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Un Swing parfait, de Jean- Paul Nozière

Un roman policier palpitant
 
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    © Syros, 2009

    L’Histoire

    C’est l’été : deux mois de vacances, ou la perspective d’un ennui bien trop long pour Elena Jeunet, jolie adolescente de seize ans, qui vit cloîtrée au sein du Village. Le Village, c’est le lotissement ultra protégé et ultra bourgeois que son père a créé, dans lequel elle ne rêve que d’une seule chose : quand viendra le temps de son premier amour ?

    Bien sûr, il y a le ténébreux Lucas, le fils du gardien avec qui elle pourrait passer de longues heures romantiques - si toutefois, il daignait s’intéresser un tant soi peu à elle. Mais cela n’est pas simple d’être bien vue lorsqu’on est la fille du concepteur hautain de cette utopie urbaine pour riches paranos. Encore heureux que Marc Porato, le père de Lucas, soit une oreille attentive pour la jeune Elena.

    Dans cette bulle opaque et étouffante, la famille d’Héléna couve un malaise depuis six ans : Ugo, leur fils aîné, a fugué parce qu’il ne correspondait aux attentes du paternel qui lui rêvait un avenir glorieux sur un terrain de golf.

    Et puis, sans crier gare, Ugo revient : Il a grandi, c’est un adulte, il a changé, c’est logique, et il annonce la couleur : ce qu’il a vécu au cours de ses 6 ans ne sera évoqué qu’une seule fois, mais ensuite, il ne veut plus jamais en entendre parler. Prison, squats, vols, trafics, des années de galère. La page est tournée. Le père est trop heureux, il accepte tout. La mère est passive, elle laisse faire. Elena est tout d’abord ravie. D’autant plus que Lucas, curieux du retour d’Ugo au Village, ne refuse plus les invitations d’Elena à venir chez elle mais peu à peu, Elena relève, sans vraiment le vouloir, des différences avec l’Ugo d’avant. Il aime désormais la crème dans les gâteaux, il ne se souvient plus de la peluche qu’il lui avait offerte avant de quitter le nid familial, il a oublié son idole Baschung... Puis le jour où Ugo se montre jaloux de Lucas - qui a enfin ouvert les yeux et sort désormais avec elle en amoureux - elle ne comprend plus. Un frère n’est pas censé réagir ainsi. Dans leurs interrogations et leur angoisse, Lucas et Elena deviennent encore plus intimes.

    Son petit ami, Lucas, prévient alors son père Marc Porato et ce dernier, parce que son âme de flic à la retraite forcée n’a jamais faibli, commence à se renseigner au sujet de ce garçon qui aurait passé plusieurs mois en prison. Bientôt, des origines douteuses et menaçantes viennent coïncider avec le passé trouble d’Ugo. Ugo serait-il devenu un monstre ? Ou... plus horrible encore : cet Ugo-là, serait-il un imposteur ? Cette enquête redonne de l’ambition à Marc qui donne sa démission à Antoine Jeunet : Il est enfin libre de quitter cet environnement de névroses, de malaises, et d’obsessions sécuritaires que l’on devine « propres aux Riches » dans les allusions de l’auteur, pour mener l’enquête de sa vie qui sauvera son fils et sa petite amie...

    Analyse

    À ne pas lire si l’on ne souhaite pas connaître la fin !

    On comprend que le faux Ugo est en réalité un jeune homme perdu, assassin dans un premier temps, puis usurpateur de l’identité d’Ugo lors d’un séjour commun en prison. La famille d’Elena se voit confronter à un véritable coup de théâtre : la mère savait tout et ce, depuis le début mais elle a menti pour ne pas attrister le père. Les parents divorcent. Elena reste avec sa mère au Village. Elena et Lucas s’aiment encore plus fort à la suite de cette aventure et même si Lucas n’habitera plus au Village, ils promettent de vivre un long amour.

    Au lecteur d’imaginer ce qu’il est advenu d’Ugo. On l’espère toujours en vie même si le dénouement d’Un Swing parfait nous laisse sceptiques et amers. Un roman qui se veut réaliste et désenchanteur, sur la vie, celle que Jean-Paul Nozière se plaît à dépeindre dans ses autres romans pour ados tel Star-Crossed Lovers, La Vie comme Elva, La Chanson de Hannah, Un Été algérien, Tu ne peux pas rester là...

    Mais même si Elena reste persuadée qu’Ugo est bien vivant et reviendra un jour, nous autres, lecteurs plus âgés que les adolescents visés par l’auteur, avons tout de même un peu de mal à y croire...

    C’est vraiment une histoire angoissante que celle de ce cheval de Troie qui s’est glissé dans une famille qui l’accueille les bras ouverts.

    Un livre palpitant qu’on lit d’une traite sur un sujet méconnu et terrible. L’auteur nous offre un fait divers qui n’est pas si rare que cela, bien que l’on n’en entende pas parler souvent. Le suspens est au rendez-vous mais le roman, trop court, ne développe pas suffisamment l’angoisse qui ronge Elena et c’est regrettable. On a l’impression que ce roman policier ne respecte pas toujours son contrat et s’évade dans le roman psychologique (chose plus intéressante selon moi - peut-être au détriment d’autres lecteurs) puis soudain, brutal coup de frein et déviation, le polar débarque en cours de route et le psychologique a tendance à s’estomper. Dommage. Au fait, on est tout de même en droit de se demander ce qu’il se serait passé si le gardien n’avait pas été un flic nostalgique et trop curieux.

    Intéressant également, le rôle de la mère qui apparaît complètement sous-jacent à l’autorité paternelle. Une analyse psychologique complexe se tisse en filigrane de ce fait divers qui aurait pu très mal tourner. Je pense que l’intelligence du roman repose sur quelques notions fortes : Lorsque l’on apprend que la mère, si inexistante, était la seule qui savait la vérité et lorsque l’on réalise que c’est uniquement la foi qu’on met au sein des événements qui transforment littéralement la réalité environnante, voilà ce qui redresse le récit.

    Et puis, ce roman est celui d’un premier amour : celui d’Elena et Lucas, qui avait toutes les chances de ne jamais commencer, vu comme Lucas ignorait complètement la jeune fille au début du roman. L’arrivée d’Ugo a eu cela de bon de les réunir : un mal démesuré... pour un bien ! L’auteur avait imaginé une sorte de Roméo et Juliette en voulant faire tomber amoureux la riche jeune fille et le garçon pauvre, ce qui était peut-être un cliché en soi. Mais rapidement, Lucas et son père reprennent leur indépendance par leur sens de l’observation et la recherche de la Vérité sur l’identité d’Ugo. Lucas devient donc, comme n’importe quel garçon, capable d’aimer Elena qui n’attendait que cela, et qui n’avait jamais vu en Lucas, un « domestique » (le fils du concierge) malgré ce que son père et Ugo - qui joue aussi le rôle du rival amoureux - aimaient lui répéter pour la blesser et tenter d’éloigner les deux amoureux innocents et heureux. Mais leur amour sera bien plus fort que les idées de castes des deux hommes.

    De plus, beaucoup d’éléments font écho à toute une culture du paradis vu comme malsain, une prison d’où l’on ne peut s’échapper : le nom du lotissement tout d’abord, le Village qui rappelle la série à la fin des années 60, du Prisonnier, qui, à son réveil, se retrouve au Village, un lieu idyllique et esthétique dirigé par le Numéro 2 et habité par une communauté de villageois tous vêtus d’habits colorés et d’un badge numéroté les identifiant. Certains sont des prisonniers, les autres leurs geôliers et ne peuvent être différenciés les uns des autres. Il sera désormais le Numéro 6 et n’aura de cesse de tenter de s’évader du Village sans y parvenir avant le dernier épisode. Mais surtout depuis les années 90, on retrouve le topos de l’habitat clos et faussement protecteur dans des films tels American Beauty de Sam Mendes (avec Kevin Spacey) où en plus, on a affaire à un père déçu par son fils, The Truman Show de Peter Weir (avec Jim Carrey) où il vit dans une bulle fictive qui ne lui suffit pas et d’où il veut s’échapper, comme Ugo. Il y a aussi ce nouveau film (plus extrême encore), Canine de Yorgos Lanthimos qui raconte l’histoire d’un père, d’une mère et de leurs trois enfants qui vivent dans une maison en pleine campagne. Un haut mur entoure la maison. Les enfants ne l’ont jamais quittée. Ils ont été élevés, divertis, ennuyés et éduqués comme leurs parents l’entendaient. Les exemples sont très nombreux aujourd’hui où de plus en plus de lotissements protégés pour personnes aisées se multiplient (la banlieue dans laquelle évoluent les Desperate Housewives peut également être citée ici) mais c’est vrai que cela semble toucher plutôt les adultes que les jeunes personnes, à la différence de ce roman.

    La conclusion de l’auteur semble affirmer que les personnes qui ont tout pour être heureuse (l’argent, l’habitat), à cause du manque de communication et de la frustration, peuvent très vite se dérégler complètement.

    © Sophia Drissi, L3 Lettres Modernes,

    Post-scriptum

    NOZIÈRE, Jean-Paul. Un Swing parfait. Paris : Syros, 2009. Paris, 2009. 183 p., 21 x 13 cm. (Rat Noir). ISBN 978-2-7485-0828-4 (br.) : 12 €

    Ce qu’en dit l’auteur, Jean-Paul Nozière sur son site officiel jpnoziere.com

    « La naissance d’un roman est souvent un phénomène étrange. La rencontre inconsciente d’images qui s’impriment en moi sans que je sache pourquoi celles-ci demeurent plutôt que d’autres. « Un swing parfait » est d’abord né d’images vues à la télévision, il y a très longtemps. Un enfant très jeune (dix ans environ) s’escrimait sur un court de tennis. Son père, au bord du terrain, derrière le grillage de protection, lui criait des encouragements. De curieux encouragements. Il braillait : « Punis cette balle ! Rentre dedans ! Tu dois massacrer ton adversaire, pas joué à la baballe avec lui ! »

    Après l’entraînement, la caméra interrogeait les parents. Ils croyaient au destin de joueur professionnel de leur fils et faisaient tout pour qu’il se réalise. Coach particulier. Entretien avec un autre coach par vidéo conférence. Salle de musculation à la maison. Le gamin écoutait ce destin que ses parents préparaient pour lui et le réalisateur de l’émission lui demandait : « Alors, le tennis, ça te plait ? ». Le garçon, le regard éteint, répondait « ouais » et son père commentait la réponse dénuée d’enthousiasme : « Bien sûr que ça lui plait, sinon il ne le ferait pas. Il sait les sacrifices que nous consentons pour lui. ». J’ai oublié ces images sans vraiment les oublier. A une trentaine de km de chez moi existe une résidence entourée de hauts murs. Surveillance par caméras. Maisons de grand standing. On ne pénètre dans la propriété qu’en montrant pattes blanches. Bref, une de ces résidences protégées, à l’américaine. Une autre est en train de naître pas très loin. Ces deux sortes d’images, sans rapport apparent, se sont juxtaposées dans ma tête, probablement un jour où je faisais une balade à vélo. Et le golf a remplacé le tennis, tout simplement parce que je joue au golf...mais je rassure les lecteurs, le joueur minable que je suis n’a pas écrit « Un swing parfait » pour leur apprendre à jouer au golf ou même leur donner des renseignements sur ce jeu !! Le troisième déclic m’ayant poussé dans mon bureau est encore la lecture d’un article dans Libération. L’histoire incroyable mais bien réelle, celle-ci, de Frédéric Bourdin ! Je ne peux en dire davantage sans dévoiler une partie du récit, alors lisez « Un swing parfait ». (Je crois qu’un film est en cours de tournage, sur Frédéric Bourdin, preuve que je ne suis pas seul à avoir été impressionné par cette vie stupéfiante) ».

    L’auteur

    Né en 1943, fils de parents instituteurs, Jean-Paul Nozière grandit dans un univers de lectures et d’écriture dès son plus jeune âge. Après des études à la faculté des lettres de Dijon, il a été professeur d’histoire géographie pendant environ dix ans dont deux années en Algérie, puis documentaliste dans un collège pendant 25 ans à Is-sur-Tille (Côte d’Or). Il a commencé par écrire des nouvelles pour le journal de son ancienne école, « Le Normalien Dijonnais ». La première publiée à 23 ans s’intitulait « L’uniforme ». Après ces nouvelles, plus quelques critiques des films qu’il allait voir, il n’a plus écrit jusqu’à l’âge de 36 ans. Une rencontre, faite en 1979 avec une femme qui écrivait des histoires pour enfants, a été déterminante : il s’est alors mis au travail. Son premier récit est paru en 1979, dans un numéro de J’aime lire. Il n’est plus documentaliste depuis septembre 2003 et consacre donc tout son temps à l’écriture de romans pour adolescents et de romans policiers pour adultes, soit à ce jour une soixantaine de titres publiés.