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Grand, Moyen et Petit, d’Alice Brière-Haquet et Célia Chauffrey ill.

 
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    Des sujets simples et universels : l’amitié, l’échange, le partage, ainsi que la solidarité et la différence, voire l’acceptation de la différence.
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    © Frimousse, 2009

    Grand, Moyen et Petit est un grand album réalisé par l’illustratrice Célia Chauffrey et la conteuse Alice Brière-Haquet. Les trois personnages, Grand, Moyen et Petit, sont trois amis qui se partagent tout ou presque ; leur maison : la grande pour Petit, la moyenne pour Grand et la petite pour Moyen qui y élève des papillons ; leur couverture : la moyenne pour Petit qui s’en sert comme cape, la petite pour Grande qui s’en fait un chapeau et la grande pour Moyen qui la transforme en hamac. Pour les trois amis la vie n’est qu’un grand jeu où tout est prétexte à l’amusement et au rire, sauf une chose... les doudous ne se partagent pas et ne s’échangent surtout pas : le grand appartient à Grand, le moyen lapin à Moyen et le petit poussin de rien à Petit. Le conte se termine par le moment du coucher et le sommeil des trois amis chacun dans leur lit serrant leur doudou. Dans une sorte de rêve la fin est complétée par une page très poétique représentant les trois personnages offrant une fleur à « une » lune. L’illustration de la chouette qui clôture l’album semble être un clin d’œil, elle veille sur le bon sommeil de Grand, Moyen et Petit, tout en symbolisant en même temps la fin d’une longue journée de jeu.

    Dans cet album on retrouve des sujets simples et universels tels que l’amitié, l’échange, le partage, ainsi que la solidarité et la différence, voire l’acceptation de la différence. Avec le choix de mots simples qui donne une saveur douce et sucrée au texte, Alice Brière-Haquet fait participer les jeunes lecteurs en s’adressant directement à eux à des moments clés de l’histoire. L’auteur prend le parti-pris de faire participer l’enfant aux aventures des personnages en abordant avec subtilité des sujets complexes comme la différence, ici par le biais de la taille, ainsi le petit lecteur est mis directement en situation. Au fil des pages, elle entraîne les enfants de surprise en surprise, car rien ne laisse deviner ce qui va suivre. De manière spontanée et pertinente, elle a su installer doucement la faculté que peut avoir l’enfant de s’adapter au monde qui l’entoure et de trouver par lui-même ce qui convient le mieux de faire lors d’une situation donnée. Cet album est sans le laisser paraître un moyen pour l’enfant d’apprendre et de grandir. La poésie du texte est sublimée par les illustrations de Célia Chauffrey. Ses très belles planches sont une invitation au voyage et au rêve, le tout embelli par le grand format de l’album et la qualité du papier, qui en fait un objet précieux. On ne voit aucunes couleurs vives ou criardes, mais des tons doux et profonds où le rouge prédomine. Différentes techniques sont utilisés pour définir les personnages, les décors et les divers éléments et détails qui se marient harmonieusement et donnent un relief particulier à l’album. Célia Chauffrey utilise de la gouache, on le voit surtout sur le gros soleil rouge représenté en milieu d’album, les fleurs sont faites au tampon et apportent beaucoup de douceur. Tout en restant naïf le graphisme a été savamment étudié et est très soigné. Une grande attention a été portée au design et aux éléments récurrents et comiques. Les détails distillés discrètement au fil des pages prennent une place importante. On retient d’abord la rondeur des formes et la douceur des couleurs. La ligne des vêtements, simples, occupe une place intéressante dans le travail de Célia Chauffrey. Elle nous plonge dans l’univers de la mode, le travail du textile et les formes trapézoïdales ne sont pas sans rappeler la mode des années 60 incarnée par Courrèges ou Cardin. C’est une manière détournée d’éduquer les enfants, mais aussi les parents à une forme d’esthétisme. L’illustratrice fait aussi preuve d’humour dans les détails, comme la cheminée servant d’aquarium à poissons ( poissons ayant une taille proportionnelle à celle des personnages ), ou encore la petite maison spécialisée dans l’élevage de papillons. On trouve aussi des éléments récurrents internes à l’album et rappelant aussi les autres albums illustrés par Célia Chauffrey, dont Pierre la Lune où l’on revoit les mêmes personnages, la récurrence des pavés, les arbres fleuris qui rappellent les magnolias ou les rosiers, les papillons ou encore les étoiles tombant du ciel retenues par une ficelle semblables à des marionnettes. Aussi la typographie du texte répond à l’histoire et aux illustrations, elle est changeante par les couleurs utilisées, mais aussi par les différentes polices employées, tout ceci permettant de mettre en valeur certains éléments du texte tel le nom des personnages. Tout dans cet album est fait pour mettre en scène les contrastes et les volumes.

    Ces contrastes ne sont pas sans rappeler l’histoire de Boucle d’or et les trois ours, le père, la mère et l’enfant ours, chacun ayant son lit, sa chaise ou ses couverts adaptés à sa taille. On retrouve dans ce petit conte les notions de partage et d’amitié si présentes dans Grand, Moyen et Petit. On peut aussi faire référence à Little Némo de Winson McMay, notamment en ce concerne le détournement des objets courants, le thème essentiel du sommeil très présent dans l’œuvre de l’auteur américain, ainsi que le rêve. De plus on peut renvoyer aux autres œuvres de nos deux auteurs comme Pierre la Lune et La chauve-souris et l’étoile, albums dans lesquels on retrouve leur univers onirique et poétique. Un vrai trésor à mettre entre toutes les mains.

    Ateliers : cet album est destiné aux très jeunes enfants entrant tout juste à l’école maternelle, à partir de 3 ans. On peut imaginer d’organiser une exposition sur la mode des années 60, très ludique grâce au débordement des formes géométriques, peut-être en découlerait une activité de confection de vêtements ou de déguisement. Sur ce thème on pourrait aussi dévier sur du collage, du dessin , de la peinture. Par des petits jeux pratiques, on pourrait aborder plus facilement la différence ( par exemple la vision que l’on a du handicap ), et mettre en avant la solidarité entre les individus à commencer par les enfants. On peut aussi imaginer la confection de doudous, de chapeau. Cet album nous permet d’aborder une multitude de thèmes pouvant être traduits en jeu, mais toutefois il faut que cela reste abordable surtout pour les tout petits.

    Aline Colbeaux

    L3 Histoire option Documentation, 24 avril 2010

    Post-scriptum

    BRIÈRE-HAQUET, Alice, CHAUFFREY, Célia ill. Grand, Moyen et Petit. Frimousse, 2009. 28 p. : illustrations en couleur ; 31 x 24 cm. (Maxi Boum). ISBN 978-2-35241-048-5 Cartonné 15,00 €

    À partir de 3 ans

    J’ai cité :

    -  Boucle d’or et les trois ours, Rose Celli et Gorda Muller, « les histoires du Père Castor », Flammarion, 2004. Il existe une multitude de variantes sur cette histoire.

    -  Little Némo, Winson McCay ( BD )

    -  Pierre la Lune, Alice brière-Haquet et Célia Chauffrey, éd. Frimousse, 2010

    -  La chauve-souris et l’étoile, Alice Brière-Haquet et Delphine Brantus, Mes p’tits albums, 2009