Site littérature jeunesse de lille 3

La Mécanique du Coeur, de Mathias Malzieu

« Oh when the Saints... » et compagnie...
 
  • - AUTEURS ET ILLUSTRATEURS
  • - CARNETS DE VOYAGE LITTÉRAIRE
  • ÉCRIVAINS EN HERBE
  • - ÉDITEURS
  • HÉROS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI, D’ICI ET D’AILLEURS...
  • - LA LITTÉRATURE JEUNESSE EN QUESTION(S)
  • MARQUE-PAGES / SIGNETS
  • - MINI THÈSES
  • - PARTIE PRIVÉE
  • - QUI SOMMES-NOUS ?
  • RECHERCHE PAR THÈME
  • - RESSOURCES EN LECTURE ET LITTÉRATURE JEUNESSE
  •  

    Dans la même rubrique

    La Mécanique du Cœur est le troisième ouvrage écrit par Mathias Malzieu, le chanteur du groupe de rock français Dionysos . Ce roman désuéto-moderne a été publié peu de temps avant l’album du même nom, véritable réplique musicale du livre. On peut compter un bon nombre de thèmes abordés, le premier étant l’amour. La notion du temps est évidemment très présente, et chacun des thèmes est dépeint avec beaucoup de précision, d’humour, et surtout de poésie. La lecture de cet ouvrage fantastique est un rêve éveillé. Ce roman a eu tant de succès qu’il sera adapté en long métrage d’animation au cinéma, sous le même titre, et sortira en salle en 2011.

    « Premièrement, ne touche pas à tes aiguilles. Deuxièmement, maîtrise ta colère. Troisièmement, ne te laisse jamais, au grand jamais, tomber amoureux. Car alors pour toujours à l’horloge de ton cœur la grande aiguille des heures transpercera ta peau, tes os imploseront, et la mécanique du cœur sera brisée de nouveau. »

    (JPG)
    © Flammarion, 2007
    Une première de couverture splendide

    L’illustration recouvre toute la couverture - soit la première et la quatrième de couverture. Tout est en niveau de gris et plonge le lecteur dans une ambiance déjà étoilée et fantaisiste. La seule chose qui éclaire un tant soit peu les deux personnages (supposés principaux, forcément), est une petite lampe. La seule couleur visible est le rouge-orangé de ce cœur on ne peut plus étrange du garçon. Le titre prend tout autant de place que les deux personnages sur la couverture et la typographie mécanique - ou en l’occurrence les rouages - fait du titre une partie presque intégrante de l’image, s’en détachant au moins assez pour donner l’information au lecteur. C’est la couverture qui a le pouvoir de susciter l’achat plus qu’un résumé et de séduire le lecteur. Celle-ci remplit très bien cette fonction, en plus de plonger celui qui l’examine dans un autre monde.

    Le récit se situe à Édimbourg, le 16 avril 1874. Un froid glacial s’abat sur la population. Jack naît ce jour, ayant pour mère une prostituée qui ne peut pas s’occuper de lui. La sage-femme qui a l’habitude de s’occuper de ce genre de cas constate que le cœur du bébé est gelé. Cette Madeleine, qui répare des gens, décide de lui mettre une horloge en guise de cœur pour le sauver. L’artifice fonctionne, mais Jack ne peut pas aimer pour ne pas tout détruire. Cependant, il prend le risque dès le jour où il voit Miss Acacia, jeune danseuse Andalouse.

    Et c’est par un doux mais agaçant tic-tac que l’histoire s’insère dans notre tête. C’est par le style d’écriture si particulier de Malzieu que nous vivons la magie amoureuse, douloureuse, fantasque, de Jack qui vit l’effet placebo d’une mécanique improbable. Ce joli petit brin de roman embraye directement sur un contexte pour le moins glacial. Mais c’est bien cette touche insolite qui intrigue le lecteur.

    « Tout à coup le coucou dans mon cœur se met à sonner, très fort, bien plus fort que lorsque je fais mes crises. Je sens mes engrenages tourner à toute vitesse comme si j’avais avalé un hélicoptère. Le carillon me brise les tympans, je me bouche les oreilles et, bien sûr, c’est encore pire. Les aiguilles vont me trancher la gorge. »

    Comme l’a suggéré la couverture quelque peu fantaisiste, La Mécanique du Cœur est un roman de trucages et de magie. C’est là un des premiers points à aborder ici. En fait, ce récit est vraiment empreint d’une curieuse fantaisie, à la fois étonnante et attirante. Certes, il existe de nombreux livres fantastiques et nous verrons ce qu’il en est pour celui-ci, mais il possède sa différence dans l’écriture. Les figures de style et notamment les métaphores sont vraiment très riches, ce qui fait de ce récit un récit qui n’est pas plat. Même les moments où il ne se passe strictement rien sont agréables à lire, et on ne meurt pas d’ennui avant le prochain rebondissement. C’est sans compter le fait que toutes ces figures de styles propres à Malzieu s’enchaînent parfaitement bien et forme une suite poétique. Elles n’alourdissent pas le récit, en l’occurrence, et ne freine pas la lecture. Tout est soudé dans un ensemble parfaitement fluide, et c’est en haleine que le lecteur rêve à chaque ligne. L’histoire en elle-même semble surréaliste. Et notamment en le personnage de Jack. En effet, donc, il vit avec une horloge qui lui fait office de cœur. C’est un artifice qui en ferait douter plus d’un et pourtant cela semble marcher. L’horloge ici présente ne peut remonter le temps ni même le ralentir mais au fil des années, Jack mûrit tout de même et s’accepte avec ce bruit d’aiguilles incessant. On croirait presque que ce personnage fabuleux est tout droit sorti d’un conte. Il est très attachant par sa façon de visualiser les choses ; sa tête est exclusivement remplie de rêves d’enfants et de fabulations. Des questions sur le futur, parfois. Mais très peu, à vrai dire, Jack est plus le genre à croire aux artifices, à se lover contre un rêve qu’il ne lâchera pas. Et c’est bien pour cela qu’il fait un voyage, prêt à tout pour nourrir son amour pour Miss Acacia. Il préfère plutôt braver les interdits et aller au bout des choses plutôt que de penser aux conséquences. Cependant, même s’il n’y a aucune éthique, ce serait le genre de fantaisie que chacun aimerait vivre. Pouvoir ignorer la réalité ambiante et se créer un jardin magique autour de soi, pour finalement s’y accorder, ce serait vraiment merveilleux. Pourquoi se refuser à cela lorsque le jeune Jack arrive finalement à être heureux avec l’Amour alors que ceci lui est formellement déconseillé ? A tâtons, il découvre cette magie et en décrit vraiment tous les aspects. C’est ça, qui apporte le rêve. Le fait qu’aussi le point de vue soit totalement interne, d’ailleurs. De cette manière le lecteur devient le héros très facilement, et finalement c’est à travers Jack qu’il vit cette histoire. Il est possible au fil des années de garder sa tête d’enfant grâce au héros.

    « Tu apprendras très vite à effrayer pour exister. »

    La Mécanique du Cœur est certes fantastique, mais qui dit fantastique dit évènements surnaturels dans un récit réel. Parce qu’ici, tout se déroule bien dans la réalité. Finalement, tout ne se déroule pas si loin ; Édimbourg reste quand même en Europe, après tout. Il en va de même pour toutes les villes que Jack va visiter ou celles où il s’arrêtera en route. Notamment celles de France, bien entendu, pour rejoindre l’Espagne. Et au final la culture n’est pas si différente de la nôtre, alors le lecteur n’est pas perdu dans la situation. L’année n’est pas si éloignée non plus. Le 19ème siècle peut être à portée de connaissance pour un grand nombre de personnes, et quand bien même les descriptions sont très bien faites. Une petite surprise et même réservée à Jack, ce qui fera sourire les connaisseurs. La brève apparition de Jack l’Éventreur ne laisse pas indifférent, sachant qu’il apporte une véritable leçon de vie au héros, lui lançant peut-être un défi mais en le conseillant. On peut aussi apercevoir de nombreuses références culturelles au-delà d’un tueur en série qui a terrorisé Londres. Houdin et Méliès sont deux grands noms dans le domaine de l’horlogerie. Ce qui, forcément, se prête énormément à la trame principale. Parce que oui, ce roman n’est pas juste un tissu de rêves et de jolies étoiles, mais c’est aussi un moyen de se cultiver un tant soit peu, ce qui n’est pas plus mal. Les notes ne foisonnent certes pas mais elles se suffisent à elles-mêmes. Les touches d’humour parfois gras nous rappellent aussi que ce monde n’est pas parfait. Le fait que deux prostituées soient désignées « tantes » de Jack et lui apprennent des mots concernant les rapports sexuels alors qu’il est encore jeune pourrait sembler choquant au premier abord, si ce n’est que finalement le jeune garçon nous fait part de ses comparaisons. Forcément, comme un enfant, il ne peut tout connaître, alors il imagine. Seulement la réalité ne se limite pas seulement dans les faits ou dans le contexte. La nature humaine est bien malheureusement importante dans le roman, forcément. Autant le lecteur peut s’apercevoir que l’amour reçu de plusieurs personnes ainsi que l’attention sont de beaux sentiments, autant il constate le côté plus sombre. La jalousie, la manipulation et surtout la souffrance engendrée par l’amour sont les répercutions bien réelles des rêves éveillés de Jack. Finalement, la douleur, elle, est bien réelle, et ce ne sont pas quelques métaphores qui pourront le cacher. En outre, il est permis de rêver, mais il reste toujours des évènements pour nous rappeler sur terre. Et cela est pour le moins douloureux et cruel.

    « L’oiseau chanteur tousse à chacun de mes spasmes, j’aperçois ses petits bouts de bois cassés tout autour de moi. »

    C’est ainsi que j’en viens au fait. Ce roman, malgré le fait qu’il ne soit pas côté jeunesse, peut parfaitement convenir aux adolescents, dans la mesure où il est d’une part parfaitement accessible et qu’il réunit les deux domaines les plus recherchés ensemble, à savoir la fantaisie et la réalité. Mais évidemment, pour ma part, je lui ai trouvé ce petit quelque chose qui m’a séduit, et qu’on ne retrouvera pas forcément dans d’autres œuvres pour les adolescents. Cela dit, des lecteurs de tout âge peuvent le lire, mais dans le contexte actuel je dirais qu’il est accessible dès douze ans. Puisque de toute manière, l’histoire se déroule au fil de la vie de Jack, et donc n’importe qui peut se sentir comme lui à un moment où à un autre. Quant au sexe du lecteur, il n’a absolument pas d’importance. Cet ouvrage à caractère onirique remplit son rôle dans tous les cas. C’est un roman à mettre absolument entre toutes les mains avides de songe en restant éveillé.

    © Ève DOMINGOS, L1 Japonais, avril 2010

    Post-scriptum

    MALZIEU, Mathias. La Mécanique du Cœur. Paris : Flammarion, 2007. 177 p. : couv. et jaquette ill. ; 21 cm.

    Vendu sous étui avec Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi ISBN 978-2-08-120816-2. - ISBN 978-2-0812-1735-5 (sous étui) (br.) : 18 €

    Autres œuvres

    Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, 2005. 38 mini Westerns, 2002.

    À écouter : La Mécanique du Cœur, Dionysos, 2008.

    Film d’animation à venir : La Mécanique du Cœur, produit par Luc Besson, sortie prévue en 2011.

    La Mécanique du Coeur sur le site de Flammarion

    (JPG)
    Mathias Malzieu et Olivia Ruiz (qui a également participé à l’album La Mécanique du Coeur), bien dans leurs rôles.