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Le Pitou, de Michaël Escoffier et Clément Lefèvre

 
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    Le Pitou de Michaël Escoffier et Clément Lefèvre, Frimousse, 2009

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    Michaël Escoffier, auteur de littérature jeunesse, a déjà un certain nombre de livres à son actif. Si chaque histoire est différente, le ton et le soin apportés au texte restent les mêmes. Au travers de ses multiples projets, il a collaboré avec divers illustrateurs, au nombre desquels l’on compte Clément Lefèvre. Ensemble, ils ont mené le Pitou jusqu’à sa publication, en novembre 2009, aux Éditions Frimousses (collection Maxi Boum).

    Cet album destiné aux plus jeunes, raconte une histoire assez simple, celle d’un petit pingouin, qui se lance à la recherche de son Pitou, qu’on imagine être une sorte de « doudou », en effet le texte n’en dit pas plus, créant ainsi un effet d’attente ; il commence par demander à la baleine, puis à l’ours blanc s’ils ne l’ont pas vu. Ce dernier lui fait la morale, puis finit, pour s’en débarrasser, par lui indiquer où trouver le Père Noël, qui lui offrira un pitou en remplacement, avant le retournement de situation final.

    Ce texte travaille autour de sujets universels et aborde des thèmes liant le monde des adultes à celui des enfants.

    Ainsi, l’histoire commence par traiter du comportement des adultes vis-à-vis de l’enfant : volonté de ne pas être dérangé (« Tu vois pas que je suis occupé ? Va jouer ailleurs ! », commence l’ours), dire n’importe quoi pour être tranquille (« quel idiot ce pingouin ! Enfin bon, moi au moins je suis tranquille pour le moment », dit l’ours blanc après avoir envoyé le petit pingouin sur les traces du Père Noël) ou vouloir faire plaisir sans vraiment savoir ce que l’enfant attend. De plus est souligné le caractère naïf du petit pingouin, qui croit vraiment qu’il va trouver le Père Noël ; cette histoire travaille autour de la notion de peur : l’on peut voir l’insouciance de l’enfant par rapport au monde des adultes, la peur de l’inconnu (le Père Noël et le Pitou). Le retournement de situation final, permet de faire passer le message de précaution sur une note plus légère : faire preuve de prudence lorsqu’il s’agit de côtoyer un adulte étranger.

    L’intérêt de cet album réside dans la qualité de l’écriture et des illustrations ; le livre, grand format et papier épais, laisse une place importante aux illustrations de Clément Lefèvre qui s’étendent sur toutes la page et que le texte met en valeur sans jamais le gêner, et inversement.

    La typographie définit clairement ce livre comme un livre à lire à l’enfant, les intonations et la personne qui parle sont indiquées par des couleurs. Les dessins doux, hachurés, les traits enfantins, la mise en page soignée ou encore les couleurs (avec un rappel des couleurs scandinaves et des teintes de l’aurore boréale) resplendissantes concourent à créer une atmosphère chaleureuse, pleine de poésie et de fantaisie. Le travail au pastel laisse beaucoup de place aux nuances de couleurs et de matières, permettant un rendu plus réel, par exemple des poils, du vent ou encore de la neige. Des doubles pages pleines, sans paroles, permettent au lecteur de mieux se fondre dans le décor, avec un judicieux choix de couleurs qui parvient à rendre compte de l’atmosphère de l’histoire, de la froideur de l’eau ou de la douceur du monde du Père Noël.

    Par ailleurs, l’originalité de cet album, tient aussi au fait que l’on voit intervenir le Père Noël sans qu’il ne soit un personnage principal.

    Enfin, la personnification des personnages (ils parlent), visant à faire passer un message et émerveiller davantage l’enfant, passe également par les illustrations : les bouées du petit pingouin ; les raquettes ; les lunettes, le cigare et les raquettes de l’ours blanc ; ce qui rejoint aussi la touche d’humour véhiculée par le texte même, lui aussi extrêmement bien travaillé, recherché, particulièrement celui de l’ours, personnage qui parle le plus et qui tient un discours crédible et vraisemblable d’un adulte à un enfant : ne pas déranger les adultes et encore moins ceux qu’il ne connaît pas. Toutefois, le ton brusque de cet individu est contrebalancé par celui du petit pingouin, cherchant son doudou, dont la manière de parler rappelle le zozotement de l’enfant (« z’ai perdu mon pitou »), ce qui, au même titre que la douceur des images, développe l’aspect attendrissant de cet album, le rendant à même de séduire petits et grands.

    Du point de vue de l’histoire, on découvre un Doudou extraordinaire, qui de prime abord ressemblerait davantage à un monstre, au même titre que le méchant doudou de Ponti, jouant lui aussi sur les apparences de ce compagnon de l’enfance, mais fonctionne ici à l’envers : le Pitou a l’apparence d’un monstre mais est en réalité un être adorable et attachant, alors que chez Ponti le doudou pousse l’enfant à mal agir, étant sous l’emprise d’un mauvais sort.

    Du point de vue de l’écriture, cela rappelle en général les œuvres de Michaël Escoffier, qui soigne toujours son texte, jouant sur les tons et l’humour afin de mieux faire passer un message, ou pas, comme par exemple dans Ni vu ni connu.

    Enfin, les illustrations ici, de Clément Lefèvre, et les personnages, ne sont pas sans rappeler celles qu’il vient de faire pour Thomas le Magicien, jouant sur la magie et le côté enfantin.

    Ateliers proposé

    Cet album est destiné aux enfants, à partir de 3 ans. On pourrait imaginer de mettre en scène une lecture oralisée, faisant intervenir l’enfant, donnant ainsi vie à la façon de parler du petit pingouin, imaginé par l’auteur, conférant à la lecture à voix haute, un nouveau charme. Car en effet, comme nous l’avons dit plus haut, la typographie définit les personnages : leurs répliques ne sont pas écrites de la même couleur, de plus l’intonation est indiquée par la taille plus ou moins grande des caractères : il s’agit d’un livre à oraliser.

    Delphine MENEZ L3 Lettres Modernes

    Avril 2010