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Le RENARD dans la littérature jeunesse (mini thèse)

Entre image traditionnelle et réhabilitation
 
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    Mots-clés

    Introduction

    Le renard est, au même titre que le loup, une grande figure des contes traditionnels, des fables et des histoires populaires. Cet animal est considéré comme un animal nuisible et est donc représenté traditionnellement dans la littérature jeunesse d’un point de vue négatif. Il est souvent la personnification des défauts humains.

    Cette mini-thèse montrera la représentation traditionnelle du renard, puis posera la question de savoir si le renard est vraiment si méchant dans la littérature jeunesse, pour enfin découvrir que le renard commence à perdre sa mauvaise réputation.

    Description du renard dans la littérature jeunesse traditionnelle

    Les caractéristiques morales du Renard

    Un animal fourbe

    Le renard est souvent représenté comme un animal sournois. Tout le monde connaît la fable de Jean de La Fontaine, Le Corbeau et le Renard. Pour s’emparer du fromage, le renard va flatter le corbeau jusqu’à arriver à ses fins.

    Un animal égoïste et trompeur

    Dans une autre fable de La Fontaine, Le Renard et la Cigogne, le Renard invite à manger la cigogne mais ne prévoit pas un plat adapté à son convive. Il sera à son tour trompé.

    Un animal rusé

    Le Roman de Renart présente une série de contes médiévaux et met en scène des animaux avec des caractéristiques humaines pour parodier les récits courtois et chevaleresques. Le personnage principal de ces histoires est Renart, personnification de la ruse et de la méchanceté : « Renart, qui dupe tout le monde », « Renart, qui connaît tant de tours ». Renart a pour victimes fréquentes Ysengrin le loup, Tibert le chat, Chanteclerc le coq et les hommes. Le Roman de Renart présente symboliquement le goupil en « porte-parole des petites gens victimes de l’autorité et des abus de toutes sortes [1] ».

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    © Flammarion, 1950

    On retrouve un renard rusé dans le célèbre Roule Galette de la collection Père Castor. La galette fabriquée par « la vieille » se sauve par la fenêtre. Divers animaux essaient de la manger : « Galette, Galette, je vais te manger » mais elle chante « je suis la galette, la galette. / On m’a mise à refroidir / Mais j’ai mieux aimé courir ! / Attrape moi si tu peux ! » et elle se sauve si vite qu’aucun animal ne peut l’attraper, y compris le loup et l’ours. Mais voilà que survient le « malin renard ». Il flatte la galette qui se remet à chanter. Mais en même temps, le renard se rapproche et la croque ! On peut rapprocher cette histoire du Corbeau et le Renard où le renard flatte aussi sa victime pour qu’elle chante afin de détourner son attention et pour obtenir gain de cause.

    Un animal néfaste, malfaisant

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    © L’ École des loisirs, 2005

    Le renard est présenté traditionnellement dans la littérature jeunesse en animal fourbe, rusé, malin et méchant parce qu’il est nuisible pour l’homme car il s’attaque à ses animaux, souvent dans les poulaillers. Ainsi, dans l’album Rousse de Magali Bonniol et Pierre Bertrand, le fermier se méfie d’instinct du renard : « Il n’a jamais vu un animal aussi beau. Mais il pense à ses poules et se met à crier. ».

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    © Gallimard jeunesse, 2005

    Dans le roman Les longs-museaux, les renards sont méchants, envieux, jaloux et même cruels. Les poules et coqs de la ferme de Bois-Renard sont bien gardés par le fermier et ont aussi développé le vol comme technique de fuite. Par conséquent, aucun animal n’a été dévoré depuis longtemps. Les plus anciens renards, qui sont les derniers à avoir goûté la chair des poulets, partagent leur expérience avec un groupe de quatre jeunes renards et les rendent excessivement désireux d’en goûter. Comme tous les membres de leur espèce, ils sont rusés et concoctent donc un plan d’attaque qui fonctionne mais le fait de n’avoir jamais pu manger de poules avant les plonge dans une telle rage qu’ils tuent plus par plaisir que par nécessité. C’est cette même fureur et le plaisir de tuer qui vont leur faire imaginer un second plan plus ambitieux dont l’objectif principal est de réaliser un véritable carnage. Lors de sa mise en application, les renards vont être punis puisque le poulailler va se défendre et tuer tous les renards, qui vont chercher à s’enfuir. En plus d’être cruels, ils sont donc couards.

    Le clan du Renard

    Son image de nuisible fait que le renard est rarement seul. Son groupe se compose souvent des autres animaux considérés comme mauvais ou qui font des dégâts. Nous avons vu précédemment que dans Le Roman de Renart, Renart était accompagné de Ysengrin le loup. Dans la bande-dessinée Sylvain et Sylvette, les « compères » se composent du renard, chef et tête pensante, le loup, le plus bagarreur, l’ours, le benêt et le sanglier qui est toujours enjoué et rieur. Dans une autre bande-dessinée, De Cape et de Crocs, le meilleur ami du renard est à nouveau un loup.

    Un animal si méchant ?

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    © Gallimard, 1994

    Antoine de Saint-Exupéry dans Le Petit Prince, nous présente un renard qui ne demande qu’à être apprivoisé, c’est-à-dire à « créer des liens » : « Si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde ».(Le Petit Prince, p.68) Ce renard, qui veut donc être socialisé et avoir un ami cher à son cœur, explique qu’il s’ennuie dans le rôle qu’on lui donne traditionnellement et qu’il voudrait avoir une raison de se réjouir, une vie plus belle : « Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et tous les hommes se ressemblent. Je m’ennuie donc un peu. Mais, si tu m’apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. [...] Ce sera merveilleux [...] »(Le Petit Prince, p. 68-69

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    © Dargaud, 2008

    Dans la série Sylvain et Sylvette les compères, même s’ils se posent en tant qu’ennemis de Sylvain et Sylvette, sont un groupe plus bête que méchant, qui a toujours faim et qui complote donc, grâce aux plans de Renard, pour voler les provisions des deux enfants et dévorer leurs animaux. Mais les plans fonctionnent rarement et à la fin de l’album, les enfants sont toujours les vainqueurs.

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    © L’ École des loisirs, 2006

    Avec l’album Le problème quand on est un renard, Didier Lévy arrive à faire éprouver de la compassion pour l’animal. Le renard est carnivore et les animaux le fuient tous alors il doit sans cesse inventer de nouveaux coups pour pouvoir se nourrir. Le renard est ici encore une fois rusé mais cela n’a rien de péjoratif, c’est juste pour assurer sa survie. Le renard se plaint qu’être carnivore est plus difficile et qu’il aimerait aussi bien pouvoir s’amuser comme les animaux qu’il poursuit « Le problème, quand on est un renard, c’est qu’il faut tout le temps être très intelligent [...]Oui, parfois je me dis qu’être un veau, un mouton ou même un imbécile d’âne, ce serait sacrement reposant ». Les plans du renard sont ingénieux « le coup de la statue » mais ne fonctionnent pas tous. En effet, le premier rate et lors du deuxième, le renard se blesse. Une illustration le montre du sang plein la bouche en train de se faire un bandage du crâne. L’enfant peut ainsi éprouver de la pitié pour le renard et n’est pas traumatisé quand il arrive enfin à manger un lapin, même si celui-ci est mignon, et à avoir enfin le ventre plein.

    Dans tous les cas, le renard ne s’attaque jamais directement à l’homme.

    Vers une réhabilitation du renard ?

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    © Delcourt, 2009

    Nous avons vu précédemment que grâce au Problème quand on est un renard, l’enfant pouvait éprouver de la compassion et de la pitié pour le renard mais il peut aussi comprendre que cet animal est carnivore et qu’il n’est donc pas forcément mauvais puisque les animaux qu’il dévore lui permettent de survivre. L’album permet donc de faire découvrir et accepter les lois naturelles de la chaîne alimentaire.

    Les auteurs n’hésitent plus maintenant à ne mettre en avant que les qualités du renard. Dans De Cape et de Crocs, une bande-dessinée qui rend hommage à Jean de La Fontaine et à Molière, le renard est Armand Raynal de Maupertuis, un gentilhomme gascon galant, intelligent, cultivé, très gentil et avec un grand sens de l’honneur.

    Conclusion

    Le renard a donc acquis sa mauvaise réputation à cause de son habitude de chasser les poules dans les fermes malgré la présence et la surveillance des hommes. Il est donc représenté dans la littérature jeunesse comme un animal fourbe, égoïste, trompeur, rusé et traditionnellement, comme une bête mauvaise. On le situe souvent dans le même clan que le loup qui est féroce, malfaisant et dévore les enfants mais, à sa différence, le renard ne s’attaque jamais à l’homme.

    Certains auteurs travaillent donc à la réhabilitation du renard qui, grâce à ses caractéristiques, a un potentiel comique non négligeable (Sylvain et Sylvette, le problème quand on est un renard, Les fables de La fontaine, Le Roman de Renart, ...).

    © Cindy Thoor, mars 2010

    Deust 2 Métiers des bibliothèques et de la Documentation

    Post-scriptum

    Bibliographie

    Albums

    BONNIOL, Magali, BERTRAND, Pierre. Rousse. Paris : L’École des loisirs, 2005. 28 p. : ill. en coul. ; 21 × 26 cm. ISBN 2-211-07972-5

    CAPUTO, Natha, BELVÈS, Pierre (ill.). Roule galette. Paris : Flammarion, 1950. 24 p. : ill. en coul. ; 18 × 21 cm. (Père Castor ; ISSN 0768-3340). ISBN 2-08-160112-5

    LA FONTAINE, Jean de, SAVER, Mireille, BIONDI, Ghislaine, [et al.]. Contes de Monsieur Renard. Toulouse : Milan jeunesse, 2006. 77 p. : ill. en coul. ; 23 × 25 cm. (Conte-mi, conte-moi). ISBN 2-7459-2249-1

    LÉVY, Didier, STEHR, Frédéric ill. Le problème quand on est un renard. Paris : L’École des loisirs, 2006. 28 p. : ill. en coul. ; 30 × 21 cm. ISBN 2-211-085709

    Bandes dessinées

    AYROLES, Alain, MASBOU, Jean-Luc, ill. De cape et de crocs. Paris : Delcourt, 2001-2009. 46p. (Terres de légendes).

    PESCH, BÉLOM, BERIK. Sylvain et Sylvette. Paris : Dargaud, 1941-2008. 46 p.

    Romans

    KING-SMITH, Dick, DAMIREL, Selçuk, ill., LAUBIER, Pierre de, trad. Les longs museaux. Paris : Gallimard jeunesse, 2005. 141 p. (Folio junior ; 1379). ISBN 2-07-055096-6

    SAINT-EXUPÉRY, Antoine. Le Petit Prince. Paris : Gallimard, 1994. 93 p. : ill. en coul. ; 22 × 16 cm. (Nrf). ISBN 2-07-010502-4

    Documents électroniques

    "Roman de Renart." Microsoft® Encarta® 2006 [CD]. Microsoft Corporation, 2005.

    Articles sur Lille3jeunesse

    -  Bascule de Yuichi Kimura et Kahsiro Hata

    -  Le voleur de poule de Béatrice Rodriguez1

    -  “Sylvain et Sylvette se racontent”

    -  Le LOUP dans la littérature jeunesse (mini thèse)

    -  Le loup dans la littérature de jeunesse (mini thèse)

    Mots clefs : renard, loup, animal, ruse

    Notes de bas de page

    [1] Article Encarta Roman de Renart, 2006