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Le Petit Livre Rouge, de Philippe Brasseur

Inspiré du Petit Chaperon rouge et du Petit livre rouge de Mao
 
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    C’est l’histoire du Petit Chaperon rouge qui va chez sa grand-mère lui porter... un livre. Si, comme dans le conte bien connu, la grand-mère et le Chaperon rouge en sortent indemnes, cette histoire, hélas, finit mal... pour le livre. Âmes sensibles et amoureux des livres, s’abstenir !

    Philippe Brasseur a longtemps été éditeur de magazines pour la jeunesse jusqu’à ce qu’il se décide à se consacrer à ses passions : dessiner, écrire et former des adultes à développer leur potentiel créatif. C’est ce que l’on retrouve dans ses livres pour la jeunesse, et notamment dans Le Petit Livre Rouge. Paru en 2008 dans la même édition que son précédant livre, Diego est arrivé [1]

    (BMP)
    © L’École des loisirs, 2008

    Le Petit Livre Rouge raconte deux histoires que l’on suit en parallèle et dont l’aspect contradictoire les rend humoristiques. Sur les pages de gauche, une dame souris s’entretient avec des souriceaux à qui elle donne des consignes sur la manière d’utiliser et de manipuler un livre tandis que sur les pages de droite, on retrouve les aventures revisitées du Petit Chaperon rouge et sa façon bien personnelle de traiter un livre.

    L’utilisation du texte est différente selon l’histoire. Dans celle située dans les pages de gauche, on relate l’apprentissage du respect que l’on doit au livre sous forme de dialogue. L’adulte pose des questions auxquelles les enfants doivent répondre pour pouvoir, au final, écouter l’histoire. Seulement, la dame souris finit par ennuyer les souriceaux, qui pourtant étaient ravis et impatients, à force de questions et de recommandations sur l’usage des livres. Les caractères utilisés sont conformes aux sentiments des personnages : les paroles de la dame souris sont calligraphiées avec la même taille de caractère, excepté lorsqu’elle attend une réponse des enfants (« Il faut le rRR ? - le RACONTER ») ou quand elle donne une consigne importante (« Il faut TOUJOURS tourner les pages par le coin »). Les dialogues des enfants sont les miroirs de leurs émotions : en caractère gras lorsqu’ils sont excités par le sujet (Un liiiiivre), en minuscule quand ils se parlent entre eux, lorsqu’ils chuchotent (« Yess ! » ; « C’est même pas vrai. ») ou en gras et en majuscule quand ils sont au comble de l’excitation (« POUR NOUS RACONTER L’HISTOIRE ! »). L’absence de parole montre bien qu’à ce moment, les souriceaux sont à bout de patience et n’attendent que le début du récit et la fin de ces consignes insistantes.

    Dans la seconde histoire, la place du texte est moins importante. Seule la première page de cette histoire présente une partie textuelle. Elle contient le monologue de la mère qui confie un livre au Chaperon rouge qui doit le rapporter à sa grand-mère. Ce texte permet d’installer le contexte et de permettre au lecteur de se rendre compte en quoi cette histoire est un conte revisité : la panier remplit de victuailles est remplacé par le petit livre rouge. Seuls quelques onomatopées surviendront dans le but de renforcer l’aspect comique du dessin, notamment« prrrr ! », « PAF !PAF ! » ou « TOC TOC » Par la suite, les images suffiront à décrire le récit.

    En effet, les dessins se présentent sous forme de bande dessinée infantilisée, où les couleurs sont épurées. Il faut tout de même remarquer la prédominance du rouge qui renvoie à la mise en abyme du livre dans la mesure où cette couleur réfère à la fois au livre de Philippe Brasseur, au livre que la dame souris va lire au souriceaux et au livre dont le Petit Chaperon rouge a la charge. Cette couleur se retrouve également dans les vêtements du Petit Chaperon rouge, bien que plus nuancée. Le rouge renvoie à la couleur du diable et cette interprétation se retrouve dans le noeud que le Petit Chaperon rouge a dans les cheveux. Cet accessoire dessiné en forme de corne, associé au comportement du la fillette nous permet de nous interroger sur la nature de ce personnage désobéissant.

    Ensuite, ce Petit Livre Rouge fait penser au Petit Livre rouge de Mao Zedong. C’était un recueil de citations extraites d’anciens discours et écrits de Mao Zedong que tout citoyen chinois se devait d’avoir sur lui. Ce livre est devenu l’un des symbole de la révolution culturelle chinoise, bien que cette dernière soit en réalité une « campagne contre la culture, l’éducation et l’intelligence » (selon wikipedia). Ainsi, on peut remarquer que cette référence renforce l’aspect humoristique du livre de Philippe Brasseur par sa contradiction avec l’objet du livre qui est d’apprendre à aimer et respecter les livres. De plus, nous avons déjà noté que ce livre est également un pastiche du conte intitulé Le Petit Chaperon Rouge. L’auteur en détourne l’histoire afin d’apporter sa propre morale : il faut désacraliser le livre pour pouvoir en faire un meilleur usage. Dans cette histoire, le Petit Chaperon rouge martyrise le livre. Elle s’en sert comme tapette à mouche, parasol, ventilateur, papier toilette, pour dessiner sur le sol, pour essuyer les aisselles, etc. Tous ces usages permettent au lecteur d’en rire et donc de rendre le livre plus abordable par les enfants. La chute de cette histoire abonde dans ce sens puisque le livre permet de sauver la grand-mère et qu’il finit dans la cheminée.

    Philippe Brasseur parvient, grâce à ce livre, à réconcilier les enfants et la vision qu’ils ont des livres. En effet, à cause de parents trop attentionnés qui ont voulu trop bien faire mais qui ont seulement réussi a dégoûté leur enfant de la lecture, l’auteur offre un moment de détente et de complicité partagée dans la mesure où ce livre s’adresse aux parents comme aux enfants et où les parents sont représentés par la dame souris bien intentionnée mais qui a de trop nombreuses exigences. Les enfants peuvent donc rires avec leurs parents de ces mésaventures dont ils ont été eux-mêmes les protagonistes.

    Enfin, j’ai choisi de présenter cet ouvrage parce que, dans la vie, je suis proche de mes jeunes cousins et cousines et j’aime leur faire la lecture. J’ai découvert que l’absence de texte dans l’histoire de la page de droite me permettait de donner libre cours à mon interprétation orale. Ainsi, j’ai pu les faire rire tout en leur apprenant à respecter un livre. Ils ont pu à leur tour lire le livre et l’interpréter à leur guise.

    Cette idée rejoint mon idée d’exploitation pédagogique dans la mesure où on peut mettre en scène le dialogue entre la dame souris et les souriceau ou l’insouciance du Petit Chaperon rouge qui maltraite le livre. Les enfants peuvent d’ailleurs chercher de nouvelles manières de se servir d’un livre tout en sachant que ces usages ont été exagérés, amplifiés dans l’histoire. Les idées les plus extrêmes ont été utilisées pour illustrer cette désacralisation : le livre finit dans un feu de cheminée, après avoir été sacrifié en vue de sauver la vie de la grand-mère.

    Pour conclure, je recommanderai ce livre à toutes les personnes qui ont des enfants de 4 ans et plus. Il permettra d’inculquer aux enfants certaines valeurs dont la désacralisation des objets, ce qui favorisera à terme la communication avec les autres enfants (je pense notamment au prêt de jouets qui est souvent perçu comme un abandon).

    © Mélissa DECONNE, L3 ICD, avril 2010

    Mise à jour : avril 2014

    Post-scriptum

    BRASSEUR Philippe. Le Petit Livre Rouge. L’École des loisirs, 2008. 28 pages : ill. en coul. ; 20 x 15 cm.

    Notes de bas de page

    [1] L’École des loisirs, 2006 dans la collection OFF-Pastel.