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SHADOKS - Entretien exclusif avec le Professeur Shadoko

 
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    C’était il y a très, très, très longtemps. En ce temps là, il y avait des bêtes. Et ces bêtes là pompaient, pompaient, pompaient... Elles ont ainsi couvert plusieurs générations et défrayé la chronique... Aujourd’hui plus que jamais, les Shadoks sont parmi nous...

    Aussi, merci d’accueillir un des plus célèbres personnages de cette série. J’ai nommé, le professeur Shadoko ! Professeur Shadoko : GA. (Bonjour)

    Pour un souci de clarté, un interprète traduira directement en bon français les réponses du professeur.

    Alors dites-nous, professeur, d’où viennent les shadoks ?

    (JPG)
    L’univers des shadoks.

    C’est très simple... à gauche du ciel, il y avait la planète Gibi, au centre la Terre, et à droite du ciel, il y avait la planète Shadoks...

    Non professeur, ce n’est pas de ça dont je voulais parler ! Bon... Je n’ai peut-être pas été assez précise. En fait je voulais parler de votre créateur.

    Ah oui ! Autant pour moi. Eh bien à la base, nous sommes une idée, dessinée sur du papier et rangée dans un tiroir. Notre créateur, Jacques Rouxel, voulait d’abord nous mettre sous un format de type publicitaire ; nous aurions été des épisodes de trente secondes, des sortes de spots publicitaires, mais sans produit à vendre. Heureusement ça ne s’est pas fait et « les Shadoks » sont ainsi devenus une série de l’ORTF (l’unique chaîne de la télévision française, en noir et blanc), diffusée à raison d’un épisode par jour, soit deux à trois minutes d’animation. À notre actif, nous avons quatre séries :
    -  BU ou « la préhistoire » créé en 1968
    -  ZO ou « le grand déménagement de la Terre » (1969)
    -  MEU ou « les shadoks pompent toujours » (1972-1973)
    -  et la dernière, BU GA ou « les shadoks et le big blank » réalisé en 2000 et diffusé sur Canal+ mais on pourrait plutôt la considérer comme un revival. Ce qui nous fait au total 208 épisodes ! Alors qu’on ne vienne pas me dire que les shadoks ne sont que des fainéants, ... bêtes et méchants, si vous voulez, mais fainéants, ça non !!!

    Vos séries ont justement un aspect des plus simplistes et schématiques. Était-ce voulu par votre créateur ?

    (GIF)
    Le professeur Shadoko nous explique...

    Nos séries ont cet aspect à cause de l’appareil qui nous a donné vie : l’Animographe. Ce fut une invention de Jean Dejoux, travailleur au Groupe de Recherche Technique de l’ORTF. Cette machine devait permettre de fabriquer des dessins animés de façon rapide et économique. En effet, les animateurs chargés de dessiner nos aventures devaient le faire sur des bandes perforées de 70 millimètres de large, soit une surface de 5 à 7 centimètres pour nous dessiner. Les dessins schématiques de Rouxel étaient donc parfaits pour la machine. Malheureusement, il n’y avait qu’un prototype d’Animographe et celui-ci dépérit à la fin de la première série. Néanmoins Rouxel décida de garder le « style » Animographe pour les deux séries suivantes qu’il produisit. Nous avons donc gardé les couleurs sur gélatine, la 2D et l’éclairage par transparence. Que pensez-vous de la « voix des shadoks » ? Claude Piéplu fut le narrateur de nos aventures et ce depuis le début de celles-ci. Entre nous, c’est aussi un peu grâce à lui et à sa diction inimitable que nous avons connu un si grand succès. Et depuis sa mort en mai 2006 et celle de Jacques Rouxel en avril 2004, nous sommes un peu orphelins, il faut bien l’avouer !

    La diffusion de la série, qui commença le 29 avril 1968 (et ce jusqu’en 1973), provoqua à cette époque, un grand bouleversement en France. A votre avis, pourquoi ?

    Il est vrai que nous avons constitué l’un des premiers grands sujets polémiques de la télévision française. Il y avait d’un côté les shadokophiles, qui nous soutenaient, et de l’autre les shadokophobes, qui ne nous aimaient pas beaucoup... Selon eux, il était inadmissible de montrer de telles créatures, aussi bêtes et méchantes, aux enfants... Pour ma part, je ne trouve pas que les shadoks ressemblent à leur description. Et justement, beaucoup de lettres furent envoyées à l’ORTF ; certaines étaient pleines d’éloges, et d’autres d’indignation, il y en a même qui réclamaient l’arrêt de nos aventures...La vérité est qu’on était fort dérangeants !!! Nous avons quand même constitué une critique de la vie quotidienne à l’époque. Voilà pourquoi on nous rejetait !

    Bref, les avis étaient très partagés...

    Effectivement. Heureusement cela n’a pas empêché la série de continuer et d’ailleurs, ces avis ont même réussi à créer une émission, présentée par Jean Yanne (et parfois Daniel Prévost) : « Les Français écrivent aux Shadoks » où le présentateur lisait d’authentiques lettres.

    Mais on ne peut voir vos aventures qu’à travers la télévision, ce qui pose un problème pour les nouvelles générations. Vos séries n’étant plus retransmises à travers la petite lucarne, n’avez-vous pas peur de vous faire oublier ?

    Il est impossible de nous oublier. Même si la télévision ne veut plus retransmettre nos épisodes, nous avons des livres qui retracent la plupart de nos aventures. Nous avons tout d’abord eu, en 1968, une BD : Les shadoks et les gibis , retraçant pratiquement tous les épisodes de la première série. Par la suite, une autre BD, Pompe à rebours, beaucoup plus finie que la précédente mais racontant toujours la même série, sort en 1975. Il faudra attendre 1994 pour qu’une BD (GA BU ZO MEU) résumant les principes Shadoks de bases issus de la première et seconde saison sorte. En 1996, La vengeance du Marin shadok est publiée. En mars 2000, c’est au tour de La course à la lune de sortir racontant la vie des shadoks sur la lune, après qu’ils se soient fait chassés de la Terre par Gégène. Puis, Les Shadoks et le désordinateur sort en novembre 2000 et raconte la lutte des shadoks confrontés à l’antémémoire et au désordinateur. L’Abécédaire raisonné des Shadoks sort en mai 2003 aux éditions Nicolas Philippe. Écrit par Jean-Paul Dupuy, c’est un vrai guide du parfait Shadok. Pour finir, un folioscope parlant des shadoks. (c’est-à-dire un livre à feuilleter, qui lorsqu’on le regarde donne une petit film). Et les shadoks pompaient aux éditions Le pouce et l’index, sorti en décembre 2002, sous folioscope n°13.

    Quelles sont les autres personnages principaux qui partagent avec vous cette série ?

    Eh bien il y a Gégène, le gardien de la planète Terre, un solitaire, la plupart du temps antipathique et trop souvent sur de lui-mais ce n’est bien sûr que mon avis. Ensuite il y a les gibis...

    Ah oui, ces petits êtres charmants et intelligents avec un petit chapeau noir sur la tête !

    Le professeur saute sur la table et montre les dents. Charmant est un bien grand mot, disons que ceux sont plutôt des êtres vicieux et sournois, ne perdant pas une occasion de se moquer de nous et de nous tromper avec leurs plans machiavéliques, comme cela fut le cas avec le Cosmogol 999 ou avec l’affaire du chapeau perdu, quand ils nous faisaient voir la Terre là où elle n’était pas, juste pour nous faire traverser le cosmos !!!

    À présent, est-ce que vous pourriez nous parler des personnages shadoks les plus importants ?

    Eh bien en ce qui concerne mes pairs, je dirais tout simplement qu’il y a le Chef shadok, celui qui nous a toujours commandés et nous commandera toujours, puis le Marin shadok, ancien quartier maître pirate qui a mal tourné et ce -je pense- parce qu’il est trop souvent « sous influence », comme il le dit si bien lui-même, son goût pour la boisson n’est plus un secret pour personne ! (clin d’œil) Et pour finir, moi, le professeur Shadoko, l’inventeur de la fusée interplanétaire, de la Cosmopompe, de la réforme des mathématiques -c’est grâce à moi si les shadoks peuvent enfin compter sans pondre un œuf à chaque fois !- et de tout un tas d’autres choses, notamment...

    Bon, tout cela est très intéressant, professeur, mais dites-moi, vous n’avez pas parlé du Devin Plombier. Or, on vous a souvent vu essayez de vous éliminer mutuellement...

    Disons que le Sorcier shadok est mon concurrent direct et ma supériorité intellectuelle n’est malheureusement presque d’aucun secours face à un shadok aussi fou et diabolique que lui. Il fait soi-disant lever le Soleil et à cause de ça, tous les shadoks le vénèrent, mais en fait, ce n’est qu’un charlatan, juste bon à s’occuper de problème de robinets ou de lavabos, et encore !!!

    Pour finir cette entretien, parlons un peu de la logique shadoks... Il faut avouer qu’elle est assez particulière...

    Ce n’est pas que de la logique, mademoiselle, il s’agit là d’une philosophie de vie... Toute notre existence est réglée par cette philosophie et il ne viendrait à l’esprit d’aucun shadoks de se comporter autrement que comme ça.

    Alors quelles sont les principes de bases de cette philosophie ? Comment peut « penser » un shadok ?

    (GIF)
    L’instruction d’un shadok.

    Il y a plusieurs principes de base, mais le plus important pourrait certainement être celui-ci : « Je pompe donc je suis ». En effet, un shadok qui ne pompe pas est un shadok malade, et un shadok malade est un shadok mort. Par la suite, il faut savoir qu’ « Il vaut mieux pomper d’arrache-pied même s’il ne se passe rien que de risquer qu’il se passe quelque chose de pire en ne pompant pas. » Et finalement cela rejoint un autre principe de base « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? » Il faut également comprendre que « C’est en essayant continuellement que l’on finit par réussir. En d’autres termes : plus ça rate, plus on a de chances que ça marche. » Une des grandes règles de chez nous et que le Marin shadok applique avec ferveur sur ses matelots est celle-ci : « Pour qu’il y ait le moins de mécontents possibles, il faut toujours taper sur les mêmes. » et puis on peut encore parler de...

    Le professeur Shadoko commença alors un long discours fort fastidieux à écouter ; sur les passoires à trou et les passoires sans trous, les devises du Marin shadok, les pompes à petits problèmes, les pompes à gros problèmes et les shadoks qui pompent même quand ils n’ont pas de problèmes (ce, par sécurité d’après lui). Bref, après toute cette interview, il m’obligea à pomper avec lui car c’est, selon lui, la clé de la réussite et que de toute manière, je n’avais pas le choix.

    (JPG)

    © Propos recueillis par Marjorie Piotrowski, L1 HSI, Langues et culture antiques, mars 2010

    Post-scriptum

    Deux sites à visiter : lesshadoks.com et lesshadoks.free.fr/