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Un Jour, de Yoo Ju-Yeon

 
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    Un jour est un album jeunesse pensé et réalisé par Yoo Ju-Yeon, une jeune auteure coréenne jusque là inconnue en Europe, et mis en parole par Kza Han, une poétesse coréenne qui vit actuellement en France. Il a été édité aux éditions MeMo, connues pour la qualité des œuvres qu’elles publient.

    (JPG)
    © MeMo, 2010

    Un oiseau esseulé qui vit dans une forêt décide un jour de partir à la recherche de l’âme sœur. Il traverse des villes, un chantier, un port... mais ne rencontre jamais personne. Fatigué, il finit par faire demi-tour et retourne chez lui, où il retrouve ces congénères. Il comprend alors qu’il n’a jamais été seul.

    Les thèmes abordés

    Le thème principal est l’urbanisation galopante et son pendant négatif, la disparition progressive de la nature et de la vie. En effet, une fois que l’oiseau a quitté sa forêt, il ne rencontre plus que des constructions humaines : la végétation a disparu, et avec elle, tout signe de vie. D’autres thèmes sont abordés, tel que la solitude mais aussi et surtout l’idée de quête associée à la notion de cycle, propres à la tradition coréenne et au bouddhisme. C’est le cycle des saisons et de la vie, avec l’idée qu’on revient toujours à son point de départ (après l’été viendra l’automne, puis l’hiver, le printemps et de nouveau l’été). Ici, l’oiseau part pour mieux revenir. Il cherche ce qu’il a déjà, mais il doit partir pour le trouver et l’apprécier.

    Pour mettre en scène cette histoire, Yoo Ju-Yeon utilise le lavis (technique ancestrale coréenne), qui consiste à n’utiliser qu’une seule teinte (ici le noir) qu’on dilue plus ou moins à l’eau pour en obtenir un camaïeu (du noir le plus foncé au noir le plus pâle). L’auteure met en œuvre cette technique à l’aide d’un outil et d’un support traditionnel coréen : le pinceau et le papier de riz. Les seules touches de couleurs sont utilisées pour représenter la vie : l’oiseau mais également le texte qui symbolise sa pensée sont rouges, tandis que ces congénères sont gris-vert et gris-violet.

    On constate un grand jeu avec les formes : dans la forêt, les lignes horizontales, rondes et douces ainsi que la couleur, très diluée, prédominent, tandis que plus l’oiseau s’éloigne et plus les lignes deviennent verticales, sombres, oppressantes. Le dessin est assez simple, jamais complet, et tout réside dans le petit trait significatif : par exemple, seuls les toits des maisons sont dessinés.

    La taille de l’oiseau sur la page, sa couleur mais également sa forme qui varie assez peu, font penser plus à un idéogramme ou tampon dont se servent les coréens pour signer leurs lettres, qu’à un dessin ou une illustration d’album. On peut se demander s’il ne confère pas à ce récit une forme d’autobiographie, comme si Yoo Ju-Yeon signée chacune de ces pages et chacun des mots.

    Concernant le texte Kza Han, nous sommes presque face à une forme de Haïku. D’origine japonaise, c’est un petit poème extrêmement bref visant à dire l’évanescence des choses. Sous sa forme occidentale, il se compose de tercet de trois vers de cinq, sept puis de nouveau cinq syllabes. Le texte est donc haché, sans ponctuation ou presque, et nous fait haleter à l’unisson avec l’oiseau. Son écriture mécanique et géométrique, en caractères d’imprimerie, tranche avec le dessin au pinceau, très traditionnel avec des formes courbes, et confère ainsi à l’histoire un caractère très actuel.

    Du fait de l’origine coréenne des auteures, il est très difficile de définir les références qui peuvent être faites dans cet album. Toutefois, nous avons pu voir qu’il y avait un fort ancrage dans la tradition coréenne (le lavis, l’utilisation du pinceau et du papier de riz, l’oiseau comme idéogramme) et bouddhique (notion de quête de soi, forme cyclique du récit avec le retour au point de départ), et que le texte était pour sa part d’inspiration japonaise (Haïku). Cet album est donc fortement ancré dans la culture asiatique. Il est pourtant intéressant de voir que le sujet (l’urbanisation croissante au dépend de la nature), lui, est reste universel.

    Idées d’ateliers

    Cet album destiné aux enfants à partir de 11 ans peut être utilisé dans deux cadres : les Arts plastiques et le Français.

    Au niveau plastique, les collégiens peuvent être amenés à découvrir la technique du lavis (associée ou non au pinceau et au papier de riz), qui est en fait une forme simplifiée de l’aquarelle. Ils pourraient ainsi choisir une teinte ou couleur, et la travailler de manière à découvrir les différents dégradés possibles.

    Un autre sujet, mais qui pourrait très bien se coupler au précédent, serait d’imaginer ce que serait la nature si on lui attribuait les couleurs de la ville (le noir du goudron, le gris des immeubles, le rouge des maisons, etc.).

    Au niveau littéraire, il pourrait être intéressant de les amener à composer des poèmes sur le principe du Haïku, et sur le thème de la nature ou de l’urbanisation.

    Wilhémine Hoogardie, L3 ICD parcours Documentation

    Avril 2010

    Post-scriptum

    YOO, Ju-Yeon. Un jour. Poème de Kza HAN. Nantes : MeMo, 2010. Illustrations en couleur ; 24 x 18 cm. ISBN 978-2-35289-077-5 Cartonné 18,30 EUR

    Mots clefs : nature / urbanisation / oiseau / lavis / haïku / Corée / bouddhisme