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L’image du SERPENT dans la littérature jeunesse (mini thèse)

 
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    Le serpent ou ophidien est un reptile au corps allongé, sa principale différence avec les lézards ou autre crocodile vient de l’absence de membres, pattes, permettant de se mouvoir. Il se déplace par reptation, c’est à dire en utilisant tout les muscles de son corps en contact avec le sol. Ce n’est pas sa seule spécificité, ses paupières soudées sont transparentes ce qui lui confère un regard fixe, d’où sa réputation d’hypnotiseur. Les espèces venimeuses sont dotées de crochets inoculant du venin. Il mue quand il grandit, et change de peau ce qui est parfois attribué à une renaissance dans la littérature ou dans les mythes. Sa capacité la plus effrayante pour la plupart des gens est de pouvoir désarticuler sa mâchoire afin d’avaler une proie bien plus grande que lui.

    Pour beaucoup, l’aspect des serpents et leurs caractéristiques singulières sont sources de peur, voire de terreur, l’ophiophobie est très répandue. Ce n’est pas une affirmation gratuite que de dire que le serpent est l’animal le plus haï et quasiment l’un des plus méconnu dans les pays occidentaux du moins. Ainsi le sens commun ne leur prête aucune qualité, ils seraient visqueux, froids, fourbes, traîtres. En France la métaphore serpent s’applique à une personne particulièrement vile.

    Le but de ce petit essai est faire un tour global des œuvres de la littérature jeunesse ou un serpent figure afin d’en dégager les images prégnantes. Mais auparavant, il est nécessaire de faire un détour par la littérature adulte et les mythes entourant cet animal.

    Rapide tour d’horizon

    Les mythes fondateurs

    Pendant longtemps, la littérature fut associée à la religion. Le serpent joue un rôle dans de nombreux mythes créateurs, parfois positif mais bien plus souvent négatif.

    Les Aztèques lui attribuait un rôle créateur et protecteur. Les dieux se seraient amusés à détruire le monde plusieurs fois, à la dernière destruction Quetzacoal, le serpent à plume ramena les os des humains à la surface pour que la déesse serpent puisse leur rendre la vie.

    Dans la mythologie nordique, Jormunrgand, le serpent de Midgard, enserre les océans en se mordant sa queue ce qui permettrait la cohésion du monde humain. Mais bien plus nombreux sont les mythes ou le serpent apparaît comme maléfique.

    Chez les égyptiens, il est Apothis la force qui menace Ré chaque jour afin d’empêcher le soleil de se lever. Chaque jour, le dieu Ré vainc son ennemis.

    Dans le bouddhisme tibétain le serpent représente l’aversion, l’un des trois poisons de l’esprit.

    Et bien entendu la tradition judéo-chrétienne qui assimile le serpent au péché originel. Par cette fourberie, dieu l’aurait maudit « Yahvé, dieu dit au serpent parce que tu as fait cela, tu es maudit entre tous les animaux domestiques et toute le bêtes de champs ; tu marcheras sur ton ventre, et mangeras la poussière tous les jours de ta vie. » Genèse III ’14-16 ».

    Le serpent et la femme

    Le serpent est parfois associé à la femme, comme symbole de fertilité mais aussi comme symbole de mal ou de tentation.

    Dans la mythologie grecque, Méduse, l’un des trois gorgeogne est un personnage particulièrement marquant. Elle fut punie par Athéna pour avoir souillé son temple, ses cheveux sont des serpents vivant, et son regard pétrifie.. En France, Mélusine est la femme serpent la plus connue. Le roman de Mélusine de Jean d’Arras à été commandé par Jean de Berry au XIV siècle, afin de mettre en forme les origines légendaires de sa famille. Pressine était une magicienne mariée à un roi nommé Elinas. Ce dernier l’ayant trompée, elle s’enfuit avec ses trois filles. Mélusine, l’ainé convainquit ses sœurs de punir son père. Folle de rage, Préssine qui était encore éprise de son mari punit ses filles. Mélusine fut la plus sévèrement punie : chaque samedi, elle se transforma en monstre mi-femme mi-serpent.

    Dans le serpent « Le serpent qui danse », extrait du recueil Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire, associé une danseuse à un serpent afin de représenter la tentation. Si le serpent a mauvaise réputation dans les pays chrétiens, dans les pays asiatiques, au contraire, il est réputé et souvent vénéré pour sa sagesse, sa sagacité et sa volonté.

    Image du serpent dans la littérature jeunesse

    Bon nombre d’écrits de littérature adultes atteste de cette répulsion envers les serpents , or il apparaît que les très jeunes enfants n’ont pas peur des serpents, cette peur serait donc transmise socialement. L’image du serpent dans la littérature jeunesse ne diffère pas vraiment de celle véhiculée par la littérature adulte.

    Le serpent comme symbole du mal

    Dans la tradition judéo-chrétienne, le serpent est l’allié voire le symbole du mal, J.k Rowling dans sa saga « Harry Potter » ne déroge pas à cette règle occidentale. Les méchants élèves et professeurs de l’école de Poudlard appartiennent tous à la maison de Serpentard dont le symbole est précisément un serpent. Le simple fait d’avoir utilisé un serpent pour imager cette école suffit à la cataloguer comme repère de méchants. Dans Harry Potter et la chambre des secrets, Voldemort, l’ennemi du héros à comme allié un basilic, grand serpent imaginaire qui peut pétrifier d’un simple regard (image du serpent hypnotique). Plus loin dans les récits, Voldemort a lui même pour animal familier, Nagini (serpent en hindous).

    Le serpent est ainsi présenté comme un symbole maléfique, qui terrifie par sa seule présence :

    « Il s’aperçut du coin de l’œil et se figea d’horreur lorsqu’il vit le vieux corps s’effondre et un long serpent en jaillir au niveau du cou » (Harry potter et les reliques de la mort).

    Le serpent est aussi le symbole et l’allié d’Orochimaru, le grand méchant et opposant de Naruto, un jeune ninja, cherchant à devenir hokage, c’est à dire le grand ninja de son village. Il s’agit du héros du manga le plus populaire du moment chez les jeunes. Orochimaru est un ninja maléfique et renégat de konoha, le village du héros, il possède des attributs de serpent comme une longue langue fourchue et peut déployer son cou comme si son corps n’était qu’un serpent à tête humaine. Il à en outre le pouvoir d’invoquer le roi serpent, un ophidien géant, pour combattre à ses cotés. Le monstre se montre coopérant en échange de sacrifices humains en son honneur.

    De même, le serpent dans les livres pour jeunes enfants est souvent présenté comme un ennemi : dans Zékéyé et le serpent python, Zékéyé un jeune enfant se met en tête de débarrasser son village d’un python particulièrement retors qui a un gout prononcé pour les membres de sa tribu.

    Le serpent et la sagesse

    Dans le film de Walt disney « le livre de la jungle », Kaa, le serpent est présenté comme un être fourbe, lâche et.... faible. Or, le livre original de Ryudyard Kipling montre le serpent Kaa comme un être certes effrayant par sa taille sa puissance mais aussi comme un allié fidèle capable de sortir Mowgli des griffes du roi des singes car le python inspire véritablement la terreur aux singes. "La puissance de combat d’un python réside dans le choc de sa tête appuyée de toute la force et le poids de son corps. Si vous pouvez imaginer une lance ou un bélier, ou un marteau lourd d’à peu près une demi-tonne, conduit et habité par une volonté froide et calme, vous pouvez grossièrement vous figurer à quoi ressemblait Kaa en plein combat.  ». Bien sûr kaa est aussi présenté sous son aspect rusé, " il est aussi vieux que rusé ".

    En plus de présenter un python comme allié des héros du livre, Rudyard Kipling décrit de manière zoologique kaa : « il dort un mois après chaque repas », « kaa n’est pas un serpent venimeux [...]mais sa force réside dans son étreinte. Kaa est presque sourd ».

    Dans la tradition orientale, le serpent est parfois synonyme de sagesse. Un des Contes des mille et une nuits se nomme « la Reine serpent ». Le jeune Hasib un enfant peu doué et paresseux, trouve un jour par hasard une grotte emplit de miel. Ses compagnons, ne souhaitant pas le récompenser pour sa découverte, le piège au fond de cette grotte. Alors qu’il croit mourir il arrive au royaume des serpents. La reine serpent, serpent à visage humain, se met en tête d’enseigner sa sagesse à Hasib. En étant instruit par la sagesse de la reine serpent, Hasib devint le conseiller du sultan. Elle réussit à déjouer un piège pour devenir vizir. Les serpent est, dans ce cas là, pourvoyeur de sagesse et possède une sorte de don à lire l’avenir.

    Conclusion

    Le serpent est un animal présent sur quasiment toute la surface du globe, qu’il soit considéré comme bénéfice ou maléfique il ne laisse pas indifférent. La littérature jeunesse, à l’instar de la la littérature adulte le montre rarement sous un bon jour. : tentateur, fourbe, maléfique,l’utilisation du serpent dans un récit est même un ressort un peu facile pour inspirer la terreur.

    S’il apparaît comme terrifiant, le serpent à pourtant un prédateur de taille : l’homme. Bon nombre d’espèces de serpents sont menacées d’extinction que ce soit par le commerce de leur peau (python de sebae), leur chair (python réticulé), la destruction de leur biotype (najaj naja, eunectes murinus, serpent tigre).

    Il est regrettable que peu d’ouvrages le présentent sous un jour valorisant.

    A. Rasse, DEUST 2, Avril 2010

    bibliographie :

    ANONYME. Les Mille et Une Nuits. Paris : Gallimard, 2005. ISBN : 2070114031

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    D’ARRAS, Jean. Le roman de mélusine. Paris : LGF, 1923. 98P. ISBN-10 : 2253066796

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    BAUDELAIRE, Charles. Les Fleurs du mal. Paris : LGF, 1989. 89P. ISBN : 2253007102

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    DIETERLE, Nathalie. Zékéyé et le serpent python. Paris : Hatier, 2000.Collection rimbambelle. couv. ill. en coul. ISBN : 978-2-218-72951-5

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    KIPLING, Rudyard. Le Livre de la jungle. Paris : LGF. ISBN : 2277222976

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    KISHIMOTO, Masashi. Naruto. Paris : Kana, 2002. 187 p. couv. ill. en coul. ISBN : 2-87129-414-3

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    ROWLING, J-K. Harry Potter, tome 7 : Harry Potter et les reliques de la mort. Paris : Gallimard, 2007. 809 p. couv. ill. en coul ISBN-10 : 2070615367

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    Anne-Sophie Rasse, Deust 2 métiers des bibliothèques et de la Documentation, avril 2010