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Bête comme ses pieds ! de Jean-François Dumont

 
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    "Tous les garçons sont idiots. Thomas, lui, il est bête comme ses pieds."
    (JPG)
    © Kaléidoscope, 2010

    Bête comme ses pieds ! est un petit album pour enfants réalisé par Jean-François Dumont. Cet ancien étudiant en architecture qui appréciait beaucoup la littérature de jeunesse a décidé de se tourner vers l’illustration d’albums pour enfants où il a réussi une brillante carrière. Depuis plusieurs années, il s’est lancé dans l’écriture de livres pour la jeunesse et Bête comme ses pieds ! est le dernier album signé de sa plume édité. L’histoire que nous y raconte Jean-François Dumont s’inspire d’une scène de vie qui pourrait arriver à un enfant de CP ou de primaire. Ainsi, la narratrice, une petite fille, nous explique que Thomas est, comme tous les autres garçons d’ailleurs, bête comme ses pieds. C’est donc pour cela qu’il passe son temps à jouer au foot et à la bousculer quand elle parle avec ses copines. Mais, elle n’est pas du genre à se laisser faire alors elle lui rend la monnaie de sa pièce. Ce qu’elle n’avait pas prévu, c’est que Thomas se mette à lui courir pour se venger et, tout le monde le sait, les garçons ça court vite. Alors, dans la précipitation, la petite narratrice tombe et se fait mal au genou. Thomas, touché par sa douleur, l’aide à se relever et pour le remercier la jeune fille lui fait un bisou. Ravi par le baiser qu’il vient de recevoir, Thomas s’en va en sautant de joie et sa nouvelle amie en conclut que Thomas n’est pas toujours bête comme ses pieds.

    Après avoir consacré quatre albums à la vie des animaux de la ferme, Jean-François Dumont a choisi de se centrer ici sur les enfants. Et, afin que cette histoire leur parle, il y aborde des problèmes et des idées qui sont propres à leur âge. Ainsi, ce livre nous donne à voir la séparation qui existe à cet âge entre les filles et les garçons qui trouvent chacun de leur côté l’autre sexe bête et creux. On y rencontre également les premiers émois amoureux. D’ailleurs on s’aperçoit très bien dans cet ouvrage du trouble que produit le mélange de ces deux sentiments chez les enfants.

    L’auteur a préféré opter pour la voix de la petite fille afin de narrer l’histoire. Tout le récit est donc basé sur le point de vue de la petite fille et sur ses idées. On remarque alors un fort contraste entre les filles et les garçons. Tout d’abord, elle dit que tous les garçons sont bêtes comme leurs pieds ; elle ne fait pas de distinction entre eux et elle ne fait pas de différence non plus chez les filles puisqu’elle n’en inclut aucune dans cette catégorie. De plus, on trouve un schéma très caricatural dans le fait que, pour elle, les garçons passent leur temps à des jeux puérils tels que courir dans la cour ou jouer au foot alors que les filles discutent entre elles de choses qui ont l’air très intéressantes car elle est fâchée quand un garçon l’interrompt. Grâce à ce point de vue l’auteur peut également montrer que tout est vu comme une évidence à cet âge. En effet, cela commence dès le départ par un syllogisme appuyé par un « c’est comme ça » : Thomas est un garçon, tous les garçons sont bêtes donc Thomas est bête. Cela continue ensuite avec d’autres expressions telles que « toujours », « il fait exprès », « évidemment » ou encore « Les garçons ça court vite ». Mais cette certitude est en parti balayée à la fin lorsque la petite narratrice revient sur ce qu’elle a dit au départ en ajoutant un « des fois ». Jean-François Dumont a donc réussi en choisissant la voix de la petite fille mais également en prenant un problème que les enfants connaissent bien à leur montrer qu’il ne faut pas faire des généralités avec tout et qu’on ne doit pas prendre tout ce qui est dit comme une certitude inébranlable. La phrase finale de sa narratrice est en quelque sorte la morale de son histoire.

    Comme nous l’avons déjà dit auparavant, la fonction première de l’auteur de cet album est illustrateur ; c’est pourquoi l’illustration tient une place plus importante que le texte dans ce livre. D’ailleurs, les trois pages qui bouleversent le plus l’histoire et les lecteurs ne comportent que des illustrations. De plus, l’intérêt principal de cet ouvrage réside dans le fait que Jean-François Dumont s’est inspiré du titre de l’album pour l’illustrer. L’expression « bête comme ses pieds » se retrouvent donc dans les dessins ne représentant que des pieds et des jambes. Et, malgré cette contrainte, l’illustrateur arrive à faire passer une forte émotion chez ses lecteurs qui sont touchés par cette gentille nouvelle. Sur le site Initiales), il est dit que cet auteur « n’a pas son pareil pour traduire les sentiments au fil de pages colorées » et l’on peut voir ici qu’il y arrive également sans montrer les visages de ses personnages. Ainsi, il parvient à montrer la douleur en dessinant un genou devenu rouge, à représenter le conflit avec les deux paires de pieds qui se tournent le dos ou encore à illustrer la tendresse avec la façon que la petite fille a de se mettre sur la pointe des pieds pour, on le devine, embrasser Thomas mais aussi la joie avec les bonds que fait le garçon lorsqu’il s’en va. Cependant on remarque de temps en temps l’apparition de mains par ci par là qui cherchent à renforcer les sentiments qui sont exprimés dans l’illustration. Nous pouvons donc voir que dans la seconde illustration le fait que les garçons aient les mains dans les poches conforte leur côté décontracté. Puis dans la quatrième image, lorsque l’on aperçoit les mains de la narratrice qui se tendent vers l’avant quand elle tombe on ressent d’avantage la peur qu’elle a de se faire mal. L’auteur renforce également la notion de douleur à travers ses dessins de mains qui s’accrochent à l’endroit douloureux et la notion de tendresse avec la main de Thomas qui se tend vers la petite fille.

    Jean-François Dumont arrive aussi rien qu’avec des pieds et des mains à nous montrer le caractère de ses personnages. Ainsi, le peu de vêtements que l’on aperçoit nous montre certes que nous avons une fille d’un côté et un garçon de l’autre mais on y voit également une part de leur personnalité. Le jean, le sweater et les baskets du garçons nous font penser que nous sommes face à un garçon d’environ sept ou huit ans qui aime le sport et qui a une allure plutôt décontractée. Du côté de la fille, sa petite robe, ses sandalettes, ses chaussettes à dentelle et son bracelet nous montrent une demoiselle du même âge que le garçon qui aime se faire belle. Cependant, cette tenue nous laisse croire que c’est une petite fille innocente alors qu’au contraire, elle n’est pas du genre à se laisser faire. D’ailleurs la forte utilisation des points d’exclamation dans le texte appuie ce trait de caractère. Grâce à ces vêtements, l’illustrateur a pu approfondir l’idée avancée par la narratrice ; c’est-à-dire que tous les garçons se ressemblent alors que les filles sont plus intéressantes. En effet, les jeunes hommes sont tous représentés avec la même tenue alors que la conteuse est la seule fillette à être représentée (ses amies qui sont citées dans le texte ne sont pas dans les illustrations) et elle est donc perçue comme singulière. Le fait que l’illustration soit plus importante que le texte se ressent également dans l’emplacement et la taille du texte en lui-même. L’auteur nous donne l’impression d’avoir pensé le texte comme une illustration et non comme une simple écriture. Dès la première double page ce fait est vérifiable : nous voyons d’un côté le texte qui se compose d’une seule phrase placée sur une ligne et de l’autre l’illustration représentant les pieds de Thomas qui semble faire face à l’expression « bête comme ses pieds ». De plus lorsqu’on tourne la page et que l’on voit apparaitre la seconde double page une autre signification est donnée à la disposition du texte : alors que sur la première page une seule ligne accompagnait une seule personne et montrait ainsi la solitude, sur la troisième trois lignes accompagnent plusieurs garçons afin d’appuyer la notion de groupe. On remarque également que lorsqu’il est question de courir dans le texte, la phrase est placée en une seule ligne en dessous des pieds des personnages afin de donner l’impression que tout comme les individus les mots courent. De même, quand il y a plusieurs personnages représentés dans une même illustration, le texte est positionné à côté de la personne qui fait l’action afin de mettre l’accent sur son geste. C’est le cas pour le garçon qui bouscule la narratrice ou encore pour le coup de pied qu’elle lui donne en retour. La taille de la police est aussi envisagée en fonction de ce que le texte raconte. Cela se voit dans deux pages différentes : celle où la petite fille dit « Bien fait ! » et celle où le « Aïe » apparaît durant la chute de cette dernière. Dans les deux cas, la taille plus importante sert à intensifier des sentiments ; dans le premier, il est question de la colère alors que dans le second, c’est la douleur qui est renforcée.

    Anne-Marie Mercier-Faivre sur le site Sitartmag)nous dit à propos Jean-François Dumont que cet auteur « ne se contente pas de raconter des histoires et de les illustrer avec son talent particulier : il cherche aussi à délivrer un sens autre ; fables ou allégories, elles sont souvent des réflexions sur notre monde ». Or, nous pouvons dire que c’est également le cas pour son dernier album qui nous montre qu’il ne faut pas trop vite juger son prochain car il est capable de beaucoup de générosité. Pour faire passer ce message, cet illustrateur se sert beaucoup de l’émotion qui ressort de ses dessins et il cherche même à les accentuer grâce à plusieurs procédés.

    Ateliers à proposer

    Cet album est à destination des maternelles mais également des CPs. On peut donc envisager comme animation de demander aux enfants d’imaginer le haut des dessins en travaillant comme l’auteur avec du papier kraft, de la craie et de la gouache puisque ceux sont des outils que les enfants de cet âge ont l’habitude d’utiliser pour dessiner. Mais on peut envisager encore d’autres activités. Par exemple, il est possible de demander aux enfants de chercher une autre expression du type « bête comme ses pieds », d’inventer avec toute la classe ou en collaboration avec des classes de primaire une histoire autour de cette expression et enfin d’illustrer le récit final en fonction de la partie du corps dont il est question. Ainsi, ils peuvent travailler autour d’expressions telles « avoir la tête dans les nuages », « avoir les genoux qui enflent » ou encore « avoir le cœur sur la main ». On peut aussi réfléchir à une animation autour des pieds : comment représenter une émotion ou un sentiment rien qu’en dessinant, comme le fait l’auteur, des pieds et parfois des mains ou, pourquoi pas, en le montrant avec leurs propres pieds.

    Violette Dupont, L3 ICD Documentation, avril 2010.

    Post-scriptum

    DUMONT, Jean-François. Bête comme ses pieds ! Kaléidoscope, 2010. 28 p. ill. en coul. ; 18 x 23 cm. ISBN 978-2-877-67630-4.

    Mots-clés : tendresse, enfant, conflit