Site littérature jeunesse de lille 3

L’absence de la MÈRE dans la littérature jeunesse (mini thèse)

L’évolution de l’image de la femme dans la littérature jeunesse
 
  • - AUTEURS ET ILLUSTRATEURS
  • - CARNETS DE VOYAGE LITTÉRAIRE
  • ÉCRIVAINS EN HERBE
  • - ÉDITEURS
  • HÉROS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI, D’ICI ET D’AILLEURS...
  • - LA LITTÉRATURE JEUNESSE EN QUESTION(S)
  • MARQUE-PAGES / SIGNETS
  • - MINI THÈSES
  • - PARTIE PRIVÉE
  • - QUI SOMMES-NOUS ?
  • RECHERCHE PAR THÈME
  • - RESSOURCES EN LECTURE ET LITTÉRATURE JEUNESSE
  •  

    Dans la même rubrique

    Mots-clés

    Maman. Aujourd’hui, au XXIe siècle, maman est un mot dont le sens a bien évolué. Maman, n’est plus forcément la femme qui reste à la maison pour s’occuper de ses petites têtes blondes. Maman n’est plus spécialement la femme qui s’occupe du ménage et aime remplir nos estomacs.

    L’absence de la mère

    Il y a quelques années, le rôle de mère était déjà remplacé dans certains romans par une belle-mère marâtre qui contrastait avec la douceur inhérente à chaque mère. La célèbre Comtesse de Ségur nous narrait alors la jeunesse de Sophie, élevée après la mort de sa mère et l’absence de son père par sa belle-mère marâtre, « juste et sévère », Madame Fichini dans Les Malheurs de Sophie.

    Aujourd’hui, au XXIe siècle, maman est un mot dont le sens a bien évolué. Maman peut être cette femme qui travaille tout le jour et qui rentre tard le soir. Maman peut être cette femme qui nous a mis au monde puis abandonné. Maman peut être cette femme dépendante et abusée qui entre ses larmes n’a pas le temps de nous voir, ou encore celle qui est partie de chez papa, celle qui est malade ou tout simplement celle qui est morte.

    Aujourd’hui, la littérature jeunesse regorge de livres pointant les différentes façons d’être une mère. Absente, mais mère quand même... Loin des tabous et des censures de la réédition des années 50 des trois premiers Babar de Jean de Bruhnoff qui sous l’excuse de ne pas faire peur aux enfants avait supprimé les pages faisant référence à la mort de la mère de Babar. L’histoire n’avait donc plus de sens ni d’enjeux cathartiques et laissait place à un livre « psychologiquement correct ».

    Pour illustrer l’absence d’une mère dans la littérature jeunesse nous allons suivre l’histoire de sept enfants faisant face à l’absence d’amour maternel au travers de sept ouvrages :

    -  DEROIN, Christine. Ma mère sans visage. Oskar jeunesse, 2009. Un roman pour 15 ans et plus.

    -  KAVIAN, Eva. Ne plus vivre avec lui. Mijade, 2009. Un roman pour 14 ans et plus.

    -  MÉLISOU, Marie et NICOLET, Stéphane. C’est tellement si bon. Le lutin malin, 2009. Un roman pour 7 ans et plus.

    -  MOUNDIC, Charlotte et TALLEC, Olivier. La croûte. Flammarion, 2009. Un album pour 5 ans et plus.

    -  MURAIL, Marie- Aude. Sans sucre, merci. L’ école des loisirs, 1993. Un roman pour 9 ans et plus.

    -  ONICHIMOWSKA, Anna. Héro, mon amour. Thierry Magnier, 2009. Un roman pour 14 ans et plus.

    -  TAKAYA, Natsuki. Fruit Basket. Delcourt, 2002. Un manga pour 10 ans et plus.

    Résumés des différents ouvrages

    Ma mère sans visage

    Cette histoire ce sont deux histoires. Celle d’une femme qui à 18 ans tombe enceinte et ne veut pas garder l’enfant après l’accouchement, et celle de Bastien Sylvère, le petit garçon qui 18 ans après va rencontrer sa mère biologique. Ce sont deux récits de doute sur l’envie d’être mère ou de rester femme et sur l’absence de la mère biologique, le manque de racines.

    (JPG)
    ma mère sans visage

    Ne plus Vivre avec lui

    Sylvia, 17 ans a des parents divorcés et parce qu’elle est fatiguée de vivre en garde alternée, elle téléphone à son père pour lui dire : « c’est décidé je vais vivre chez maman à temps complet ». Mais, lors du coup de téléphone, le père de Sylvia meurt dans un atroce accident de voiture. Sylvia va alors devoir faire face à la vie, s’occuper de l’enterrement de son père et de ses deux petites sœurs. Seule, elle dirige sa vie en regardant sa mère sombrer face à l’annonce d’une nouvelle grossesse et d’un ex-mari mort.

    (JPG)
    Ne plus vivre avec lui

    C’est tellement si bon

    Gabriel est un petit garçon de 10 ans qui vit avec sa mère suite au divorce de ses parents il y a 5 ans. Malheureusement, sa mère après le divorce s’est enfermée dans le travail et n’est jamais à la maison. Gabriel se retrouve alors seul face à lui même et va trouver refuge dans sa passion pour la confection de mousse au chocolat et dans ses discussions avec ses amies du forum de cuisine.

    (JPG)
    c’est tellement si bon

    La croûte

    Un petit garçon perd sa maman et ce jour là, il se fait mal au point d’avoir une croûte. Comme sa maman n’est plus là, il vit dorénavant avec son papa et tous les sentiments de l’abandon vont passer : il ne veut plus ouvrir les fenêtres pour ne pas perdre sa maman pour de bon, il la traite d’égoïste parce qu’elle l’a laissé avec un papa qui ne met pas le miel en zig-zag sur ses tartines comme elle, et surtout il ne veut pas que son bobo guérisse parce que quand il saigne il montre qu’il est vivant ! Heureusement, sa grand-mère est là et elle va lui expliquer « la mort ».

    (GIF)
    la croûte

    Sans sucre, merci

    Émilien est un garçon de 16 ans qui vit avec sa mère, divorcée et enceinte d’une petite fille. Dans l’appartement, plus d’électricité, plus de téléphone, sa mère a du mal à payer les factures et en plus Justine va bientôt naître et les couches, ça coûte très cher. Un jour, Émilien descend les escaliers de chez lui et tombe sur sa vieille voisine qui lui raconte toutes ses merveilleuses lectures. C’est en lisant du Barbara Cartland qu’Emilien va trouver une solution pour revenir à une vie normale : trouver un mari à sa mère !

    (JPG)
    sans sucre, merci

    Héro, mon amour

    Michal est un petit garçon bien seul qui vit dans une famille en proie à la dépendance : sa mère est dépendante de la cigarette, son père dépendant de l’alcool et son frère Jacek, dépendant de la drogue. De plus, ses parents travaillent et sont toujours en déplacement, alors Michal trouve le peu d’amour dont il a besoin dans les histoires que lui raconte la bonne Natacha et en espionnant son frère. Un jour, Michal à force de voir sa mère et son frère fumer, se dit : ça doit être « cool » d’essayer ! Il prend alors une cigarette dans la chambre de son frère Jacek, en cachette. Malheureusement, il ne s’agissait pas d’une cigarette mais d’un joint. Michal, finit pendu dans le grenier à avoir voulu un coup aussi long que celui d’une girafe. Nous assistons maintenant à la descente aux enfers de Jacek, 17 ans qui est plus seul que jamais.

    (GIF)
    héro, mon amour

    Fruit basket

    Tôru est une fille de 16 ans qui vit seule sous une tente depuis la mort de sa mère et c’est sur la propriété de la famille Sôma qu’elle a élu domicile. Lorsqu’un garçon de sa classe, Yuki Sôma, découvre par hasard qu’elle habite sous une tente, il lui propose d’être recueillie par sa famille dans une sorte de dôjo. C’est ici que commence l’aventure, lorsque Tôru va rentrer dans la famille Sôma faite exclusivement d’hommes victimes d’une malédiction : lorsqu’une personne du sexe opposé les approches ou qu’ils se sentent gênés, ils se transforment en l’un des douze animaux du zodiaque, plus le chat !

    (JPG)
    Fruit basket

    Ils voulaient devenir adultes à la place des adultes...

    Le point commun à tout ce corpus et à bien d’autres livres traitant du sujet, c’est la facilité des enfants à prendre les responsabilités parentales lorsque ceux-ci, pour diverses raisons, les ont occultées.

    Gabriel, le héros de C’est tellement si bon a à peine 10 ans. Il agit et il pense déjà comme un adulte : il se cuisine de bons petits plats puisque maman ne peut pas. Le plus impressionnant, c’est la capacité qu’a sa mère à le désinfantiliser en lui demandant de préparer une petite collation pour elle et ses collègues de travail qui vont devoir venir travailler à la maison et Gabriel, en grande fée du logis, préparera ces collations et même plus, puisqu’il cuisinera un dîner entier et parfait afin de culpabiliser sa mère.

    Sylvia, la fille de 17 ans qui perd son père dans Ne plus vivre avec lui va dans un premier temps s’occuper de ses sœurs et de sa propre mère puisque celle-ci est anéantie comme elle le dit si bien : « plus de père, plus de mère. Une femme qui vient de perdre l’homme qu’elle aime n’est pas en état de soutenir qui que ce soit. Perdre mon père, c’est aussi perdre ma mère ». Le constat est fait dans chaque œuvre étudiée la mère n’est plus mère mais redevient femme avant tout. La femme au travail, la femme en deuil, la femme qui ne se voit pas devenir mère. Sylvia doit alors organiser le propre enterrement de son père jusqu’à s’entendre dire par les amis de son père : « ce n’est plus la fille de Didier que je vois mais une femme ». Le processus est enclenché et Sylvia occupe le rôle maternel.

    Tôru, de Fruit Basket a perdu sa mère et se retrouve catapultée dans le dôjo de la famille Sôma : une maison remplie exclusivement d’hommes. En vraie mère (en vraie bonne), celle-ci va s’occuper, à 16 ans, de toutes les tâches domestiques de la maison : de la cuisine, à la lessive, au ménage elle s’occupera aussi et surtout d’écouter et d’aider chaque membre de la famille. Ainsi, l’enfant prend tout un lot de responsabilités face à l’absence de la personne devant les incarner, les poussant à devenir adulte à la place des adultes.

    Ils cherchent une présence qu’ils ne trouveront jamais !

    Même si tous ces héros cherchent à devenir adultes, ils ont tout de même besoin de se sentir aimés. L’absence de la figure maternelle les pousse à chercher qui pourra remplacer cet amour.

    Bastien-Sylvère l’explique bien dans Ma mère sans visage. Sa mère d’adoption a été une vraie mère pour lui, lui a tout donné, lui a tout expliqué, l’a aimé mais ce n’est pas sa mère biologique ! Lui qui déteste tant le melon et que sa famille d’adoption aime ! Il se demande si la femme qui l’a mis au monde aime le melon ou si il lui ressemble. Ressembler à quelqu’un, à un membre de sa famille, voilà ce qui l’interpelle.

    Michal, le petit garçon de Héros mon amour cherche quelqu’un qui joue avec lui dans le jardin le jour et qui lui raconte des histoires la nuit avant de dormir. Il trouvera sa mère dans la bonne de la maison, Natacha et en espionnant amoureusement son frère Jacek. Mais une bonne, un frère ne seront jamais des mères et personne ne verra Michal monter au grenier avec la drogue de son frère avant qu’il ne soit trop tard !

    Gabriel, le héros de C’est tellement si bon, s’enferme sur le forum de cuisine à discuter avec deux mamans de recettes de mousse au chocolat mais quand il s’agit de se confier il n’y arrive pas. Pourtant, il y a bien sa cousine qui lui téléphone tout le temps mais elle ne fait que rabâcher l’absence de la mère de Gabriel alors que tout ce qu’il voudrait c’est lui donner tort en lui disant qu’il passe bien la soirée avec sa mère.

    Sylvia, l’héroïne de Ne plus vivre avec lui, après la mort de son père et l’enfermement de sa mère dans le deuil, va décider de vivre chez son père, en imaginant sa présence, en lui parlant à travers le monde des morts, car le folklore raconte qu’un mort reste 49 jours dans le monde des vivants avant de les quitter à tout jamais. Que dire, du petit garçon de La croûte qui perd sa maman à tout jamais, ses repères. Heureusement, que papa et grand-maman sont là !

    Mais une mère c’est une mère et l’amour qu’il cherche ailleurs ne la remplacera pas ! Les fins possible trouvées dans ces ouvrages le montrent bien. Soit le héros retrouve sa mère et tout est bien qui finit bien, soit la mère est absente à jamais et rien ne pourra jamais combler le vide...

    Maman, quand même !

    Une autre caractéristique se dégage des œuvres étudiées. Même si la mère de Gabriel, Sylvia, Michal ; Tôru, les ont abandonnés de quelque manière qu’il soit, même si c’est injuste et même si ils se sentent bien seuls, jamais ils ne diront que c’est de la faute de leur mère, jamais ils ne diront la détester (mis à part dans La croûte où le petit garçon dans un excès de colère dit détester sa mère de l’avoir laissé avec quelqu’un qui ne sait pas mettre du miel en zig-zag sur ses tartines) Parce qu’après tout, c’est leur maman quand même !

    Leur histoire n’est pas la même, l’absence de la femme qu’ils aiment n’est pas due aux mêmes faits mais tous se sentent bien seuls et voudraient que leur maman revienne. L’image de la femme dans la littérature jeunesse a bien changé et l’absence de la mère n’est plus injustifiée ou remplacée par une belle-mère marâtre. La mère a le droit d’être femme et nos petits héros nous le racontent : racontent l’absence, racontent leurs mères qui ne sont plus. Des sujets honteux, parfois tabous sont maintenant montrés au grand jour et même grandement représentés en littérature jeunesse, enfin, chacun peut s’identifier dans une histoire, chacun pourra, peut-être, y retrouver son histoire.

    Bibliographie

    -  BRUNHOFF, Jean de. Babar le petit éléphant. Paris : Hachette jeunesse, 1998. 46p. : ill. en coul. ; 32x23 cm. ISBN 2012233589 : 11,50 €.

    -  DEROIN, Chrisitne. Ma mère sans visage. Paris : Oskar jeunesse, 2008. 109p. ; 21x13 cm. ISBN 978-2-35000-0341-2 : 10,95 €.

    -  KAVIAN, Eva. Ne plus vivre avec lui. Namur : Mijade, 2009. 191 p. ; 21x11 cm. ISBN 978-2-87423-045-5 : 8 €.

    -  MÉLISOU, Marie, NICOLET, Stéphane. C’est tellement si bon. La Motte d’Aigues : Le lutin malin, 2009. 69p. ; 22x11 cm. ISBN 978-2-915546-67-5 : 7 €.

    -  MOUNDLIC, Charlotte. La croûte. Paris : Flammarion, 2009. 30p. : ill. en coul. ; 25x20 cm. (Albums du père castor). ISBN 978-2-08-120855-1 : 10 €.

    -  MURAIL, Mari-Aude. Sans sucre, merci. Paris : l’école des loisirs, 1993. (neuf) 165 p. , 19x12 cm. ISBN 2-211-082-76-9-01-06 : 5,50 €.

    -  ONICHIMOWSKA, Anna. Héro, mon amour. Paris : Thierry Magnier, 2009. 223p. ; 21x12 cm. ISBN 978-2-84420-773-9 : 10,50 €.

    -  SÉGUR, Comtesse de. Les malheurs de Sophie. Paris : Hachette, 2006. 187p. : ill. en coul. ; 18x13 cm. (La bibliothèque rose). ISBN 2012011411 : 4.50 €.

    -  TAKAYA, Natsuki. Fruit Basket. Paris : Delcourt, 2002. 206p. : ill. ; 18x11 cm. ISBN 2-84055-918-8 : 6,50 €.

    Liens

    D’autres mini thèses traitent du sujet des rapports parents/enfants en voici des exemples :

    -  Les rapports père/fils dans la littérature jeunesse

    -  Les rapports inversés entre parents et enfants

    Mots clés : Absence, Femme, Mère

    Ambre LESAGE, DEUST 2 Métiers des bibliothèques et de la documentation, UFR IDIST, Mars 2010.