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Les Enquêtes d’Enola Holmes

T1 La double disparition
 
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    Ce roman raconte l’histoire de la jeune Elona Holmes, apprenti détective dans l’Angleterre du 19eme siècle. L’histoire est composée de 25 chapitres nous emmenant dans des enquêtes policières comme autrefois.

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    © Nathan, juin 2009

    Résumé

    Enola, 14 ans, n’est autre que la sœur cadette des célèbres Mycroft et Sherlock Holmes. Mais malheureusement pour la jeune fille, elle est une honte pour cette respectable et noble famille. En effet, sa mère était âgée de cinquante ans lorsqu’elle est née, chose totalement indescente à l’époque du vieux Londres. Elona vit avec sa mère dans le manoir familial de Ferndell Hall, en compagnie des époux Lane leurs domestiques.

    C’était un endroit paisible jusqu’au jour où Enola découvre une chose effroyable : sa mère a disparu ! Complètement déboussolée et démunie, elle ne peut faire appel qu’à ses deux frères Mycroft et Sherlock qui vivent à Londres. Ils ne se sont pas vus depuis le décès de leur père, il y a dix ans de cela. Évidemment, ces retrouvailles ne sont pas chaleureuses. Les deux hommes passent leur temps à dénigrer la nature féminine chargée d’irrationnalité.

    Elona est partagée entre l’admiration et le dégoût vis à vis de Sherlock dont elles suivaient les péripéties grâce aux journeaux. De retour au manoir, rien ne se passe comme la jeune fille aurait souhaité. En effet, ses frères n’ont de cesse que de revoir son éducation et se préoccupent peu de cette disparition. Pire encore, Mycroft décide de l’envoyer en pension. C’en est trop pour Elona qui semble être sur une piste pour retrouver sa mère tant adorée, une piste laissée spécialement pour elle. N’écoutant que son courage, elle décide de fuguer et de partir à sa recherche. D’une nature maligne, Enola réussit à utiliser de nombreux subterfuges afin de tromper ses frères et toutes autres personnes parties à sa recherche.

    Mais alors qu’elle s’apprête à prendre le premier train pour Londres, son attention se porte sur une toute autre affaire : la disparition du Vicomte de Tewksbury âgé de 12 ans. Étant sur le lieu de la disparition, Enola décide de mener sa petite enquête afin de trouver des indices qui pourraient la mener jusqu’au Vicomte. Cela est plus ou moins facile, puisqu’ils ont tous les deux sensiblement le même âge. Il lui est possible de se mettre dans la tête du jeune Vicomte.

    Après avoir trouvé ce qu’elle cherche, Elona saute dans le train de Londres et part loin de son chez soi. Dans le train, une terrible impression monte en elle. La jeune fille croise le regard d’un homme à l’air louche durant son voyage, chose fort perturbante pour une si jeune demoiselle sous son déguisement de femme endeuillée.

    Arrivée à Londres, la voilà prise dans une affaire dangereuse. Son investigation prend alors une tournure dramatique. Retenue captive, tel est son étonnement lorsqu’elle reconnaît devant elle un personne familière : le Vicomte ! Ralliant leurs forces, ils mettent tout en œuvre pour échapper à leurs agresseurs et se réfugier à Scotland Yard.

    Les couvertures

    L’illustration de la première de couverture nous présente une Enola bien mature pour son âge cachée derrière un journal ( en l’occurrence Le Times ) où figure un gros titre : "Tragique disparition". Dessous, une photographie est représentée, faisant immédiatement penser à la personne disparue : le Vicomte. En arrière plan, sur un fond de briques rouges, le célèbre Sherlock Holmes facilement reconnaissable par sa pipe et son couvre-chef légendaire. On ressent de suite la nature du livre, à savoir une histoire pleine de mystères. Sur la seconde moitié de la couverture se trouve le titre avec une typographie en relief. Le prénom Enola est entouré de fleurs, fort présentes dans le bouquin. On retrouve d’ailleurs une fleur de camomille dans les cheveux de l’héroine, fleur ayant une place toute particulière au sein de l’histoire. Le dessin d’arrière plant représente des plantes en arabesques, rapelant le style baroque attaché aux familles nobles. Bien qu’il soit en relief, le nom du tome est d’une écriture plus sobre.

    En quatrième de couverture, on retrouve le portrait d’Enola. Son regard pourrait être celui d’une femme. A côté, ce sont encore des fleurs de camomilles qui sont représentées.Le trait est élégant et réaliste. Ce qui frappe le plus, c’est la maturité de l’héroine dans les traits du visage et les yeux. Le fait qu’elle ait les cheveux détachés montre qu’elle est belle et bien une adolescente de 14 ans pleine de vie. La présence de Sherlock Holmes, reconnaissable entre tous, apporte une touche de charisme à l’illustration.

    Les thèmes

    Ce roman parle notamment de l’abandon. L’héroïne est tiraillée par ses pensées et ne sais quoi penser de la situation dans laquelle sa mère l’a mise. Tantôt de la colère, tantôt de la tristesse, la disparition de cette mère l’affecte beaucoup. Alors que ses frères tentent de la persuader, par quelque stratagème que ce soit, qu’une femme ne doit pas se laisser aller par les sentiments, Enola reste avant tout une jeune adolescente qui n’a pas peur de montrer son coeur. On l’oblige à devenir très vite une femme typique de la noblesse anglaise, ce qui est loin de plaire à notre jeune lady qui voit le corset d’un très mauvais oeil !

    Outre l’enquête policière, cet ouvrage nous donne un aperçu de la condition féminine au 19eme siècle. Elle n’était en effet pas très reluisante. Les femmes étaient considérées comme inférieures physiquement et intellectuellement aux hommes. Les corsets les emprisonnaient dans une image faussée d’elles-même, répondant plus à un idéal d’esthétisme afin de flatter le regard des gentlemen. Les jeunes filles subissent un "formatage", les poussant à renoncer à l’enfance et à mener une vie d’adulte. L’adolescence est écrasée par cette société londonienne qui tient fermement les rennes. On remarque l’absence de transition entre le monde de l’enfance et la vie active des adultes, d’où l’accentuation du choc d’Enola.

    L’histoire nous plonge directement dans ce passé qui nous paraît alors si proche. Les mœurs de l’époque sont présents et ajoutent un cachet au récit. On sent qu’il y a eu de la recherche, nous rapprochant un peu plus de la réalité. On constate aussi par bonheur l’évolution de la condition féminine par rapport à aujourd’hui. Le personnage de Enola est en quelque sorte une revanche sur ces idées reçues, et montre aux hommes qu’une femme peut être tout aussi fine dans l’art du camouflage et de l’investigation.

    En raison du public ciblé, les énigmes ne sont pas si ardues que pour celles de Sherlock Holmes, mais elles restent néanmoins fort intéressantes car originales. En effet, ces énigmes concernent les fleurs auxquelles la mère de l’héroïne est très attachée. L’auteur connait bien la symbolique des fleurs et se permet de jouer avec afin de constituer les énigmes que doit résoudre Enola.

    Pour parvenir à ses fins, la jeune fille recevra l’aide de quelques intervenants. Parfois, il nous est difficile de s’en sortir seul, c’est pourquoi des personnes sont présentes pour nous aider. Des liens amicaux sont alors créés.

    La lecture

    La plume de l’auteur est bien élégante pour un roman d’adolescents, mais elle s’inspire du langage de l’époque, relativement soutenu. Cependant, cela donne parfois l’impression que le style n’est pas naturel. Peut-être est-ce dû au fait qu’Enola se force elle-même à parler de la sorte, alors qu’elle souhaiterait être plus familière. Chacun peu avoir son avis en l’interprétant à sa manière. Un lecteur assidu regrettera certainement le peu de chapitres, ou du moins le fait que le livre se lise très rapidement.

    Les actions sont presque expéditives, mais pour un adolescent, cela reste correct. Bien que les énigmes soient originales, le coupable peut être démasqué assez rapidement pour les personnes étant habituées aux enquêtes policières, ou même aux enquêtes de Sherlock Holmes. Mais là encore, l’adolescent est seul maître de son ressenti. L’ensemble reste toutefois agréable avec de jolies formulations de phrases, une aventure palpitante et un œil sur l’histoire fidèlement retranscrite.

    Conclusion

    Je conseillerais ce livre aux adolescents de 13, voire 14 ans. L’éditeur le propose à partir de 9/10 ans, mais certaines formulations et des mots de vocabulaires ne seront surement pas compris ou seront mal interprétés. C’est un livre qui s’adresse à de "bons" lecteurs qui aiment les énigmes et réfléchir. Par contre, pour les personnes ayant lu des livres plus matures, je ne le conseillerai pas à moins que celles-ci aient gardé un oeil d’adolescent. Mais à mon humble avis, cela ne vaudra jamais une bonne nouvelle de Sherlock Holmes de notre cher Sir Arthur Conan Doyle.

    © Claire Sailly, Licence 1 japonais, 1er Avril 2010

    Post-scriptum

    SPRINGER, Nancy. Les enquêtes d’Enola Holmes T1 La double disparition. Traduit de l’anglais par Rose-Marie Vassallo. Nathan, juin 2009. 272 p. ; 18 X 12 cm. ISBN 978-2-09-252263-9 6,50€

    Quelques mots sur l’auteur

    Nancy Springer est née aux États-Unis le 5 Juillet 1948 à Montclair. Elle est passionnée par les chevaux, passion transmise dorénavant à ses filles. Elle a écrit une trentaine de romans destinés aux jeunes et aux adultes. Une vingtaine d’ouvrages ont été écris pour les adolescents. Elle donne aussi des cours d’écriture romanesque dans les lycées et collèges. L’écrivain prend plaisir à travailler avec de jeunes auteurs.