comme des formes sombres et indistinctes, avec des dents aiguisées et des pattes velues comme dans l’album Quand j’avais peur du noir où les monstres ne sont que des ombres aux doigts griffues. Les enfants n’ont pas la connaissance ou très peu des mythologies pour leur donner une apparence physique précise. Même quand les albums traitent des monstres mythologiques, les dessinateurs font en sorte de traiter les monstres de manière amusante et ludique comme dans l’album-documentaire Monstres où plusieurs bêtes affreuses sont énumérées : le basilic, la bête du Gevaudan, Cerbère, le croque-mitaine, le Diable, le dragon, les géants, le Golem, le monstre du Loch-Ness, le loup-garou, le Minotaure, l’ogre, le Sphinx, le vampire, le zombie...etc. Tous ces monstres et créatures font partie des mythologies et des croyances de tout pays.

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    Un autre album tout aussi intéressant sur la figure du monstre est celui de Catherine Leblanc et Roland Garrigue Comment ratatiner les monstres ? Dans cet album, quatre sortes de monstres sont différenciés : les grands, les petits, les moyens et les bizarres. Toutes les façons de les ratatiner y sont énumérées. Cela donne à l’enfant un sentiment de sécurité. Traité de manière drôle, ce livre est un guide à mettre entre toutes les mains des jeunes enfants qui ont peur du noir. De plus, les illustrations reprennent l’idée selon laquelle les monstres n’ont aucune forme.

    On peut remarquer de manière générale que les monstres dans la littérature enfantine sont traités de façon à ce qu’ils ne soient pas effrayants contrairement aux monstres de la littérature adolescente où les monstres gardent leurs rôles et sont là pour effrayer les jeunes lecteurs.

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    Seul l’ouvrage de Maurice Sendak, Max et les maximonstres, donne un autre aperçu des monstres. Écrit en 1963, l’ouvrage a vite généré de vives critiques estimant que les illustrations étaient effrayantes et donc faisaient peur aux enfants. De grandes dents longues, un corps poilu et difforme, telle en était leur représentation. Alors qu’aujourd’hui les monstres sont un thème récurrent dans la littérature de jeunesse, il y a quelques années il était presque inconcevable de traiter une telle thématique jugée trop « horrifique » par rapport au public visé.

    ...aux monstres monstrueux

    Dans la littérature adolescente, les monstres sont beaucoup plus effrayants que dans la littérature pour enfants. On retrouve bien évidemment les monstres des différentes mythologies existantes, la plupart du temps, ceux des mythologies grecques et romaines. La saga du héros Harry Potter, écrite par J.K. Rowling, est abondante en références mythologiques. Ainsi tout au long des sept tomes, le héros rencontrera toute sorte de monstres et créatures qu’il devra combattre. Il fera face au chien à trois têtes, Touffu, qui garde la pierre philosophale à l’abri de Voldemort. Il combattra lors de sa deuxième année à Poudlard le basilic, un long et grand serpent de six mètres dont le regard tue. Il défiera le Sphinx lors du tournoi des Trois sorciers. Il rencontrera un dragon lors de ce même tournoi. Ces monstres, symboles d’initiation à la magie mais aussi au combat, sont toujours posés en tant que barrière. Harry Potter devra les combattre ou les défier. Chaque fois qu’il gagne, il évolue dans sa vie de jeune sorcier. On retrouve aussi dans cette saga des monstres créés de toute pièce par l’auteur. Pour n’en citer que quelques uns : l’épouvantard, monstre qui prends la forme de la peur la plus profonde du sorcier qui lui fait face, les détraqueurs, gardiens d’Azkaban, la prison des sorciers qui font souffrir les gens en leur faisant revivre leurs plus mauvais souvenir et qui peuvent aspirer leurs âmes d’un seul baiser, l’acromantula, sorte d’araignée géante carnivore, le chapeaurouge, créature ressemblant à un gobelin vivant dans des cachots et se nourrissant de sang humain, le crabe de feu, mélange d’un crabe et d’un scorpion et qui peut atteindre près de 6 mètres de long...etc. Cette liste non exhaustive témoigne de la richesse de l’oeuvre de J.K Rowling. Les monstres y sont très présents et surtout liés à la magie. Dans les ouvrages pour adolescents, la plupart du temps, magie rime avec monstres. Que ce soit dans l’Apprenti Epouvanteur, Harry Potter, Eragon ou encore Twilight (pour ce qui est de la figure du vampire), les monstres sont très présents et sont signe d’évolution du personnage. É chaque rencontre, un changement radical ou pas se fait.

    Les monstres : phénomènes de foire et curiosités de la science

    Les monstres sont aussi des êtres humains dont les caractéristiques physiques sortent de la norme. Que ce soient des malformations physiques ou encore particularité étonnante, les monstres de foire étaient il y a longtemps très en vogue. Ces monstres étaient enfermés dans des cages et exposés au regard des spectateurs. Bien évidemment, l’entrée de ces cirques étaient payantes, et les monstres étaient le plus souvent maltraités. Dans les domaines de la science, le terme « monstre » est bien employé pour les êtres humains présentant des malformations. Ce terme n’est pas péjoratif mais désigne seulement la malformation. Dans la littérature adolescente, très peu de représentation de ce type de monstres est faite car il est possible, vu les origines des phénomènes de foire, que ce soit signe d’intolérance vis à vis des personnes ayant des malformations. La sage de Darren Shan ose aborder le sujet. Darren Shan est un jeune garçon qui, un beau jour, se rend avec son ami Steve à une parade de monstres, autrement dit un cirque des horreurs comme il est dit dans le livre. Il rencontre plusieurs monstres dont l’homme-loup, être hybride entre le loup et l’homme et qui est très sauvage (il va même jusqu’à aller arracher la main d’un des spectateurs et oter la vie à un jeune garçon en l’éviscérant). Il va aussi rencontrer l’homme-lézard qui a le corps recouvert d’écailles et qui parle aux serpents, l’homme à deux estomacs, la femme à barbe, l’homme élastique...etc. Darren Shan, par la suite, va rencontrer un vampire et devenir lui-même demi-vampire. Son maître, M. Krapula et lui-même vont vivre avec le cirque des horreurs. Son apprentissage pour la vie de monstre va commencer. Les monstres que l’on rencontre dans cette saga sont quelque peu effrayants car leurs malformations physiques peuvent dégoûter. On ressent la frayeur des spectacteurs face à la parade des monstres mais lorsque Darren va vivre avec la troupe lorsqu’il sera un demi-vampire, il se rendra compte que l’humanité est plus forte que la monstruosité. Chaque membre de la parade participe à la vie quotidienne du cirque. Seul l’homme-loup sanguinaire est isolé dans une cage car jugé trop dangereux.

    Une définition précise du monstre est donnée par l’auteur. Au début du tome 1, le professeur de Darren définit le monstre comme étant « un malheureux qui souffre d’une anomalie physique. Un individu difforme ou mal proportionné. Quelqu’un qui aurait trois bras ou deux nez ; un cul de jatte ; un être très petit ou très grand ». Cette définition relève plus du domaine des sciences. D’ailleurs la science des monstres est appelé « tératologie » du grec « teras » qui signifie « monstre  » et « logos », « la science ».

    Bien qu’il existe très certainement d’autres ouvrages de jeunesse traitant du sujet (les monstres de foire), c’est un thème plutôt rare et très peu abordé en littérature. Le plus souvent, la figure du monstre à proprement parler comme créature bestiale et fantastique sera traitée dans la littérature enfantine.

    Le "monstre-humain" : un être immoral et sans pitié

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    On l’a vu dans l’introduction, le monstre peut aussi être humain. Humain car mortel mais monstre par les actes qu’il commet mais aussi par son physique repoussant. Le plus souvent, ce genre de personnage n’hésitera pas à tuer quiconque se mettra sur son chemin. Un bon exemple de « monstre-humain » est Voldemort dans la saga de Harry Potter. Voldemort appelé aussi «  Seigneur des Ténèbres  » ou encore «  Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom  » est un sorcier redouté des siens à cause des actes monstrueux qu’il a commis. Ce sorcier a été anéanti par Harry Potter alors que celui-ci n’avait qu’un an. Le jeune sorcier, devenu célèbre par cet exploit, va rencontrer Voldemort plusieurs fois au cours de sa scolarité à Poudlard. Voldemort est en fait un sorcier qui a découpé son âme en sept morceaux qu’il a caché dans des Horcruxes. Voldemort est un humain à l’allure reptilienne : son nez est une fente et ses yeux rouges rappellent ceux des serpents. On peut le qualifier de monstre-humain à cause de ses actes qui sont immoraux mais aussi de par son physique. Il n’hésite pas à tuer quiconque se met en travers de son chemin. De plus, le fait qu’il puisse ressusciter fait de lui un monstre pratiquement imbattable. Sa description physique est faite dans le tome 4 lorsqu’il « ressuscite ». Il est ainsi décrit : « L’homme squelettique sortit alors du chaudron.[...]Plus livide qu’une tête de mort, les yeux écarlates et grands ouverts, le nez plat avec deux fentes en guise de narines, à la manière des serpents...Lord Voldemort venait de renaître devant [Harry Potter]. »

    La sorcière Mère Malkin dans l’Épouvanteur pourrait être qualifié aussi de « monstre-humain ». D’allure repoussante, elle est emprisonnée dans le jardin de l’Épouvanteur. Mais son apprenti va le délivrer contre son gré. Mère malkin se nourrit de sang humain mais surtout de sang de bébé ou d’enfant. Plus le sang est frais et jeune, plus elle engrange de force.

    Tout comme la sorcière Grimalkin, la fameuse sorcière-bourreau aux ciseaux, qui torture ses victimes à l’aide d’instruments de torture tout aussi horribles les uns que les autres. Cette figure de monstre est la plus effrayante car au plus proche de l’homme. Les monstres aux formes indéfinies ou hybrides n’existent que dans les mythologies mais on peut rencontrer ce type de « monstre-humain » dans la vie réelle non pas sous forme de sorcier ou sorcière mais bien en tant qu’humain : tueur, cannibale ou fou furieux, le « monstre-humain » existe réellement.

    Dorothée SAISON, avril 2010

    DEUST 2 métiers des bibliothèques et de la documentation

    Post-scriptum

    Bibliographie

    BRAMI, Elisabeth et HOUDART, Emmanuelle. Monstres. Paris : Hachette jeunesse, 2002. 61p. ISBN 9782012243965

    DELANEY, Joseph. L’apprenti épouvanteur. Tome 1. Paris : Bayard jeunesse, 2004.

    DELANEY, Joseph. La malédiction de l’épouvanteur. Tome 2. Paris : Bayard jeunesse, 2005.

    DELANEY, Joseph. Le secret de l’épouvanteur. Tome 3. Paris : Bayard jeunesse, 2006.

    ESCOFFIER, Mickaël et DI GIACOMO, Kris. Tous les monstres ont peur du noir. Paris : Frimousse, 2008. 14p. ISBN 9782352410225

    LEBLANC, Catherine et GARRIGUE, Roland. Comment ratatiner les monstres ? Grenoble : Petit Glénat, 2008. 14p. ISBN 9782723462877

    ROWLING, J.K. Harry Potter à l’école des sorciers. Tome 1. Paris : Gallimard jeunesse, 1998. 302p. (Folio junior) ISBN 9

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    , 5 avril 2010, JPG 77.1 ko, 400 x 576 pixels