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L’altruisme dans la littérature jeunesse (mini thèse)

 
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    Mots-clés

    Introduction

    Un pour tous, tous pour un. Telle est la définition de l’altruisme. Effectivement, l’altruisme désigne l’amour désintéressé pour autrui. C’est une valeur, on peut le dire, qui ne fait pas partie des préoccupations des êtres humains. Il s’agit aussi d’un terme qui ne s’emploie explicitement que lors des récoltes de dons mais encore... Par ailleurs, notons que cette qualité est omniprésente dans les religions monothéistes entre autres. Néanmoins, le thème de l’altruisme apparaît souvent dans la littérature jeunesse. Rappelons que les publications destinées à la jeunesse (Loi n°49.956 du 16 juillet 1949) ne doivent en aucun cas démoraliser l’enfant. Il est donc mieux de délivrer un message humaniste qui permet l’apprentissage du vivre ensemble. Dans les ouvrages lus, la meilleure manière de vivre ensemble est de briser les frontières et de tendre la main à l’autre. De plus, le livre est un outil d’accompagnement qui aide l’enfant à comprendre le monde. De ce fait, il l’aide à grandir. Ainsi, nous allons voir comment est traité le thème de l’altruisme à partir d’une sélection d’ouvrages.

    Il y a certains points communs redondants entre les diverses histoires et quelques différences qui montrent qu’il n’y a pas une manière d’être altruiste mais plusieurs, en fonction des personnages et des situations auxquelles ils sont confrontés. Quelques questions seront soulevées sur les obstacles, les éléments déclencheurs de l’altruisme, ses objectifs et ses limites.

    Ma sélection d’ouvrages

    (JPG) MORGENSTEN, Susie dir. Ensemble : tsédaka. Paris : De la Martinière jeunesse, 2007. 120 p. : ill. ; 220 X 11 cm. ISBN 2-7324-3575-9

    Roman à partir de 9 ans

    Ensemble est un recueil de nouvelles sur le thème de la « tsedaka ». Selon la tradition juive, ce terme signifie solidarité, partage et soutien du plus pauvre que soi. À travers dix récits, dix auteurs racontent avec brio les valeurs de l’altruisme nous permettant de savoir et mieux vivre ensemble.

    Mon avis

    Ce recueil est très intéressant et enrichissant. On peut dire que les auteurs comme Yaël Hassan, Alain Korkos, Agnès Desarthe ou Geneviève Brisac ont bel et bien relevé le défi. Ils parviennent, avec beaucoup d’humour à transmettre des valeurs altruistes un peu oubliées de notre société. Cela en nous faisant voyager à travers différentes cultures. Petits et grands y trouveront un grand intérêt.

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    TEISSON, Janine. La photo qui sauve. Paris : Syros jeunesse, 2003. 120 p. ; 19 X 11 cm. (Tempo) ISBN 2-7485-0125-X

    Roman à partir de 9 ans

    Dans la cité des Capucines tout a l’air de bien commencer. Mais quand Idir tombe gravement malade c’est la panique, et le silence s’installe dans le quartier. Héléna pense avoir trouvé une solution pour sauver son ami...

    Mon avis

    Au début de l’histoire, les habitants de la cité des capucines sont un peu désunis. La maladie et les troubles de Idir ne vont faire qu’envenimer la situation. Tout le monde souffre en silence et le manque de dialogue s’ensuit. Héléna est le personnage qui représente l’altruisme, elle nous montre aussi qu’il faut du courage pour rompre le silence et aller de l’avant. Le texte est atypique puisqu’il comporte plusieurs petites séquences qui nous font passer d’un personnage à l’autre.

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    BUTLER, M. Christina, MACNAUGHTON, Tina, ill. Petit hérisson dans la tempête. Toulouse : Milan jeunesse, 2008. 26 p. : ill. en coul. ; 28 X 24 cm. ISBN 978-2-7459-3411-6

    Album à partir de 3 ans

    Plic ploc plic ploc... Ce matin Petit Hérisson se lève tout joyeux. Il enfile vite son nouveau ciré, son chapeau, ses bottes. Bien sûr, il n’oublie surtout pas de sortir avec son joli parapluie ! À cet instant, il ne sait pas encore que son parapluie fétiche sauvera tous ses amis...

    Mon avis

    Basée sur l’amitié et l’altruisme, cette histoire est racontée avec simplicité. Le graphisme est en parfaite adéquation avec le texte. Ce qui permet au lecteur de soutenir Petit Hérisson et ses amis dans cette aventure.

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    GUIRAUD, Florence. Malinga, reine des bonobos. Paris : Seuil jeunesse, 2008 : 34 p. : ill. en coul. ; 32 X 21 cm. ISBN 2-877767-389-8

    Album à partir de 3 ans

    Rien ne va plus dans la jungle ! Pour régler les querelles, Wimba, le lion, a besoin de Malinga, la reine des bonobos. Parviendra-t-elle à apaiser ces tensions ?

    Mon avis

    L’album évoque très bien le thème de la solidarité et de l’altruisme tout en nous prouvant que les conflits peuvent se résoudre pacifiquement. En effet la domination et le pouvoir sont une entrave au vivre ensemble. Le don de soi s’avère être un moyen efficace. Les images sont claires, attrayantes, expressives et colorées ; telles que les aiment les enfants.

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    MCKEE, David. Elmer et les hippopotames. Paris : Kaléidoscope, 2003. 27p. : ill. en coul. ; 24 X 21 cm. ISBN 2-87767-389-8

    Album à partir de 3 ans

    Les éléphants sont mécontents car les hippopotames se sont installés chez eux. Elmer, l’éléphant doit régler ce problème. Il réalise que le fleuve est bloqué par des rochers. Pour libérer le barrage, Elmer se rend auprès des éléphants pour leur demander de l’aide...

    Mon avis

    Cet album ressemble beaucoup à Malinga, reine des bonobos. En revanche, le texte est plus simple, il conviendra parfaitement aux tout petits.

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    BATTUT, Eric. Deux oiseaux. Paris : Autrement jeunesse, 2004. 32p. : ill. en coul. ; 24 X 21 cm. ISBN 9782746704626

    Album à partir de 3 ans

    Ce matin, un petit oiseau est seul et immobile. Un autre oiseau vient se joindre à lui. Il le prend sous son aile et lui fait découvrir le monde...

    Mon avis

    Cet album parle certes de l’altruisme mais d’une façon très simpliste. Le texte est très court. Les images représentent les oiseaux en tout petit. Néanmoins, je trouve l’histoire poétique.

    Les obstacles à l’altruisme

    Au début de toutes les histoires, les personnages ne sont pas forcément altruistes. Ce qui ne veut pas vraiment dire qu’ils sont le contraire c’est-à-dire, égoïstes. Souvent, c’est la peur de l’autre qui se révèle être un obstacle. En effet, le premier pas vers l’autre est difficile à faire. Par exemple, dans La photo qui sauve, adultes et jeunes se renferment sur eux-mêmes. Parler de la maladie d’Idir semble être interdit, c’est Héléna qui va questionner son entourage. Elle fait preuve de beaucoup d’audace et finalement, son courage portera ses fruits. On peut dire que les autres, y compris ses parents n’osent pas aller vers lui car ils ne savent pas comment il réagira.

    Revenons sur l’antonyme de l’altruisme : l’égoïsme. Certains personnages n’agissent que pour leur propre intérêt. Pour ces derniers, il est inutile d’aider l’autre s’il n’y aucun intérêt à le faire. On le remarque à travers les personnages comme Wimba (Malinga, la reine des bonobos), les éléphants (Elmer et les hippopotames), Monsieur Boughobza et Noé (Ensemble). Wimba ne veut pas aider l’éléphant à sortir du piège dans lequel il se trouve. Les éléphants refusent de partager leur fleuve avec les hippopotames, à chacun son territoire ! Monsieur Boughobza est très riche mais il est hors de question pour lui d’aider Elie, un mendiant très malheureux. Il acceptera ensuite de lui donner de l’argent pour redorer son blason auprès des habitants du quartier. Noé, quant à lui, est un enfant qui ne pense qu’à lui, il exige qu’on lui donne ce qu’il veut mais il s’arrange toujours pour ne pas donner à son tour. Par exemple, il offre en cadeau d’anniversaire des présents qu’on lui avait offerts, et dont il ne s’est jamais servi. Bref, ces personnages ont tout ce qu’ils veulent, et de ce fait sont égoïstes.

    Autre obstacle à l’altruisme : c’est la soif de pouvoir. Wimba veut dominer seul son peuple, il dit « Je suis le roi et je resterai le roi des animaux, le plus fort de la savane ! ». On remarque qu’il y a une contradiction entre la volonté de Wimba (régler les querelles de la jungle) et sa soif de pouvoir.

    Dans l’album Elmer et les hippopotames, la différence de race fait obstacle. Chaque race doit vivre dans sa propre communauté et dans son territoire. Cela serait une loi à laquelle tout le monde doit se soumettre sans exception. Mais, c’est valable pour tous types de différences. La nouvelle Elie, le mendiant montre que la différence sociale empêche le partage et le dialogue. Monsieur Boughobza a honte de trouver un mendiant au pas de sa porte. On pourrait résumer en quelques mots cette situation : « Je suis riche, tant mieux. Tu es pauvre, tant pis ! ».

    Avec l’histoire d’Elie le mendiant on voit bien que Albert Boughobza a tout à fait connaissance de l’existence de la pauvreté dans son quartier. Néanmoins, dans la vie du petit Noé tout se passe bien. Il ne sait pas qu’il y a des personnes qui souffrent dans le monde. Il s’en rendra compte en regardant à la télé un reportage médical. Cette émission va bouleverser sa conception de la vie. Ici c’est la méconnaissance du monde qui l’entoure qui l’empêche d’être altruiste. Cela étant, on peut comprendre que l’ignorance est également un défaut et une entrave à l’altruisme.

    Enfin, les obstacles à l’altruisme varient selon les histoires. Cependant, dans cette sélection, il y a un livre qui fait la différence. Dans Deux oiseaux, le pas vers l’autre se fait naturellement avec simplicité. C’est une manière de dire que l’altruisme atteint sa pleine valeur dès lors qu’il se fait spontanément. On rattacherait cet altruisme à la bonté.

    Éléments déclencheurs de l’altruisme

    Il convient de dire que les personnages deviennent, par la suite, altruistes. Des éléments déclencheurs dans l’histoire inciteront à l’altruisme. On peut aider l’autre tout simplement par pitié comme c’est le cas dans La photo qui sauve.

    L’entraide s’avère être une solution lors des conflits. Cette idée a une valeur humaniste et pacifiste. L’idée est que la guerre et les querelles ne résolvent pas les problèmes. C’est la raison pour laquelle, Elmer et Malinga vont transmettre ces valeurs altruistes qui devraient être communes à tous. Par ailleurs, Malinga va dicter cinq règles à ses amis. Grâce à celles-ci, ils vont s’assagir et comprendre l’intérêt de cette leçon. À travers l’histoire de Noé, c’est la connaissance du monde qui l’entoure, de la réalité qui l’incitera à devenir altruiste. S’ouvrir aux autres permet de mieux comprendre le monde et de ne pas tomber dans l’ignorance en restant enfermé dans l’individualisme. Comment aider l’autre si l’on ne sait pas qu’il a besoin de nous ? Cela pour dire aussi que l’altruisme favorise la vie en société. En revanche, on peut faire semblant de l’être, tout comme Monsieur Boughobza. On pourrait se dire, cet égoïste a complétement changé, malheureusement ce n’est pas le cas ! Il va donner de l’argent à ce pauvre Elie pour redorer son image auprès de ses clients et augmenter son chiffre d’affaire. Eh ça fonctionnera parfaitement. Tout le monde pense qu’il est altruiste et bienveillant. Mais lui, il n’agit que par intérêt. Il a déjà beaucoup d’argent mais en veut davantage.

    Enfin, on peut voir à travers cet exemple qu’il ne s’agit que d’un altruisme controversé. C’est aussi une réalité. Dans toutes ces histoires, l’altruisme s’avère être une solution et il est aussi source de changement. Grâce à l’altruisme la vie des personnages prendra un autre tournant. Les conséquences de l’altruisme seront tout autant diverses.

    Les conséquences de l’altruisme

    Majoritairement, l’altruisme permet le vivre ensemble et la vie en société. Il éloigne de l’égocentrisme, de l’avarice et de l’intolérance. Les protagonistes comme Elmer, Malinga, Hélène ou les oiseaux renforcent cette idée. À la fin de ces histoires, tout le monde vit en harmonie malgré leurs différences. C’est évidemment l’entraide qui va leur permettre de se réunir et de discuter en toute convivialité. On peut rajouter que les animaux représentent en fait les êtres humains. En d’autres termes, ils sont efficaces pour la transmission du message.

    Il nous est également montré qu’avec l’altruisme, on peut se sentir utile. On peut aider l’autre pour le geste en lui-même (ex : Les deux oiseaux). L’altruisme aboutit souvent à des conséquences positives pour l’ensemble des personnages sauf pour Monsieur Albert Boughobza... À un certain moment, tout se passe bien pour Monsieur Boughobza. Il va augmenter son chiffre d’affaire et être aimé de tous. Mais ce genre d’histoire se termine toujours avec une bonne leçon de morale, aussi bien pour le protagoniste que pour le lecteur. Mr Boughobza va se retrouver seul !

    On remarque que l’altruisme est une façon d’être. Il est dénaturé dès lors que l’on s’en sert avec calcul et intérêt. Même si Monsieur Boughobza a donné beaucoup d’argent au pauvre , on ne peut que confirmer la citation de Corneille : « La manière de donner vaut mieux que ce que l’on donne. ».

    Conclusion

    Enfin, ces histoires prouvent qu’il existe plusieurs manières d’aborder l’altruisme. Néanmoins, la morale de chacune des histoires nous donne une définition identique de l’altruisme. Le véritable altruisme est celui qui consiste à donner sans attendre un contre don. Dès lors que l’on donne pour le geste en lui-même, on parle d’altruisme. Dans ce sens, donner ce n’est pas asservir. De ce fait on peut confirmer l’efficacité de ces livres jeunesse dans la sensibilisation aux enfants sur le thème de l’altruisme. Ils leur apportent une aide à la compréhension du monde et de l’autre. Tout en insistant sur le fait qu’il est préférable de ne pas se renfermer sur soi-même, dans sa richesse, ses modes de pensée, et ses modes de vie entre autres. Ce type de livres contribuerait à leur ouvrir les yeux mais toujours de manière implicite.

    Cela étant, il est tout à fait légitime de se demander si cette manière de sensibiliser les enfants est utopiste. Il ne s’agit en fait que de fictions. L’histoire ne peut pas changer le monde et les mentalités. D’autant plus que l’enfant lit pour le plaisir. Il va davantage s’attacher aux personnages et à la mise en scène de l’histoire effectivement. Mais on peut penser que l’attachement aux protagonistes facilite la transmission de valeurs. Au final, on peut dire que les livres viennent compléter l’éducation des parents. L ’altruisme comme toute autre valeur se cultive, s’apprend. Tout ceci grâce à l’expérience personnelle (comme les personnages de chaque histoire), l’école, les livres et l’éducation. En effet, on ne naît pas avec un cœur de pierre ou l’inverse. Il s’agit juste d’être curieux, de s’intéresser à autrui. Voilà ce que nous montre ce corpus de livres au sujet de l’altruisme. La littérature jeunesse pourrait être garante de certaines valeurs qui tendent à disparaître au gré de nos intérêts personnels.

    Quelques citations

    « Je ne connais en aucun homme d’autres signes de supériorité que la bonté. » (Beethoven)

    « C’est n’être bon à rien de n’être bon qu’à soi. » (Voltaire)

    « La manière de donner vaut mieux que ce que l’on donne. » (Corneille)

    Laïla Abousad DEUST Métiers des bibliothèques et de la documentation Avril 2010