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Amis-amies, de Tomi Ungerer

De l’art au délire : l’imagination sans limites
 
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    La famille Bamoko arrive dans un nouveau quartier. Le fils, Rafi, est un jeune passionné de bricolage qui aide volontiers ses parents à emménager leur nouvelle maison. Mais Rafi se sent seul, et comme il n’a pas d’ami, il décide d’user de ses talents de bricoleur pour s’en fabriquer. Ki Sing, la jeune voisine, curieuse de voir l’enfant travailler ainsi, lui propose son aide et ses talents de couturière afin d’habiller les sculptures. Une amitié naît, et un gros travail de recyclage et de création commence...

    Un album qui aborde divers thèmes tels que l’imagination des enfants à travers leur créativité artistique, les différences culturelles et l’amitié.

    (JPG)
    © L’École des loisirs, 2007

    Créativité, délire et recyclage

    Des enfants très créatifs qui laissent libre cours à leur imagination et à leur talent artistique ? C’est Rafi, capable de monter seul son atelier de bricolage, qui manie des outils et fait preuve de suffisamment d’imagination pour faire des sculptures à base de déchets divers et variés. Ki Sing, elle, a des talents de couturière, et sait manier la machine à coudre. L’auteur développe le principe que le talent n’est pas réservé à des personnes exceptionnelles et que chacun, s’il trouve sa voie, est capable d’accomplir des prouesses dans son domaine. En effet, Rafi et Ki Sing ne sont pas plus intelligents que les autres.

    Pas surdoués, ils sont juste passionnés par leurs passe-temps. Ils exercent leurs passions dès qu’ils le peuvent, ont pu ainsi développer une finesse dans leur travail. Leur savoir-faire est digne de professionnels des domaines concernés.

    Par ailleurs, Tomi Ungerer prouve à l’enfant qui lit ou écoute l’histoire, qu’il a raison de croire en ses rêves et qu’il ne doit pas écouter les préjugés des adultes qui lui disent par exemple qu’être artiste n’est pas un métier.

    Les enfants s’inventeront un monde délirant, créant toutes sortes de personnages à base d’objets divers et variés, récupérés ici et là. Ils vont pouvoir exprimer leurs talents artistiques à travers des sculptures exubérantes faites de ballons de football, de cafetières, et autres grille-pain. Alors que les enfants peignent, cousent, bricolent, les sculptures vont peu à peu prendre tout l’espace. Au début, seules les sculptures des enfants se verront dans les dessins. Puis, ce décor va s’intégrer aux personnages et nous verrons la veste d’un photographe prendre la même couleur que le mur de brique. Les rôles s’inversent, les humains sont déshumanisés, et les sculptures sont personnifiées : une sculpture de chien en train de pleurer, trois médecins brancardant et effectuant une transfusion sanguine à une marionnette, jusqu’à arriver à une double page où il devient impossible de distinguer les humains des œuvres. Cette image est l’absolu délire dans lequel se trouvent les enfants. Mais ce délire touche davantage les adultes qui créent une ambiance carnavalesque par des allures encore plus démentes que celles des sculptures.

    Tomi Ungerer joue sur les yeux. Le regard étant une preuve de vie et d’expression des sentiments, les personnages humains perdront leurs regards, leurs yeux. L’un aura des verres de lunettes en brique, un autre aura des trous à la place des yeux. Une femme est cyclope, des globes oculaires se baladent un peu partout dans l’espace de cette double-page, devenant eux-mêmes des marionnettes. Enfin, Ki et Rafi deviennent adultes. L’une créatrice de mode, l’autre sculpteur qui se distingueront tous les deux par leur originalité inventive.

    Une certaine violence est présente dans ce livre. La déshumanisation des personnages, jusqu’aux sculptures de Rafi représentant un personnage étranglant un rat. Cette dernière figure nous rappelle l’histoire du joueur de flûte de Hamelin ; mais aussi le Chien-saucisse, comme celui de l’album de Gaëtan Dorémus.

    Enfin, le recyclage est surtout abordé à travers les sculptures. En effet, les enfants récupèrent tout ce qu’ils peuvent afin de fabriquer leurs œuvres. Pour eux, c’est comme partir à la chasse aux trésors. Ils vont à la décharge publique pour récupérer du vieux matériel. Tout est réutilisable, l’essentiel est d’avoir de l’imagination. À travers ceci, l’auteur aborde évidemment le sujet du gâchis. Un thème très actuel à une époque comme la nôtre où tant de livres et de films sur le développement durable et la pollution sont édités.

    Relations texte-images

    Les illustrations sont faites au crayon de couleur et à l’encre. Ce sont des dessins aux couleurs vives, séparés des textes. Les images prennent une place très importante dans la mise en page. Quand elles ne prennent pas toute la page, elles en prennent facilement les trois quarts.

    D’un côté, elles représentent le réel, et illustrent précisément le texte. D’un autre côté, elles représentent l’imaginaire. Lorsque les deux enfants se questionnent l’un l’autre au sujet de leurs coutumes vis-à-vis notamment des préjugés que Rafi a entendu sur la nourriture asiatique, l’image est le reflet de leur conversation, sans pour autant représenter la réalité.

    Deux personnages tiendront des propos racistes à l’égard des enfants lorsque ceux-ci feront leurs récupérations de déchets. Tomi Ungerer les représente violemment avec un trou dans la tête qui peut être assimilé au fait qu’ils ne réfléchissent pas : leur tête est vide. Les traits physiques des personnages sont typés afin de bien montrer leurs origines. Les premières illustrations représentent juste Rafi et sa famille. Puis les deux enfants s’activant à la sculpture et la couture, enfin, leur succès. Les images sont très importantes dans cet album car elles permettent à l’enfant de visualiser les sculptures et de bien comprendre en quoi les deux personnages ont de la créativité. Mais surtout, elles permettent d’entrer dans le monde délirant que se sont inventé Rafi et Ki, qui a finalement gagné la population. Elles prouvent la déshumanisation des personnages et la personnification des sculptures.

    À travers cet ouvrage, Tomi Ungerer relate divers thèmes tels que la créativité, le recyclage, l’amitié et les différences culturelles. Partant d’une situation tout-à-fait normale, il emmène le lecteur dans un délire absolu dans lequel on ne peut plus distinguer la réalité de l’imagination. Cet album enchantera petits et grands les emmenant dans l’univers carnavalesque de l’auteur, où prône l’amitié.

    Avec son habitude de jouer sur les contraires, Tomi Ungerer présente d’un côté des enfants surdoués en Art et sérieux dans leurs travaux, d’un autre côté des adultes atteints d’une folie et prêts à jouer les rôles des personnages imaginés par Rafi et Ki.

    Raphaële BEUZIT, mars 2010

    Deust 2 Métiers des bibliothèques et de la Documentation

    Post-scriptum

    UNGERER, Tomi. Amis-amies. Paris : L’École des loisirs, 2007. 34 p. : ill. en coul. ; 31 x 21 cm. Cartonné 13,00 € ISBN 978-2-211-08953-1

    Un album pour enfants à partir de 3 ans.

    Mots-clefs : différences culturelles, art, bricolage, amitié, créativité

    Pour en savoir plus...

    Le site du musée Tomi Ungerer à Strasbourg

    Tomi Ungerer sur le site de L’École des loisirs

    WILLER, Thérèse. Tomi Ungerer. Paris : L’École des loisirs, 2008. 95 p. ISBN 978-2-211-11118-8