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Étrange Emily, par Cosmic Debris

 
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    Emily n’appartient pas à une histoire mais elle incarne un état d’esprit dans lequel une grande majorité des adolescents et même pré-adolescents se trouvent. Mais attention, Emily ne cherche peut-être pas à vous aider, au contraire...
    (JPG)
    étrange Emily

    Marque déposée par Cosmic Debris. Illustrateurs, Buzz Parker, Brian Brooks et Rob Reger. Seuil Chronicle, 2001. Non paginé. 12 €. ISBN : 0-8118-3666-5

    Sous le joli minois de Emily une personnalité plus sombre se cache. Elle est en colère mais on ne sait pas contre qui et pourquoi, elle s’en prend à tout et à tous.

    L’ALBUM

    Cet album jongle avec trois couleurs. Le rouge rappelle les flammes (très présentes), l’enfer, le diable. Le noir fait penser au monde obscur, au malheur, au deuil. Le blanc connote la vie, la pureté, le paradis, Dieu...

    L’ouvrage, organisé en questions-réponses, semble dire tout environ 59 pages. Cependant l’album n’est pas paginé car tout le livre doit être pris en compte. Il y a des signes partout, sens cachés. Il faut bouger le livre pour les voir apparaître car il y a des effets d’optiques et de reliefs qui lui donne un aspect ludique très intéressant et bien fait. Mais c’est parfois un peu frustrant et surprenant pour l’œil surtout à cause de cette atmosphère lugubre.

    "le chat humain"

    L’ombre de Emily est un chat, animal sournois, souvent associé au monde mystique, aux sorcières. Le chat est noir, connote le malheur, idée confirmée par le miroir cassé dans lequel Emily se regarde sans aucune expression.

    LES SUJETS ABORDÉS

    Misanthropie ?

    Emily semble nombriliste voire associable et même misanthrope. Elle méprise les jouets, l’Homme (absent du livre, le seul présent est un jeune garçon qu’elle vise avec un lance pierre car "elle préfère les coups bas"),la lumière du jour. Il doit y avoir une peur de sortir car elle est constamment à la maison. "Emily n’est pas paresseuse...elle est juste heureuse de ne rien faire" Et elle préfère rester seule.

    Ce qu’Emily attend de vous... que vous la laissez tranquille

    Ce que Emily attend de vous...que vous la laissez tranquille ! (GIF)

    Dépression

    Cependant on constate à un moment, en étant plus attentif, que le chat l’aime mais Emily brise les cœurs à coups de marteau, agacée par sa présence. Comme si cet être sournois, peut-être mauvais pour elle, était présent malgré elle et qu’elle ne pouvait s’en séparer, comme si c’était une fatalité.

    C’est peut-être la raison pour laquelle Emily se crée une carapace. Elle aime faire le mal par "pure" méchanceté, voire sadisme parfois. Elle est vicieuse, triche même avec son ami le chat avec lequel elle joue aux cartes, bien sur elle prend les as de pics et lui de cœur. La preuve de sa tricherie, un billet, à chaque coin le chiffre 3, cela fait 6 de chaque côté, chiffre fétiche du diable qu’elle s’amuse à jouer en soulevant ses deux doigts sur sa tête.

    "Emily ne change pas", suicide ?

    "Elle renonce au futur", visiblement elle n’a pas la volonté d’évoluer. On la représente dans différents paysages qui appartiennent à des pays, des années différentes, mais elle reste cette jeune fille dont les cheveux forment ou plutôt "sont" la robe. Elle n’a peut-être jamais existé...

    MAIS QUI EST-ELLE ?

    Comme cela a été dit au début, Emily incarne une philosophie. Et il faut savoir qu’elle est à la base une image, un autocollant pour une marque de skateboard. Elle est créée en 1993 par Rob Reger pour promouvoir la marque Cosmic Debris qui a les droits d’auteurs de l’album et qui reprend un à un les concepts d’une certaine philosophie. Cette multinationale est donc l’auteur de l’album qui est un produit dérivé qui suit le lancement d’une ligne de vêtements et que sais-je encore, les dérivés sont tellement nombreux...

    Apparemment l’entreprise crée d’autres personnages du genres d’ Emily. Au fur et mesure que l’on fait connaissance avec elle on voit apparaître tout un réseau social. D’ailleurs Emily a un site Internet, assez effrayant à mon avis, au sens ou cette entreprise cherche à former une communauté autour d’Emily, comme pour tout les héros des dessins animés me direz vous... Cependant, elle n’est pas comme les autres. Aucune valeur morale n’est véhiculée. Je tiens à préciser que la maison d’édition Seuil n’a pas appliqué la mention de la Loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse à cet album. Toutefois, il est bien stipulé que Emily the strange est une marque déposée...

    Voici le site, à vous de juger...

    http://www.emilystrange.com/

    On pointe du doigt les parents

    "elle a juste oublié d’être angélique", "On ne lui a peut-être pas montré". Ici, je vois l’implication des parents peut-être à l’origine de ce mal être, qu’ils n’ont pas détecté, qu’il ont peut-être créé, qu’ils ne maîtrisent pas.

    Le besoin de s’identifier à quelqu’un

    On sait que tout enfant a besoin de s’identifier à quelqu’un. Mais, lorsqu’il ne parvient pas à voir son image se calquer sur celle des modèles présentés par la société il se retrouve en marge de celle-ci. Emily représente ces enfants ou adolescents et là, j’hésite, car l’album est dit lisible à partir de huit ans. Cependant il me semble s’adresser davantage à une tranche d’âge juste au-dessus. C’est-à dire les pré-adolescents (onze ans) pour l’âge minimal de lecture ou tout simplement pour les adolescents à laquelle cette recherche identitaire correspond bien.

    Aider l’enfant ou culpabiliser les parents ?

    On suppose que cet album a une volonté d’aide, notamment pour établir une communication entre le parent et l’enfant sur l’état d’esprit de l’un et le dépassement de l’autre. Ce livre illustre les différentes facettes et phases de certains comportements à ces âges. Mais cela peut être aussi une façon de culpabiliser les parents et de ce fait cet album aurait le prix nobel de la paix !

    Dans la vidéo sur la page d’accueil du site d’Emily (ci-dessus) la mise en scène est claire : une mère dépassée par le comportement de sa fille, et en arrière plan, Emily qui se bat avec elle-même.

    Les quatre compagnons félins du personnage sont ses seuls fréquentations. On peut y percevoir certaines classes sociales dans lesquelles les parents travaillent beaucoup et sont souvent absents. Ses compagnons peuvent donc l’influencer.

    Emily et ses quatres amis  (JPG)

    Emily et ses amis

    On remarque dès que l’on ouvre l’album les yeux des chats qui nous épient puis on voit Emily léviter... Elle n’a plus les pieds sur terre et vit dans son petit monde ou en sacrifie les peluches. Elle a bien trop conscience du mal de la vie pour croire au monde des bisousnours.

    Néanmoins Emily paraît se complaire dans cet état d’esprit et la production de cet album semble y inciter. C’est une tendance qui attire les plus influençables en pleine crise d’adolescence, tendance qui se développe aux États-Unis et probablement en France depuis 2001.

    Un album qui me laisse perplexe...

    Cette proposition de rejoindre la vague Emily the strange je propose de la décliner en attendant il est bien de pouvoir mûrir son point de vue au fil des années et la réponse par la suite ne pourra être que NON !

    Emily révèlera sous vos yeux l’être que vous pensez voir mais que vous ne voyez pas. Car la plus grande interprétation est laissée au lecteurs.

    Cependant il faut avoir conscience que cette album ne relève pas de la littérature enfantine, c’est plutôt un catalogue de dessins avec des phrases pour les déterminer.

    Mon avis sur cet album... il me laisse perplexe.

    Mots clés : marginalité, mal être, recherche identitaire, éducation

    Quelques articles sur Emily

    http://livres.fluctuat.net/blog/19231-etrange-emily-un-produit-derivant.html

    http://www.madmoizelle.com/mode/marques/fiche-2006-04-20,emily-strange.html

    http://www.amazon.fr/Etrange-Emily-Cosmic-Debris/dp/0811836665/ref=sr_1_1 ?ie=UTF8&s=books&qid=1269788811&sr=1-1

    Olvi Bouanga-M., L1 HSI, UFR Langues et culture antiques, avril 2010